La Biélorussie force un avion de ligne transportant un opposant à atterrir à Minsk, les dirigeants européens dénoncent une « action inacceptable » – Le Monde

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Un Boeing 737-8AS de Ryanair est garé sur le tarmac de l’aéroport international de Minsk, en Biélorussie, le 23 mai 2021.

La Biélorussie a envoyé, dimanche 23 mai, un chasseur intercepter un avion de ligne à bord duquel se trouvait un militant de l’opposition. Le média d’opposition Nexta a affirmé que son ancien rédacteur en chef, Roman Protassevitch, 26 ans, avait été arrêté après l’atterrissage d’urgence à l’aéroport de Minsk de cet appareil, un Boeing 737 de la compagnie Ryanair en provenance d’Athènes (Grèce) et à destination de Vilnius (Lituanie). Le service de presse de la présidence biélorusse a confirmé, dans un premier temps, l’interpellation de M. Protassevitch, avant de supprimer le message.

Selon les autorités, l’appareil a dévié de sa trajectoire à cause d’une alerte à la bombe. La chaîne Nexta a, elle, affirmé que l’atterrissage d’urgence avait été suscité par une « bagarre » déclenchée par des agents des services de sécurité biélorusses présents à bord et qui affirmaient qu’un engin explosif se trouvait dans l’appareil. L’aéroport de Minsk, cité par l’agence de presse officielle Belta, a affirmé que l’alerte à la bombe s’était révélée « erronée » après une fouille du Boeing.

Le président biélorusse, Alexandre Loukachenko, a, quant à lui, donné l’ordre personnellement à un avion de chasse Mig-29 d’intercepter l’avion après cette alerte, a dit son service de presse.

Un « détournement inacceptable » pour Paris

En novembre, les services de sécurité biélorusses avaient placé M. Protassevitch sur la liste des « individus impliqués dans des activités terroristes ». Le jeune homme est un ancien collaborateur de Nexta, média qui a joué un rôle de premier plan dans la grande vague de contestation de la réélection en 2020 de M. Loukachenko, en fonctions depuis 1994. Fondé en 2015, Nexta (« quelqu’un », en biélorusse) avait notamment coordonné les rassemblements à travers le pays, diffusant des mots d’ordre et permettant de partager les photos et les vidéos des rassemblements et des violences.

Les dirigeants de l’Union européenne (UE) ont appelé de concert la Biélorussie à laisser repartir l’avion de Ryanair et à permettre à « tous ses passagers » de poursuivre leur voyage, fustigeant « une action complètement inacceptable ». « Nous tenons le gouvernement biélorusse responsable de la sécurité de tous les passagers et de l’appareil. TOUS les passagers doivent pouvoir poursuivre immédiatement leur voyage », a tweeté le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, Charles Michel, ont également appelé la Biélorussie à laisser repartir « tous les passagers ».

La France a qualifié le « détournement » du vol d’« inacceptable ». « Une réponse ferme et unie des Européens est indispensable. Tous les passagers de ce vol, dont les opposants biélorusses éventuels, doivent être autorisés sans délai à quitter la Biélorussie », a réagi le ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, sur Twitter.

L’Allemagne, par la voix d’un haut responsable du ministère des affaires étrangères, Miguel Berger, a réclamé une « explication immédiate » à la Biélorussie sur ces faits, tandis que le ministre des affaires étrangères britannique, Dominic Raab, a averti que « cette action extravagante de Loukachenko [aurait] de graves conséquences ». Le premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, a évoqué un « acte de terrorisme d’Etat », le président lituanien, Gitanas Nauseda, un « événement sans précédent » et un « acte abject » de la part du « régime biélorusse ».

La figure de l’opposition biélorusse en exil, Svetlana Tsikhanovskaïa, a également condamné cet événement. Sur Twitter, elle a assuré que le régime avait « forcé » à l’atterrissage l’avion de Roman Protassevitch. Selon elle, le journaliste « encourt la peine de mort en Biélorussie ». Ancienne république soviétique, la Biélorussie est le dernier pays en Europe à appliquer la peine capitale.

« Le régime a forcé le débarquement de l’avion @Ryanair à Minsk pour arrêter le journaliste et militant Roman Protassevitch. Il risque la peine de mort en Biélorussie. Nous exigeons la libération immédiate de Roman, une enquête de @ICAO [l’Organisation de l’aviation civile internationale] et des sanctions contre la Biélorussie. »

Durant l’été et l’automne 2020, le mouvement de contestation avait rassemblé des dizaines de milliers de personnes dans la capitale et plusieurs autres villes. Une mobilisation considérée comme de grande ampleur, pour un pays comptant à peine 9,5 millions d’habitants. Mais la protestation s’est progressivement essoufflée en raison d’arrestations massives, des violences policières ayant fait au moins quatre morts, d’un harcèlement judiciaire permanent et de lourdes peines de prison infligées à des militants et à des journalistes.

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Le Monde avec AFP

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