La fin du RTC se rapproche : quel calendrier, quels enjeux ?

Mise à jour 10/09/2019 : Tous les opérateurs de téléphonie dans le monde l’ont prévu : le bon vieux téléphone fixe dit ‘commuté’ vit ses derniers mois. Pour les opérateurs historiques, comme Orange, ce réseau téléphonique commuté à bas débit ou RTC, coûte de plus en plus cher à maintenir et reste gros consommateur d’énergie, puisque les câbles auto-alimentent les postes terminaux en énergie  (en 12 ou 48V, donc sans connexion avec le réseau électrique d’EDF ou autres).

Dans les milliers de commutateurs centraux d’ancienne génération qui fonctionnent encore, certains composants, dits à ‘commutation de circuits’, sont hérités des technologies électromécaniques qui datent de plus de 30 ans. Les pièces de rechange, quand elles existent, se font très rares. Leur réparation à l’identique peut coûter une fortune. Pour Orange, cette obsolescence des autocommutateurs dits ‘publics’ concerne environ 300 systèmes en France. 

 

Un grand écart de génération

Au coeur de leur réseau central ou ‘core-backbone’, les opérateurs ont commencé depuis près de deux décennies à remplacer la technologie vieillissante dite TDM (Time division multiplexing) par des solutions IP ou ‘SIP Trunking’, c’est à dire, la voix sur IP (VoIP) sur des infrastructures de fibre optique. Mais au niveau des « plaques régionales », la téléphonie  traditionnelle des années 80 subsiste en parallèle, ce qui signifie des coûts de maintenance élevés et des risques croissants de panne et de dysfonctionnements.

A noter que le retrait des autocommutateurs publics d’ancienne génération ne va pas nécessairement de pair avec la disparition du réseau cuivre (ou paires torsadées). Le réseau cuivre est conservé pour certaines liaisons dites « spécialisées » et pour les accès à Internet xDSL, via les ‘box’ résidentielles ou professionnelles, alimentées indépendamment de l’opérateur par le réseau électrique de l’abonné.

En conséquence, l’Arcep constate que les abonnements à la téléphonie sur les réseaux RTC (Orange et SFR) refluent régulièrement de plus d’un million par an depuis 3 ans. Ils sont largement passés sous la barre des 10 millions. Au début de 2019, la consommation « vocale » sur ces mêmes réseaux RTC a baissé de 20,3% en un an (à noter qu’elle tend à baisser également sur les ‘box’ internet au profit de la fibre optique et des mobiles).

Le calendrier public d’Orange étapes par étapes

L’autorité des télécoms a exigé une période de préavis de 5 ans sur les fermetures du RTC, région par région. Le compte à rebours a commencé. Depuis le 4ème trimestre 2018, en métropole, il n’est plus possible d’ouvrir de lignes de téléphonie analogique fixe sur l’ancien modèle, il n’est plus possible d’installer un bon vieux fax sur une ligne analogique dédiée.

Toute ouverture de ligne ne peut s’exécuter que sur la technologie Voix sur IP. Et avant 2022, un premier lot de lignes existantes devra avoir migré sur cette technologie. Orange précise : « La migration progressive des lignes téléphoniques RTC existantes vers le tout IP se fera, année par année et par zones géographiques successives ».

Au 4ème trimestre 2019 est programmé l’arrêt des offres ‘multi-lignes’ pour les clients professionnels et entreprises, c’est-à-dire les lignes T0 ou services Numéris (nom de l’offre RNIS d’Orange).

A partir de 2022 « au plus tôt », sera enclenchée la « migration progressive, année par année et zone géographique par zone géographique des lignes téléphoniques RTC existantes vers le tout IP». Cette migration progressive se fera selon un découpage géographique regroupant des « ensembles de communes ou d’arrondissements », ce que France Télécom dénommait des « plaques régionales ».

Aux opérateurs, Orange a proposé une offre de gros appelée « Accès Essentiel », pour qu’ils développent une offre de téléphonie sur IP – non couplée à Internet, donc c’est via un modem ou une ‘box’. A noter qu’une même ligne ne peut pas être exploitée par un opérateur pour la VoIP et par un autre pour l’accès Internet à haut débit. Par ailleurs, Orange a donnée l’assurance que le dégroupage partiel et le « bitstream non nu » (DSL Access) continueront d’être commercialisés. 

Il reste le dossier des usages dits « spécifiques » comme les communications entre machines (alarme, supervision, télésurveillance, télé-relève, appels de secours d’ascenseur, etc.). Pour y répondre, la FFT (Fédération Française des Télécoms) a examiné les alternatives possibles (dont l’IoT, Internet des objets).

Les 7 premières régions vidées par la fin du RTC

En octobre 2018, Orange a communiqué la liste des 7 premières régions qui ne pourront plus utiliser le RTC à compter du 26 octobre 2023 et dont l’infrastructure va migrer vers la téléphonie IP.  Elles sont disséminées à travers la France : il s’agit « d’un ensemble de communes contiguës » situées dans les départements de Haute Garonne, Vendée, Charente Maritime, Morbihan, Haute Loire, Seine et Marne et Nord. Le nom des communes n’est pas précisé dans le communiqué. Jusqu’ici Orange évoquait des « plaques géographiques », correspondant au maillage de ses installation de PABX régionaux d’ancienne génération.

 

A cette occasion, Orange a annoncé la fourniture gratuite d’un boitier d’un téléphonie IP pour les particuliers et les entreprises – sans obligation de souscrire à une offre internet.

Les possibilités et avancées du ‘tout IP’

Les opérateurs ont eu le temps d’affûter leurs offres alternatives. Certains ont, depuis plusieurs années déjà, pris les devants auprès des entreprises en leur proposant des solutions ‘tout IP’, à partir d’autocommutateurs IP (IPBX) ou en hébergeant tout le service chez eux. Ils mettent en avant les avantages de nouveaux services, intégrant la voix, les données, la visio-conférence et diverses solutions de communication collaboratives.

D’autres, comme Keyyo Communications (Bouygues) ou SFR, proposent également d’utiliser des connexions de téléphonie mobile sur des postes fixes notamment via des « routeurs 4G+ »

Certains opérateurs proposent des solutions mixant téléphonies fixe et mobile de façon transparente, ne serait-ce qu’en les consolidant dans l’annuaire d’entreprise. Les technologies Cloud ouvrent également ouvert de nouvelles possibilités, permettant, là aussi, de faire totalement abstraction d’équipements IPBX dans l’entreprise.

Ces diverses possibilités font ici, dans ce dossier, l’objet d’une série d’articles : quelles sont les étapes à franchir pour réussir la migration de sa téléphonie ? Quelle capacité du réseau s’impose, pour quelle qualité de service ? Est-il facile de transférer toutes les fonctionnalités existantes, comme l’identité de l’appelant, sur des plateformes IP ? Avec quels prestataires et opérateurs travailler ?

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