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Julie Graziani virée : son ex-magazine fustige son attitude – Linternaute.com

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Julie Graziani virée : son ex-magazine fustige son attitude Après son passage sur LCI, l’éditorialiste Julie Graziani a été écartée du magazine L’Incorrect, avec lequel elle collaborait. Malgré des excuses publiques, Julie Graziani reste vivement critiquée.

[Mis à jour le 7 novembre 2019 à 22h43] Ce jeudi 7 novembre 2019 en matinée, l’éditorialiste Julie Graziani a annoncé dans un tweet la fin de sa collaboration avec le magazine L’Incorrect. Ce “mensuel conservateur” fut crée par des membres du mouvement politique français de droite conservatrice l’Avant-Garde. La fin de cette collaboration a été décidée par le directeur de la rédaction du magazine, Jacques de Guillebon, qui a annoncé la nouvelle sur leur site internet. Dès le mardi 5 novembre, L’Incorrect s’était désolidarisé des propos tenus par Julie Graziani le lundi 4 dans l’émission d’LCI “24h Pujadas”.

Le directeur de la rédaction Jacques de Guillebon a publié un communiqué afin de détailler le choix de la rédaction d’écarter Julie Graziani. Il a notamment qualifié les propos tenus par l’éditorialiste de “répugnants” et a également déclaré : “Julie Graziani n’a pas pris conscience le moins du monde du caractère scandaleux de ses mots, et au contraire s’enferre dans un dédain plus que macronien pour ‘ceux qui ne sont rien'”. La rédaction avait laissé un délai de réflexion à l’éditorialiste, afin qu’elle “revienne à la raison et s’échappe hors de la meute médiatique dans la dignité”. La décision de l’écarter de L’Incorrect a été prise par la suite. 

La polémique a éclaté ce lundi 4 novembre sur le plateau de 24h Pujadas, alors que Julie Graziani était invitée à commenter une séquence d’un échange entre Emmanuel Macron et une femme désemparée, exposant la précarité de sa situation au président. “Seule avec deux enfants, au Smic”, cette femme expliquait ne “pas trop [voir] comment on peut s’en sortir”. La polémiste avait alors réagi très vivement à cette séquence, avec des propos chocs : “Je ne connais pas le parcours de vie de cette dame, qu’est-ce qu’elle a fait pour se retrouver au Smic ? Est-ce qu’elle a bien travaillé à l’école ? Est-ce qu’elle a suivi des études ? Et puis si on est au Smic, il ne faut peut-être pas divorcer dans ces cas-là…”, avait-elle lancé.

Mercredi soir, aux alentours de minuit, la polémiste a publié une courte vidéo sur Twitter, où on la voit revenir sur son dérapage, avec beaucoup de légèreté. Une petite mise en scène dans laquelle on la voit assise dans une cuisine. La personne qui la filme l’interroge en ces termes : “Qu’est-ce que tu me disais sur ta psy ?”. Et Julie Graziani de répondre au second degré, l’air faussement affectée : “Quand je pense que ça faisait deux séances qu’on travaillait sur le module ’empathie’ quoi ! Pff, non mais ?”. L’éditorialiste est effectivement taclée sur les réseaux sociaux depuis lundi, d’aucuns l’accusant de mépris et de manque de compréhension. Des critiques auxquelles elle a manifestement souhaité répondre sur le ton de l’humour : une démarche qui a relancé les commentaires de ses détracteurs sur le réseau social.

Alors que les réactions concernant les propos de sa chroniqueuse Julie Graziani se multiplient, Puremédias est allé recueillir le point de vue de David Pujadas. Pour le présentateur de 24h Pujadas, sur LCI, cela ne fait pas le moindre doute : “Les propos de Julie Graziani ne sont pas un dérapage”, a-t-il estimé, préférant plutôt évoquer “une opinion”. David Pujadas a toutefois tenu à tempérer ses propres propos parlant alors d'”une opinion contestable”, mais qui a d’ailleurs “été immédiatement contestée en plateau par l’un de ses contradicteurs, la députée issue de Place Publique Aurore Lalucq”, a-t-il souligné.

Toujours à Puremédias, David Pujadas, qui a fait savoir qu’il ne s’excuserait pas pour les propos de Julie Graziani, a tenu à défendre le principe même d’un débat : “Le débat d’idées, ce sont justement des opinions qui se confrontent, même celles qui ne nous plaisent pas.” Et David Pujadas de renchérir : “Si cela avait été une interview, j’aurais dû intervenir. Là, c’était un débat avec une personne en face qui est immédiatement intervenue et a contesté point par point le propos de Julie Graziani. Tout a été dit très rapidement. Elle lui a d’ailleurs coupé la parole. La contradiction a été totalement apportée”.

Après avoir constaté l’indignation quasi générale sur les réseaux sociaux, cette militante anti-IVG s’est expliquée sur le site de l’Incorrect. “La formule était provocatrice et blessante pour les intéressées. Je le reconnais et je présente mes excuses à ceux qui l’ont ressenti comme tel”, concède-t-elle en préambule, avant de verser dans des explications plus politiques, qui traduisent bien son engagement auprès d’une droite dure et ultra-conservatrice, teinté de libertarisme très XIXe siècle. “Mon propos était d’en appeler avant tout à la responsabilité personnelle au nom de la dignité de chacun. Car même dans des situations difficiles, nous restons responsables des actes que nous choisissons et nous ne pouvons indéfiniment nous retourner vers l’État pour résoudre nos problèmes personnels ou pour nous victimiser”, soutient-elle, ajoutant que “la solidarité devrait avant tout passer par la famille et les corps intermédiaires (tissu associatif local, solidarité de proximité, églises, œuvres de bienfaisance, etc.)”. Comprendre : la solidarité nationale, l’Etat providence et la fraternité entre citoyens via l’impôt, ça va un moment.

