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« Justice pour Adama ! » : 20 000 personnes rassemblées à Paris contre les violences policières – Le Monde

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Rassemblement devant le tribunal de Paris contre les violences policières, mardi 2 juin.

Rassemblement devant le tribunal de Paris contre les violences policières, mardi 2 juin. GONZALO FUENTES / REUTERS

C’est au pied du bâtiment où elle est rendue quotidiennement dans la capitale, le tribunal de Paris, qu’une foule impressionnante, composée de nombreux adolescents et jeunes adultes, est venue réclamer « justice pour Adama ! », selon la formule scandée toute la soirée, mardi 2 juin.

Quatre ans après la mort d’Adama Traoré, à 24 ans, sur le sol de la caserne de Persan (Val-d’Oise) à la suite d’une interpellation musclée par les gendarmes, et une semaine après celle de George Floyd, 46 ans, asphyxié par un policier lors de son arrestation à Minneapolis (Etats-Unis), plus de 20 000 personnes, selon la Préfecture de police de Paris, ont répondu à l’appel du Comité Adama.

La manifestation, qui était annoncée depuis le 29 mai sur les réseaux sociaux mais n’avait pas fait l’objet d’une déclaration préalable, avait été interdite quelques heures à peine avant sa tenue par la Préfecture, au motif qu’elle n’était « pas autorisée par le décret du 31 mai 2020 relatif à l’urgence sanitaire, qui proscrit tout rassemblement, dans l’espace public, de plus de dix personnes. »

Le parvis du tribunal s’est vite révélé trop exigu pour la foule qui a fini, en s’étalant, par bloquer la sortie du périphérique et la ligne 3 du tramway. De nombreux manifestants ont dû se hisser sur les Algeco ou les containers du chantier du prolongement de la ligne 14 du métro, face au tribunal, pour participer au rassemblement.

« Ce n’est que le début »

Sur les centaines et centaines de pancartes, de nombreuses références à Eric Garner, mort en 2014 à New York lors de son interpellation, ou à Zyed et Bouna, morts en 2005 à Clichy-sous-Bois après une course-poursuite avec les forces de l’ordre. Trois lettres en vedette : « BLM », pour « Black lives matter [les vies des noirs comptent] ». Sur les masques chirurgicaux ou en tissu arborés par une large majorité de manifestants, on lisait parfois « I can’t breathe [je n’arrive plus à respirer] », paroles prononcées dans leur langue respective, peu avant leur mort, par George Floyd et Adama Traoré.

Lire aussi « Le racisme tue, ici, là et partout » : des milliers de manifestants rassemblés à travers le monde

Assa Traoré, sœur d’Adama et figure de proue de la lutte contre les violences policières, a pris la parole pour saluer la mobilisation massive : « Toutes les personnes qui sont là aujourd’hui, vous êtes entrées dans l’Histoire. Vous pourrez dire que vous avez participé à un renversement (…). Ce n’est que le début. Nous avons fait un appel en quelques jours. La prochaine fois, ce sera beaucoup plus organisé. »

La jeune femme de 35 ans a réclamé la fin de « l’impunité policière » et rendu hommage à d’autres personnes tuées par les forces de l’ordre ces dernières années en France : « Aujourd’hui, quand on se bat pour George Floyd, on se bat pour Adama, on se bat pour Ibrahima Bah [mort en 2019], on se bat pour Gaye Camara [mort en 2018], on se bat pour Babacar Gueye [mort en 2015], on se bat pour Angelo Garand [mort en 2017], la liste est trop longue. »

Des incidents éclatent la nuit tombée

Des barrières et des vélos, notamment, ont été incendiés dans les rues de Paris lors de la manifestation contre les violences policières, mardi 2 juin.

Des barrières et des vélos, notamment, ont été incendiés dans les rues de Paris lors de la manifestation contre les violences policières, mardi 2 juin. Michel Euler / AP

Après deux heures de rassemblement dans le calme, des incidents ont éclaté, et le parvis du tribunal s’est peu à peu vidé de ses occupants en même temps qu’il se remplissait de gaz lacrymogènes. Vélibs, trottinettes, scooters et poubelles ont alors été transformés en barricades enflammées ; des abribus et des commerces ont vu leur vitrine voler en éclats ; dans les petites rues du 17e arrondissement, où ils avaient enfin le droit de déployer à nouveau leurs terrasses, bars et restaurants ont dû tout rentrer en catastrophe et tirer leur rideau de fer pour éviter la casse.

« La violence n’a pas sa place en démocratie, a tweeté le ministre de l’intérieur Christophe Castaner. Rien ne justifie les débordements survenus ce soir à Paris, alors que les rassemblements de voie publique sont interdits pour protéger la santé de tous. » A Lille, quelque 2 500 personnes ont manifesté dans le calme. Plusieurs centaines à Marseille et à Lyon.

Le ministre de l’intérieur, interrogé un peu plus tôt dans la journée à l’Assemblée nationale à propos du cas d’un adolescent de Bondy, Gabriel, blessé sérieusement à l’œil, la semaine dernière, lors de son interpellation pour tentative de vol de scooter, avait défendu les forces de l’ordre : « Il y a une police républicaine qui, dans ce pays, protège les femmes et les hommes de tout y compris du racisme. Il y a une police républicaine qui est engagée jour et nuit pour la sécurité des citoyens. » Le ministre a fait valoir que le gouvernement combattait « le racisme avec force sur tous les fronts chaque fois que c’est nécessaire ».

Publication d’une contre-expertise indépendante

Ces rassemblements se sont déroulés le jour où une nouvelle contre-expertise réalisée à la demande de la famille Traoré était rendue publique, et dont les conclusions sont venues contredire celles d’une expertise médicale révélée quatre jours plus tôt, qui écartait la responsabilité des trois gendarmes – placés sous le statut de témoin assisté pour les faits de non-assistance à personne en danger – dans la mort du jeune homme de 24 ans.

Selon cette dernière contre-expertise indépendante, menée par un professeur spécialiste des maladies systémiques, le « décès fait suite à un syndrome asphyxique. Le syndrome asphyxique fait suite à un œdème cardiogénique. L’œdème cardiogénique fait suite à une asphyxie positionnelle induite par le plaquage ventral. Le plaquage ventral a entraîné la mise en position corporelle entravant l’échange normal de gaz et avec l’impossibilité de se libérer de cette position ”. Aucune autre cause de décès n’est identifiée. » « Ce rapport démonte point par point l’expertise de la semaine dernière et désigne le plaquage ventral comme ayant causé la mort d’Adama Traoré », s’est félicité Me Yassine Bouzrou, l’avocat de la famille.

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A l’inverse, selon la dernière expertise médicale ordonnée par les deux juges d’instruction, et menée par un collège de trois médecins, une défaillance cardiaque est à l’origine de la mort d’Adama Traoré. Cette étude dit ne pas trouver « de pathologie évidente expliquant cet œdème cardiogénique » et l’attribue à l’association de plusieurs éléments : une sarcoïdose pulmonaire, une cardiopathie hypertrophique, un trait drépanocytaire, le tout « dans un contexte de stress intense » et « d’effort physique », « sous concentration élevée » de cannabis. De simples « suppositions », a balayé le professeur auteur de la contre-expertise indépendante. Les parties civiles ont encore dix jours pour demander aux juges d’instruction d’ordonner une nouvelle contre-expertise.

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