La mort de Steve a marqué Nantes de son empreinte – Journal La Croix

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Bras croisés et sourire franc, le buste de Steve trône au centre d’une imposante fresque en hommage au jeune homme. Rénovée après avoir été détériorée, elle rappelle que ce quartier festif de l’île de Nantes a été le théâtre de sa disparition. Le 21 juin 2019, lors de la Fête de la musique, une dizaine de murs de son (« sound systems ») s’étaient installés sur le quai Wilson, dans une friche dépourvue de barrières de protection contre les chutes dans la Loire. C’est là que Steve Maia Caniço et ses amis, amateurs de musique techno, avaient choisi de passer la soirée. Vers quatre heures du matin, alors que huit sound systems sur neuf éteignent la musique, un dernier refuse de couper le son et passe un titre de Bérurier noir censé clôturer la soirée.

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« C’est à partir de cet instant que la situation est devenue particulièrement tendue », retrace un rapport de l’Inspection générale de l’administration (IGA). Alors que les policiers « avaient soudainement fait l’objet de jets de projectile très nombreux, violents et imprévisibles au regard des années précédentes (…), le chef du dispositif de surveillance générale a conduit une riposte offensive. Pour se dégager et se protéger, les policiers ont fait usage de trente-trois grenades lacrymogènes, dix grenades de désencerclement et de douze tirs de lanceur de balle de défense (LBD) ». En quelques minutes, l’ambiance festive a cédé la place à un nuage de fumée irrespirable précipitant plusieurs personnes dans la Loire.

« La fête est terminée… »

La justice doit encore établir si c’est à ce moment-là que Steve, qui ne savait pas nager, a chuté dans le fleuve. Présent cette nuit-là, Maël Legrand, 20 ans, fait partie des 89 « teufers » qui ont porté plainte pour mise en danger. « Aujourd’hui, je me dis que ce dernier morceau a tout déclenché, confie-t-il. Je sais que les torts sont partagés mais je veux que ceux qui doivent être punis le soient. »

Depuis la disparition de son ami – son corps ne sera retrouvé qu’un mois plus tard, au pied de la grue jaune, lieu symbolique de Nantes –, sa vie a changé. « Je n’ai plus le goût de faire la fête. J’ai honte d’en profiter alors qu’il n’est plus là. » Chez les proches de Steve, l’amertume est profonde. « Le chagrin de ses amis n’est pas mesurable, décrit Fabienne, la mère d’une amie du jeune homme. Pour nous, la vie festive à Nantes est morte avec lui… » Dans l’espace public, les slogans « Justice pour Steve », qui fleurissent régulièrement sur les statues ou les murs, ne cessent d’interpeller les Nantais.

De l’histoire à l’actualité

Il faut dire que le profil de cet animateur périscolaire de 24 ans colore ce drame. « C’était un jeune homme tranquille, timide et fragile », résume Me Cécile De Oliveira, l’avocate de la famille de Steve. « Il avait toujours le sourire et le cœur sur la main », complète Maël Legrand. « Il était capable de s’émouvoir de tout et détestait les conflits », ajoute Nicolas Mollé, journaliste et auteur d’un ouvrage qui replace cette histoire dans le temps long (1).

De l’épisode historique des noyades de 1793 (embarcations de royalistes et prêtres réfractaires, sabordées dans le fleuve) à la chanson populaire Sur le pont de Nantes, où un bal se termine de façon tragique, jusqu’aux noyades des fins de soirées nantaises (moins nombreuses depuis la sécurisation des quais), « la ville entretient de longue date un rapport d’attirance fatale au fleuve ».

Autre particularité du dossier, cette charge policière controversée n’intervient pas dans le cadre d’une manifestation ou d’une interpellation. « S’en prendre à des jeunes de classe moyenne dans un lieu festif a quelque chose d’inédit et d’inquiétant », poursuit Nicolas Mollé. Le rapport de l’IGA rappelle qu’en 2017 une situation similaire s’était produite quai Wilson lors de la Fête de la musique : « à cinq heures du matin, les policiers avaient opéré, malgré au moins deux jets de projectiles, un repli tactique, et la foule s’était dispersée lentement. »

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Trois instructions en cours

  • Le parquet de Rennes instruit trois informations judiciaires

  • Une première instruction a été ouverte contre X pour homicide involontaire dès l’été 2019.

  • En mai 2020, le procureur de la République de Rennes, Philippe Astruc, a indiqué avoir ouvert deux autres instructions : l’une pour blessures involontaires, non-assistance à personne en danger, mise en danger de la vie d’autrui par personne dépositaire de l’autorité publique ; et l’autre pour violences volontaires avec arme en réunion sur personnes dépositaires de l’autorité publique et dégradation en réunion d’un bien d’utilité publique (s’agissant de la prise à partie des forces de l’ordre).​​

  • Organisée par ses amis, une marche en hommage à Steve s’élancera dimanche 21 juin depuis le miroir d’eau de Nantes vers le quai Wilson, entre 15 h 30 et 18 h 30.

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