« La lecture de l’abstention peut emprunter une voie moins alarmiste. A condition de se placer du point de vue des électeurs et non des élus » – Le Monde

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Chronique. La gifle symbolique pour le monde politique est cinglante. Avec deux Français sur trois qui ont refusé de participer au premier tour des élections régionales et départementales, la démocratie représentative continue, certes, de fonctionner, mais sa légitimité est un peu plus fragilisée. La première tentation est évidemment de voir dans ce premier tour le signe d’une crise démocratique. Surtout que ce chiffre d’abstention prolonge des élections municipales (en 2020) et législatives (en 2017) marquées par un niveau d’abstention déjà très élevé. La deuxième tentation est d’utiliser un vocabulaire de la fatigue, de la maladie, de l’épuisement ou de la culpabilisation pour rendre compte de l’état du corps social et du choix, massif, des citoyens de ne pas participer dimanche.

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La lecture de l’abstention peut emprunter une voie moins alarmiste. A condition de se placer du point de vue des électeurs, et non des hommes et femmes politiques. D’abord, les Français confirment qu’ils détestent l’idée qu’une élection soit jouée à l’avance, et comment le leur reprocher ? Le résultat, paradoxal, de ce dimanche électoral est un indice supplémentaire qu’ils désirent aussi un vrai premier tour de l’élection présidentielle, pas seulement un débat politique exclusivement centré sur l’hypothèse d’un second tour entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Du point de vue démocratique, c’est en réalité une bonne nouvelle : rien n’est pire que l’impression de ne pas avoir de choix et de réduire les décisions démocratiques à un vote de dépit ou un vote contre – les citoyens ne cessent de le dire quand on les interroge.

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Ce refus d’une répétition du second tour de la précédente présidentielle est de toute façon déjà inscrit dans les chiffres de 2017 si on veut bien les regarder : à l’époque, avec les votes blancs et nuls et la hausse de l’abstention, près de 5 millions d’électeurs qui s’étaient exprimés au premier tour avaient choisi de ne pas le faire au second. Parce qu’ils ne voulaient pas choisir, déjà, entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Sur 47,7 millions d’inscrits, c’est un chiffre considérable, et il est peu probable que ces électeurs aient changé d’opinion entre-temps. Ce scrutin apparaît aussi comme un rappel bienvenu : les sondages n’ont qu’une valeur indicative, fragile, temporaire, et de ce point de vue l’estimation ratée du niveau d’abstention est un accident sérieux pour les instituts – une différence d’estimation de la participation de 10 points de pourcentage, c’est une erreur qui représente un différentiel de près de 5 millions d’électeurs présents ou non dans les urnes.

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