La Chine empêche la fondation Wikimedia d’obtenir un statut d’observateur à l’OMPI

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Le drapeau de la République populaire de Chine, devant un temple de la République de Chine (Taïwan). Photo: Outlookxp / Wikimedia Commons / licence CC by-sa

Les dictatures savent être attentives au moindre détail: que la fondation Wikimedia (WMF), qui héberge et soutient Wikipédia et les projets associés – seul site non commercial parmi les sites les plus consultés au monde – demande un statut d’observateur à l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI, WIPO en anglais), en soi cela paraît peu étonnant. Les problématiques de droit d’auteur et de copyright, les juristes de la fondation (ainsi que les wikipédiens attentifs…) s’y frottent souvent.

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“Atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’État”

Pourtant, ce mercredi 23 septembre, où était examinée l’admission à ce statut de 13 associations et autres organismes à but non lucratif, la République populaire de Chine, celle de Pékin donc, a bloqué celle de Wikimedia, rapportent plusieurs internautes (vu sur Twitter).

Pourquoi? Le site d’information KEI Online rapporte l’objection chinoise: la fondation américaine est liée à 124 groupes d’utilisateurs et 39 chapitres géographiques. Or, en 2015 elle a indiqué parmi ces entités Wikimedia Taiwan. Rappelons que Taïwan, devenue à la fin des années 1970 une démocratie et indépendante de fait de la Chine de Mao, est toujours considérée par le régime de Pékin comme faisant partie intégrante de son pays.

La délégation chinoise à l’OMPI a dès lors objecté: «Il y a lieu de croire que cette fondation mène des activités politiques par l’intermédiaire de ses organisations membres qui pourraient porter atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’État.»

Le Royaume-Uni a répliqué en demandant l’admission de toutes les ONG demandeuses (donc de la WMF), en déclarant:

«Il est courant à l’OMPI de saluer la participation d’une grande diversité d’ONG, d’organisations intergouvernementales, de groupes industriels et d’autres parties prenantes aussi largement que possible aux processus de consultation et aux discussions sur les questions actuelles de propriété intellectuelle. Cela fait partie intégrante de la transparence et de l’inclusion que nous chérissons à l’OMPI.»

L’Europe et la France aux abonnés absents?

Les Etats-Unis ont appuyé la réponse anglaise, ajoutant que d’autres ONG déjà admises comme observatrices à l’OMPI ont aussi des liens ou des affiliés à Taïwan, et que les compétences et l’intérêt de Wikimedia pour les questions de propriété intellectuelle rendent logique son admission.

Mais la Chine n’a pas changé d’avis, et comme l’admission à l’OMPI fonctionne par consensus, la fondation a donc trouvé porte close – formellement, la décision sur son admission a été reportée. Au passage, relève Pierre-Yves Beaudouin, président de l’association Wikimédia France: «Heureusement qu’il y a des pays anglo-saxons pour soutenir Wikimedia. Il y aurait pourtant une carte à jouer pour l’Union européenne tant que Trump est au pouvoir, mais nos pays défendent si peu la liberté d’expression sur la scène internationale.»

Après des censures intermittentes, sur certains articles (ce qui se rapporte au massacre de la place Tiananmen en 1989, au Tibet, etc.) ou pour certaines langues, Wikipédia serait bloquée dans toutes les langues en Chine continentale depuis mai 2019. Connaissant ainsi le même sort que Google, Facebook, Twitter, des médias et nombre d’autres sites web occidentaux bloqués sur l’Internet régenté par le Parti communiste chinois.

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