Jean-Paul Delevoye au gouvernement, un as du dialogue pour accoucher la réforme des retraites – Economie – L’Usine Nouvelle

Spread the love

Les Français devraient bientôt se familiariser avec l’immense silhouette (1,93 mètres) de Jean-Paul Delevoye, ce natif du Pas-de-Calais désormais en première ligne pour gérer un des chantiers majeurs du quinquennat. Avec le Premier ministre, il va inaugurer dès le 5 septembre un nouveau round de concertation et mettre en place une consultation des Français pour se donner le temps d’adopter une réforme en déminant le terrain. Jusqu’à maintenant, il faisait de la concertation, désormais il devra faire de la politique.

Gaulliste passé en macronie

Cet ancien chiraquien, tendance droite sociale, passé en “macronie” est loin d’être un novice de la politique française. Il a occupé au cours de sa longue carrière presque tous les mandats électifs possibles – conseiller général, maire (de la commune de Bapaume, Pas-de-Calais) pendant 29 ans, député, sénateur – avant de prendre des responsabilités gouvernementales comme ministre de la fonction publique et de la réforme de l’Etat dans le gouvernement Raffarin de 2002 à 2004 puis de devenir président du Conseil économique, social et environnemental (CESE) de 2010 à 2015.

Le goût de la prospective et du terrain

Jean-Pierre Delevoye parle avec tous et ne s’embarrasse pas des étiquettes. En 2014, il est même exclu de l’UMP pour avoir soutenu pour sa succession à sa mairie de Bapaume… un socialiste. Mais c’est surtout la connaissance du terrain qui le caractérise. Longtemps président de l’association des maires de France, il a sillonné la France dans ce cadre et aussi pendant sa mission de “Médiateur de la République”, l’instance indépendante chargée de régler les conflits entre les Français et l’administration, responsabilité reprise depuis par le Défenseur des droits. De 2004 à 2011, il plonge ainsi dans les contraintes et les difficultés de ses compatriotes. Lors de sa dernière année comme médiateur, il publie un rapport choc qui dépeint une société française au bord du « burn-out ». Elle est selon lui “fracturée et usée psychologiquement”.

Son goût pour la prospective, les grands sujets de société (comme l’école, la justice), et son appétence à rapprocher les points de vue en font un candidat assez naturel au CESE. Après la société civile comme médiateur, il y approfondit sa connaissance des partenaires sociaux et du milieu associatif. C’est sous sa présidence que François Hollande fait du Cese le lieu d’accueil des grandes conférences sociales de son quinquennat. Lors de son discours d’investiture au CESE, Jean-Pierre Delevoye affirmait qu’il faut “sortir du manichéisme bien ou mal, car en campant sur nos certitudes nous n’avons semé que des incertitudes”. Il est persuadé qu’il faut mettre tous les sujets sur la table sans tabou, pour les résoudre. 

Dépasser les corporatismes

Après une phase de mise à plat durant laquelle les partenaires sociaux ont plutôt loué son approche, il entre dans le dur. Il devra pour faire passer sa réforme convaincre les partenaires sociaux et l’Assemblée nationale. En faisant preuve d’une certaine humilité puisqu’une de ses préconisations – l’instauration d’un âge pivot de 64 ans pour une retraite à taux plein – a déjà été remise en cause par le Président de la République.

Il devra aussi convaincre les parlementaires. Il connaît déjà bien la majorité de l’Assemblée nationale puisqu’il l’a façonnée en tant que Président de la commission d’investiture des députés d’En marche en 2017. Le Président de la République lui a délégué la mission de redonner confiance aux Français en leur système de retraite. Mais il faudra passer sur tous les corporatismes et les inquiétudes pour y parvenir. A 72 ans, Jean-Paul Delevoye n’est pas prêt de prendre sa retraite.

Leave a Reply