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La semaine où Edouard Philippe a pris la main sur la réforme des retraites – Le Monde

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Le premier ministre, Edouard Philippe, lors de son discours dévoilant le détail de la réforme des retraites, devant le CESE, à Paris, le 11 décembre.

La pièce s’étire en longueur, et les comédiens finissent par sortir de leur rôle. C’est l’heure des improvisations et des audaces. Alors qu’il toque à la porte de Matignon, samedi 7 décembre, pour s’entretenir avec Edouard Philippe, Bruno Le Maire a en tête une idée a priori iconoclaste pour un ministre de l’économie : reporter le retour à l’équilibre financier du système de retraites. La création du nouveau régime universel souhaitée par Emmanuel Macron, pense-t-il, est à ce prix.

Plus de 800 000 personnes viennent de manifester dans tout le pays contre ce projet de réforme, et les transports publics restent en carafe à cause de la grève. Le patron de Bercy sait qu’Edouard Philippe ne partage pas ses vues, mais n’est pas là pour le convaincre. Simplement le prévenir. Ces deux transfuges de la droite, énarques, ambitieux, longilignes, 50 ans pour l’un (Le Maire), 49 pour l’autre (Philippe), se regardent en chiens de faïence depuis le début du quinquennat.

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Le lendemain matin, le ministre s’en va clamer sa conviction publiquement à la télévision. Il la répète le soir, dans le huis clos de l’Elysée, où le président de la République a décidé de réunir les principaux ministres et conseillers intéressés par la réforme. « Inscrivons le principe de l’équilibre dans la loi, mais donnons de la souplesse. On ne peut pas faire passer quelque chose de trop raide », plaide Le Maire.

Sans surprise, Edouard Philippe tord le nez. Le chef du gouvernement reçoit le soutien de son ami Gérald Darmanin. « On a besoin de recettes budgétaires, tout ça n’est pas sérieux », défend le ministre de l’action et des comptes publics, qui invitait pourtant, trois jours plus tôt, sur France 2, à ne pas se montrer « bêtement budgétaire, pas tout de suite ». « Darmanin applique les arbitrages », grince un macroniste. Car le chef a tranché : des mesures d’économie seront bien introduites dans le projet de loi. « C’est l’argent des Français, défend Emmanuel Macron. On ne fait pas payer nos enfants et petits-enfants. »

« Petite musique intéressante »

L’horizon d’un âge pivot à 64 ans, seuil nécessaire pour obtenir une retraite à taux plein, est dessiné. En apparence, Bruno Le Maire a perdu le point. La trajectoire vers cet objectif, cependant, est décalée dans le temps, conformément à ses attentes ; elle ne s’appliquera qu’à partir de 2022, pour atteindre sa pleine mesure en 2027. Un soutien d’Edouard Philippe, néanmoins, triomphe : « Il y en a qui ont oublié leurs couilles en se levant. » Mais qui ont pris date pour plus tard, de l’avis d’un ami d’Emmanuel Macron, en jouant cette « petite musique intéressante ». « Le Maire à Matignon ? Pourquoi pas, il a des qualités, souligne cette source. Mais c’est un peu tôt. »

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