Joe Biden, le réformateur inattendu – Le Monde

Joe Biden à la Maison Blanche, à Washington, le 5 novembre 2021.

La présidence Biden s’annonçait d’un classicisme ennuyeux, après les excès de l’ère Trump. Une personnalité si familière âgée de 78 ans ne pouvait se réinventer, pensait-on. Pourtant, le vétéran démocrate a déjoué les pronostics. Ses rivaux à gauche soupiraient en évoquant son conformisme et son manque d’ambition ? Le voici, un an plus tard, en contempteur du grand capital et promoteur de réformes socio-économiques d’envergure, mais qui demeurent peu lisibles et déchirent son parti. Un grand tournant, suscitant un grand tournis.

Vendredi 5 novembre, au bout d’une journée électrique, il a fallu toute l’habilité de Joe Biden pour arracher un compromis entre modérés et progressistes au Congrès, après des semaines de tractations, de suspicions et d’invectives dans son propre camp. « J’ai été sénateur pendant 370 ans », plaisantait-il récemment sur CNN. Le président a engagé sa crédibilité et le poids de sa fonction pour convaincre les siens d’adopter enfin le premier volet du bouleversement « bidenien », déjà voté au Sénat en août : le plan sur les infrastructures, d’un montant de 1 200 milliards de dollars (environ 1 040 milliards d’euros). Le texte qu’il recevra pour signature à la Maison Blanche est passé avec le soutien de 13 voix républicaines. Indice des fractures démocrates, six élues ont manqué à l’appel : les membres du « squad », le groupe très à gauche réuni autour d’Alexandria Ocasio-Cortez. Au regard de l’histoire, celles-ci vont avoir du mal à justifier leur opposition à la construction de routes, de ponts, de canalisations et de réseaux électriques.

Le deuxième projet législatif est ajourné de dix jours : le Build Back Better act (BBB, ou Reconstruire mieux), réformes sociales et écologiques à hauteur de 1 750 milliards. Le marathon se poursuit et d’autres tractations pénibles se dessinent. Jamais Joe Biden ne s’est départi de son optimisme et de son calme, en public.

Les commentateurs américains se perdent en conjectures à son sujet. Est-il un révolutionnaire masqué, ou un dirigeant coupé des préoccupations quotidiennes des citoyens ? La vérité, jusqu’à ce vendredi, a été celle d’une ambition contrariée et mal comprise. Joe Biden a été élu sur une double promesse : la concorde nationale et un retour du professionnalisme. « Nous devons arrêter cette guerre incivile qui oppose le rouge au bleu, la campagne à la ville, les conservateurs aux progressistes », disait-il le 20 janvier, lors de sa prestation de serment scandée comme un prêche. Mais comment panser un pays tout en bouleversant son contrat social ?

Il vous reste 76.3% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Leave a Reply