#JeTravailleChezMoi : Pourquoi la fac gagnerait à opérer sa mutation numérique

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#JeTravailleChezMoi : Pourquoi la fac gagnerait à opérer sa mutation numérique

Les cours magistraux en visioconférence fonctionnent-ils ? « C’est plus épuisant que dans une salle de classe ! », rétorque Jérémy P., professeur dans trois écoles de communication, spécialisé sur le marketing digital. Ses classes comprennent en moyenne 15 à 30 étudiants, dont la moyenne d’âge varie entre 18 et 24 ans (les plus jeunes étant en BTS et les plus âgés en master).

Depuis la mi-mars, les établissements du supérieur demandent aux enseignants d’assurer un « plan de continuité pédagogique ». Pour l’enseignant lyonnais, cela se résume surtout à devoir jongler entre Teams, Google Classroom et Hangouts. Il admet que faire cours à distance est une expérience très différente du présentiel : « je n’aime pas spécialement ça, car j’aime beaucoup interagir avec mes étudiants. A distance, c’est plus compliqué ».

Si les créneaux horaires des cours restent les mêmes, le travail de préparation change. « Il faut revoir tout le process. J’essaie de rectifier ma méthode de cours pour apporter plus de pratique aux étudiants. Je leur propose plus d’exercices d’application », explique-t-il.

Il dit regretter les bugs techniques qui gênent les interactions en direct. « Vous devez couvrir 100 % des séances, soit rester des heures entières à parler, avec moins de pauses et d’interactions avec les élèves. Quand cinq personnes prennent la parole, ça coupe, alors après plus personne n’ose parler », souligne l’enseignant, qui demande aux étudiants connectés de couper leurs micros pendant chaque session pour améliorer la bande passante.

Entre les cours, l’enseignant encourage ses étudiants à se servir d’autres outils de communication en ligne. « Je laisse aussi la possibilité aux étudiants de me contacter via e-mail ou sur les réseaux, s’ils en ont besoin. Je propose aussi à mes BTS d’échanger via WhatsApp pendant la période d’examen », précise-t-il.

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Accélérer le basculement numérique

Cette crise, c’est aussi l’occasion de repenser les habitudes de travail. Pour Jérémy P., cela ne fait aucun doute, « les formations en ligne seront plus nombreuses à l’avenir », et constituent, en outre, une bonne expérience pour les jeunes adultes. « Je trouve que c’est un bon exercice pour responsabiliser les étudiants et les préparer au monde professionnel, afin qu’ils apprennent à juger des priorités par eux-même. Avec les jeunes diplômés, il y a toujours un moment de latence et d’adaptation quand ils arrivent en entreprise. Le télétravail, ça les fait beaucoup travailler sur leur organisation. »

Eric P., spécialisé sur les questions de stratégie digitale, intervient en temps normal en qualité de professeur associé à l’Université Lyon 2 et ponctuellement au sein d’une structure privée. Dans ce second établissement, « nous avons continué les cours en passant par Teams de Microsoft et tout s’est très bien passé », témoigne-t-il.

Si son rythme de travail n’a pas été particulièrement affecté par la situation, Eric P. reconnaît « être déjà adepte depuis plus de 20 ans d’une évolution dans le monde numérique, où il faut savoir lire et écrire et pas juste être un lecteur et consommateur de ce nouveau monde ».

Pour lui, « l’université, surtout publique, devra s’adapter. Elle a un travail de mutation considérable. Ce sera fondamental ». Cet entrepreneur, qui mène en parallèle une activité dans le domaine des entreprises innovantes, assure que dans le public « on est à quelques centaines de kilomètres d’outils “user friendly”, et c’est une sorte d’environnement d’un ancien monde dans lequel on nous demande d’évoluer ». Et ce, aussi bien au niveau des interfaces, de l’accès, des outils et de la connectivité dans les structures, précise-t-il.

Il estime que ce sont autant de solutions et d’environnements qui « devront évoluer et passer un cap d’usage. Je crois qu’ils se doivent de travailler selon les méthodes de “design thinking” pour peut-être se dire que le remplacement du tableau n’est pas le tableau numérique mais l’échange de la connaissance, la pédagogie inversée et donc radicalement changer de logiciel. Il suffit de voir la mutation de la musique, ou celle que tente d’opérer la presse pour se rendre compte que nous changeons de paradigme », observe le professionnel.

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