Karting à la prison de Fresnes : de l’administration pénitentiaire au ministre de la Justice, qui était inform – franceinfo

Karting, piscine et autres activités… Les images de l’émission “Kohlantess en prison”, diffusées sur YouTube et Twitter vendredi 19 août, ont déclenché ces derniers jours une polémique sur les réseaux sociaux dont le ministre de la Justice se serait bien passé. Eric Dupond-Moretti a annoncé samedi l’ouverture d’une enquête sur l’organisation de cet événement qui s’est déroulé le 27 juillet dans l’établissement pénitentiaire de Fresnes (Val-de-Marne), évoquant des “images choquantes”.

Mais le garde des Sceaux et ses services ignoraient-ils ce tournage et les activités prévues dans ce cadre ? Comment l’événement a-t-il été planifié et organisé ?

Le directeur de la prison de Fresnes, Jimmy Delliste, était bien sûr au courant. Dans un tweet daté du 27 juillet, il félicitait d’ailleurs les organisateurs de ce “Kohlantess en prison”. Quelques jours plus tard, le 4 août, il publiait un autre tweet faisant état d’un retour d’expérience positif de la part des multiples acteurs de l’opération au centre pénitentiaire de Fresnes”. 

Sollicité par franceinfo, le ministère de la Justice explique lundi 22 août que “l’initiative de l’événement a été prise et gérée en direct entre la prison et les organisateurs. Une convention bipartite a été signée et mentionne bien le karting, mais ni le cabinet du ministre ni l’administration pénitentiaire n’ont vu cette convention.” Franceinfo a pu consulter ce texte. Il y est bien fait mention d’un “parcours Kart du combattant” dans la rubrique “Organisation du tournage”. Ce document a été signé le 25 juillet par Jimmy Delliste et le producteur de l’émission, Enzo Angelo Santo.

La direction de l’administration pénitentiaire figure en en-tête de ce document mais, selon la Chancellerie, elle n’en a pas été destinataire et a découvert le jour-même l’activité de karting.

La convention entre les organisateurs et la prison, on ne l’a pas vue. On aurait dû la voir parce qu’il y avait une activité anormale. L’enquête essaiera de comprendre qui a pris la décision et jusqu’où elle est remontée.

Le ministère de la Justice

à franceinfo

Le service communication du ministère de la Justice avait bien donné son accord pour la médiatisation de l’événement, “sans avoir connaissance du programme en détail”, notammment l’activité karting, poursuit-on à la Chancellerie. Le Parisien et Konbini avaient d’ailleurs obtenu des accréditations pour couvrir la journée. Le reportage du Parisien, publié le 28 juillet, n’avait pas déclenché de polémique.

Ce même service communication a visionné les images de la vidéo tournée par les organisateurs, afin de flouter et d’anonymiser des éléments “pour des raisons de sécurité” avant leur diffusion sur YouTube. Une procédure classique, assure-t-on au ministère. Les images du karting ont-elles fait tiquer à ce moment-là ? “Il était de toute façon trop tard”, répond l’entourage du ministre, martelant que l’information n’est pas remontée jusqu’au bureau d’Eric Dupond-Moretti. 

“Ce qui gêne, c’est que les images soient publiées”, se désole sur franceinfo la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Dominique Simonnot. C’est à la suite d’un tweet du créateur et présentateur de Kohlantess, Djibril Dramé, repris par Damien Rieu, figure d’extrême droite, que la polémique a enflé.  

“C’est la puissance de l’image qui a emballé la situation”, admet la Chancellerie, qui défend par ailleurs l’action d’Eric Dupond-Moretti pour la réinsertion des détenus : “On ne peut pas accuser le ministre d’être contre la réinsertion, il est à fond là-dessus. C’est le côté karting qui choque. S’ils avaient fait un concours de chant, cela n’aurait pas posé de problème”. 

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