La sécheresse impacte la production de lait, crainte d’une pénurie dans les prochains mois – Le HuffPost

Treize départements français, dont 2 Normands, comptent plus de vaches que d'habitants (photo d'illustration).
LOU BENOIST via AFP Treize départements français, dont 2 Normands, comptent plus de vaches que d’habitants (photo d’illustration).

LOU BENOIST via AFP

La sécheresse va-t-elle provoquer des pénuries de lait ? (photo d’illustration).

AGRICULTURE – Avec les vagues de chaleur intense et le manque d’eau, les vaches aussi surchauffent en France. Alors que les éleveurs commencent à s’inquiéter pour leurs stocks de fourrages, dans un contexte où sur la plupart du territoire l’herbe ne pousse quasiment plus, la production de lait pourrait aussi souffrir des canicules successives.

« Il y a déjà sur le premier semestre une baisse de la production laitière en France de 1,4 % », a indiqué, ce lundi 8 août la présidente de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) Christiane Lambert sur RTL, rappelant que cette baisse est aussi observée à l’échelle mondiale « pour différentes raisons ». « Là, le climat en rajoute », a-t-elle alerté. De son côté, dans Le Parisien, Yannick Fialip, le président de la commission économique de la FNSEA, va plus loin avançant que « dans les mois qui viennent, on va avoir une pénurie de lait en France ».

Et pour cause, les bovins suffoquent depuis plusieurs semaines. Une vache laitière peut « perdre jusqu’à 20 % de sa production quand les 35 °C degrés sont dépassés » mais elle peut aussi « avorter et perdre (son) veau », expliquait mi-juillet Christiane Lambert à l’AFP. Pour faire face à cela, David Gollentz, patron des « Yaourts de Sandrine » dans le Haut-Rhin, a installé des brumisateurs pour rafraîchir ses 60 vaches. « Si elles sont mieux, elles produisent du meilleur lait, a-t-il confié à France Bleu. Pendant les périodes de chaleur, les taux protéiques et la matière grasse chutent un peu. Ce rafraîchissement permet de maintenir de bons taux. »

Une sécheresse historique

À Archignac (Dordogne), Denis Dezon a, lui, installé quatre ventilateurs géants de 5 mètres de diamètre dans un hangar pour soulager ses vaches laitières, en plus de les surveiller avec ses deux salariés. Une décision prise après qu’il les a vues en « détresse thermique » l’année dernière, a-t-il raconté à France Bleu.

À ces vagues de chaleur s’ajoute la période de sécheresse historique que traverse l’Hexagone pour les agriculteurs. « La situation de sécheresse doublée de canicules qui frappe de manière exceptionnelle la France depuis plusieurs mois engendre des conséquences extrêmement graves sur l’agriculture, qui ne manqueront pas d’avoir des répercussions sur l’alimentation des Français », alerte la FNSEA dans un communiqué, publié le 5 août.

Selon le premier syndicat agricole, « la pousse de l’herbe est totalement anéantie, ce qui contraint de nombreux éleveurs à entamer prématurément les stocks de fourrages prévus pour l’hiver ». « On est passé au 1er août à des rations en fourrage hivernal en maïs, foins et enrubannés, témoigne notamment dans Le Télégramme Mathieu Le Floch, qui élève 150 bovins, dont 67 vaches laitières, dans le Finistère. Sauf que c’est ce qu’on faisait surtout en novembre. »

La FNSEA réclame un soutien financier pour les agriculteurs

« L’élevage est vraiment en danger, s’est alarmée Christiane Lambert sur RTL. Pas de prairie : pas de maïs, ça veut dire qu’il n’y a pas de fourrages pour les animaux en stock et les éleveurs ne vont pas pouvoir racheter du fourrage parce que les prix pratiqués aujourd’hui sur leurs produits ne leur permettront pas de faire ces frais-là. » Bien qu’elle salue l’activation d’une cellule interministérielle de crise face à la sécheresse par la Première ministre Élisabeth Borne, la FNSEA demande « un accompagnement immédiat des agriculteurs par des mesures de soutien en matière de trésorerie : banques, assureurs, caisses de MSA (Mutualité sociale agricole, ndlr), fournisseurs, administration fiscale… ».

Car en plus de l’élevage, plusieurs filières, dont celles des pommes de terre et de la betterave, sont rudement touchées par le manque de précipitations et les mesures de restrictions de l’usage de l’eau liées à la sécheresse – le mois de juillet a été le moins pluvieux jamais enregistré en France. Dans le Nord, où la culture de pommes de terre ne bénéficie pas de dérogations aux restrictions de l’usage de l’eau, les agriculteurs craignent le pire. « S’il ne pleut pas d’ici le 15 août, je risque d’avoir 50 % de perte de rendement », s’est désolé auprès de l’AFP Denis Bollengier, l’un d’eux, alors que certaines de ses patates font à la peine la taille d’une balle de ping-pong à cause du manque d’eau.

La météo ne devrait pas arranger les affaires des agriculteurs, l’actuelle vague de chaleur se poursuivant au moins jusqu’au 13 août. « Le nombre de départements en vigilance orange (canicule) devrait augmenter au fil de la semaine », alerte Météo France. Côté températures, « ça va chauffer partout, on s’oriente vers un nouveau pic de chaleur qui touchera quasiment toute la France en fin de semaine en commençant par le sud du pays », a détaillé à l’AFP Christelle Robert, prévisionniste du service de météorologie. Les seules régions qui devraient rester sous 30 degrés en milieu de semaine sont situées le long de la Manche.

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