La culture du no code fait des adeptes en France

La culture du no code fait des adeptes en France

« C’est une révolution le no code, c’est donner accès à une culture du produit ». Jordane Lacroix, comme d’autres no codeurs français, est convaincu du potentiel des technologies no code qui fleurissent. Interrogé par ZDNet, cet intervenant sur les formations low code/no code à l’école de formation aux nouveaux métiers du numériques Maria Schools voit arriver sur les bancs du campus des profils de curieux assez divers. Il y a d’un côté ceux qui ont « une appétence pour la technologie » et de l’autre les professionnels qui ont « un projet à porter sur le digital mais ne savent pas comment s’y prendre et ont besoin d’un accompagnement ».

Depuis quelques temps, un certain nombre d’outils et de formations destinées aux utilisateurs ayant peu ou pas d’expérience en matière de développement apparaissent. Gartner prédit que d’ici un an, plus de 50% des moyennes et grandes entreprises auront adopté des plateformes d’application low code, et d’ici 2024, 65% des applications seront développées en low code dans le monde. Concrètement, les outils no code permettent de créer des applications web ou mobile sans une seule ligne de code. Parmi les outils les plus populaires, certains comme Webflow et Bubble répondent à des enjeux d’affichage et de design, quand d’autres, comme Airtable, sont dédiés à la base de données ou encore à l’automatisation, comme Zapier, entre autres.

Bien que la plupart soient nord-américains, ils atteignent déjà une certaine visibilité en France. Des communautés se forment, comme le collectif No-Code France, qui accueille près de 6 000 membres, l’association NoCode for Good qui travaille autour de projets solidaires et environnementaux, ou encore les NoCodeuses, qui oeuvre auprès des demandeuses d’emploi en seconde partie de carrière.

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Libérer les contraintes du développement traditionnel

Les centres de formation travaillent en première ligne à la démocratisation du no code en France. La semaine dernière, à l’occasion d’une table ronde sur le thème “No-Code et professionnalisation” orchestrée par Pierre Launay, CEO de l’agence Cube, des experts du no code se sont réunis pour aborder les défis de cet écosystème en devenir.

Les échanges ont démarré sur un premier constat partagé : le développement traditionnel et le développement “no code” ne doivent pas être mis dos à dos, mais sont au contraire complémentaires. « Les outils de no code sont utilisés par 25% des développeurs aujourd’hui » observe Thomas Bonnenfant, co-fondateur d’Alegria Academy. Pour lui, l’accès aux compétences no code permet aux développeurs traditionnels de « se focaliser sur les tâches pour lesquelles ils ont plus de valeur ajoutée », et ainsi « gagner du temps et utiliser le code pour repousser les limites de ces outils ou alors faire des choses qui ne peuvent pas être faites avec du no code ».

Jordane Lacroix, qui n’était pas présent lors de cette table ronde, soutient lui aussi que l’opposition entre un développeur professionnel et non professionnel n’a pas lieu d’être. « Très souvent, le no code va permettre d’amorçer un projet. Mais une fois qu’un produit a trouvé son marché, c’est là que ça devient intéressant de se tourner vers un développeur ». D’autant que le no code a des limites en termes de fonctionnalités, précise ce dernier, et pose des questions plus largement de sécurité, de « dépendance à l’outil », et de « politique tarifaire » qui s’y applique.

Toutefois, la principale qualité du no code est de pouvoir travailler « sans avoir à lire ou écrire de code », résume Erwan Kezzar, co-fondateur de Contournement, ex-cofondateur de Simplon. Par opposition au low code, donc, où des connaissances en codage peuvent s’avérer utiles. « Le no code plus le code, c’est la puissance. Si des profils maîtrisent les deux, l’avenir leur est ouvert » affirme l’expert. En revanche, cela n’empêche pas les no codeurs de posséder un minimum de compétences techniques, soutient Erwan Kezzar. « Le no code est certes plus accessible, mais pas facile pour autant. Si on se jette sur Airtable, on risque de l’utiliser comme un faux Excel. De notre point de vue, le no code peut permettre d’acquérir des connaissances s’il est appris de la bonne manière ».

Des métiers à définir

Alors que les développeurs sont très demandés sur le marché de l’emploi, les experts du no code s’accordent à dire qu’il va y avoir plusieurs métiers autour de ces technologies pour accompagner l’ensemble des cas d’usage, et éviter de se retrouver à chercher « un mouton à cinq pattes », comme l’évoque Pierre Launay. D’autant que l’écosystème croît très vite, et « un éditeur naît chaque jour », rappelle le cofondateur de Cube.

D’un côté, le no code peut être vu comme une alternative à la surcharge des DSI en entreprise. A condition de ne pas tomber dans le “Shadow IT”, note Pierre Launay. En plus de « désengorger l’entrée du pipeline IT », l’essor du no code permet par ailleurs d’embarquer les métiers et « s’affranchir du legacy », constate de son côté Heloïse Ollivier, head of operations chez Maestro.

Comment alors dénicher la perle rare ? « Il est possible de trouver des profils avec une compétence métier et une compétence no code à côté » soutient Erwan Kezzar, prenant l’exemple d’un growth hacker qui serait spécialisé en no code. Pour Heloïse Ollivier, le profil idéal du no codeur devrait rassembler des soft skills, comme la débrouillardise, et des hard skills, qui impliquent à la fois des connaissances dans la tech, une casquette produit et une maîtrise des outils. En somme, « c’est une culture et un état d’esprit avant tout » résume-t-elle. Jordane Lacroix voit plutôt le no codeur comme une passerelle « entre le product designer et le développeur ».

Les “portraits-robots” fusent même si les offres d’emplois pour le no code ont encore bien du mal à décoller, observe Heloïse Ollivier. « C’est plus une corde à un arc qu’un métier à part entière » concède-t-elle. Pourtant, « ce métier de maker no code va exister, c’est certain », assure Thomas Bonnenfant.

Pierre Launay constate que, pour l’heure, aucune verticale métier ne sort véritablement du lot dans la sphère du no code. Cube travaille aussi bien avec des scale-up, qui veulent aller plus vite dans le lancement de leurs produits, qu’avec des PME voire même quelques grands groupes. Mais une chose est sûre, affirme Jordane Lacroix : « les débouchées comment à arriver doucement ». Et il ajoute que « certains développeurs se tournent vers des outils no code, en complément de leur travail. »

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