Julie Graziani a également accordé une interview à Valeurs Actuelles, qui l’a notamment interrogée sur une éventuelle remise en cause de sa participation à l’émission de David Pujadas. Peut-elle perdre sa place ? “Je ne pense pas – du moins je ne l’espère pas. Il faut admettre et tolérer que l’on puisse exagérer et dire des ”bêtises” dans ces débats. Il serait illusoire de croire que l’on peut toujours avoir une parole maîtrisée dans le cadre d’un direct”, répond-elle, assumant par ailleurs le fond de son propos : “Je regrette que la forme ait pu pêcher. Si j’avais été moins submergée, par l’émotion et les souvenirs, j’aurais alors pris davantage de recul et j’aurais choisi des termes moins susceptibles de heurter quiconque”, dit-elle au magazine conservateur. 

Julie Graziani considère par ailleurs que l’emballement médiatique autour de son intervention n’est pas justifiée. “On juge les personnes sur un petit morceau de phrase…  J’ai eu l’occasion de discourir des heures sur le thème de la pauvreté et des difficultés financières, je sais montrer de l’empathie et de la compréhension vis-à-vis de la difficulté des gens. Hélas, on ne retient que le négatif. L’Incorrect (le magazine qui l’emploie ndrl) a notamment fait beaucoup de papiers de soutien aux Gilets jaunes, nous voulons les aider, faire preuve de solidarité. Je suis simplement agacée par le travers qui consiste à se plaindre sempiternellement à l’État, et j’ai eu la maladresse de me montrer trop directe”.

La journaliste est également revenue sur son enfance dans cette interview, expliquant en quoi l’échange du président de la République avec cette dame filmée l’avait interpellée : “C’était compliqué pour ma mère ; elle a fait le choix de ne pas divorcer pour ne pas nous mettre dans la précarité. Elle a traversé cette épreuve et je lui en suis reconnaissante. Je regrette d’avoir donné de moi une image dure. Si j’ai pu l’être, c’est que je suis consciente qu’il y a d’autres façons de s’en sortir. Ça commence par analyser froidement sa situation avec force de caractère, en se disant ‘oui, j’ai aussi ma part de responsabilité, je dois réfléchir à la façon dont je l’assume, à la manière de m’en sortir par moi-même.” “Quand j’étais jeune, nous vivions à 5 dans 35m². Ma mère a du emprunter de l’argent plus d’une fois pour les courses alimentaires. Et bien ça ne serait pas venu à l’esprit de ma mère de venir engueuler le Président de la République”, avait-elle écrit plus tôt sur Twitter. Dans cette interview, Julie Graziani a affirmé être contrariée que l’on puisse l’associer à l’extrême-droite, alors qu’elle se revendique bien davantage d’une droite tatcherienne et ultra-libérale.

Dérapage ou stratégie ?

Dans l’émission Clique, le médiatique politologue Clément Viktorovitch est revenu sur la séquence polémique. Selon lui, les propos de Julie Graziani ne sont pas un dérapage mais une stratégie très contrôlée, reposant sur le principe de la “fenêtre d’Overton”, théorisée par un lobbyiste américain. La fenêtre d’Overton désigne le “spectre des opinions dicibles au sein du débat public”, c’est-à-dire ce qu’il est tolérable de dire publiquement, ou pas. Julie Graziani ferait selon lui “la promotion d’idées radicales”, Clément Viktorovitch insiste bien sur ce terme. Selon lui, le fait de mentionner publiquement des idées si “radicales”, suscitant l’indignation du grand public, permettrait d’élargir la fenêtre d’Overton. D’après le chroniqueur de Clique, cela amènerait progressivement le grand public à percevoir en comparaison les propositions de personnalités politiques émanant de l’extrême droite comme plus acceptables.

Ce n’est pas la première fois que Julie Graziani choque. La militante anti-avortement engagée dans la Manif pour tous était présente en mars 2017 sur le plateau de l’émission 28 minutes, sur Arte. Invitée à s’exprimer au sujet de l’avortement des foetus trisomiques, Julie Graziani avait défendu son point de vue en ces termes, avec une allégorie surprenante : “C’est de la discrimination, c’est évident. Ça vous viendrait à l’idée d’avorter d’un bébé parce qu’il est noir ?”. Lorsqu’on lui avait rétorqué que ce n’était “pas du tout la même chose”, elle avait invoqué l’argument du “racisme chromosomique”.

Le gouvernement, par la voix de Marlène Schiappa, la secrétaire d’État en charge de l’Égalité entre les femmes et les hommes, a réagi à cette polémique. “J’aimerais comprendre : quel est le message quand on blâme une femme de ne gagner que le SMIC puis qu’on lui reproche publiquement d’avoir divorcé ? Riche on peut divorcer, pauvre il faut subir ? Sous couvert d’opinion, un violent mépris des mères isolées !”, a-t-elle écrit sur Twitter.

Diplômée de l’École des hautes études commerciales de Paris (HEC), Julie Graziani, 41 ans, s’est fait connaître en 2010 comme militante de la Manif pour tous. Elle est également l’une des cofondatrices de l’Avant-garde, une association de droite conservatrice de défense des traditions chrétiennes, parfois classée à l’extrême-droite par les médias. En 2018, elle devient éditorialiste pour le magazine L’Incorrect, fondé par des membres de l’Avant-garde, dont les fondateurs sont pour certains proches de Marion Maréchal Le Pen, et souhaitent un rapprochement des Républicains avec le Rassemblement national. En outre, elle intervient parfois sur LCI ou BFMTV comme chroniqueuse.

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