Jean Castex, dernier haut responsable de la gestion de la crise sanitaire à passer devant la commission d’enquête – Le Monde

Spread the love

Presque six mois après son instauration, la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur la crise du Covid-19 est sur le point de s’achever. « On est vraiment dans la dernière ligne droite », résume son président, le député La République en marche (LRM) de la Loire Julien Borowczyk, qui a remplacé Brigitte Bourguignon après que cette dernière a été nommée au poste de ministre déléguée chargée de l’autonomie en juillet.

Lire aussi Covid-19 : l’audition de Jean Castex devant la commission d’enquête sur la crise sanitaire en direct

Mais, avant cela, cette commission d’enquête doit encore entendre une dernière personne : Jean Castex, l’ancien « M. Déconfinement » du gouvernement, depuis devenu premier ministre, et qui est convoqué devant les députés mardi 17 novembre à 18 heures. Il sera le dernier d’une liste longue d’une cinquantaine de personnes interrogées, toutes ayant été interrogées par la commission d’enquête lancée au mois de juin pour évaluer « la gestion de la crise » due à l’épidémie « et ses conséquences, notamment en matière économique, budgétaire, sociale, culturelle et internationale ».

« Nous ne sommes ni un tribunal populaire ni un tribunal judiciaire », explique Eric Ciotti, député LR des Alpes-Maritimes et rapporteur de cette commission d’enquête :

« Il y a des points qui ont fait défaut dans la gestion de cette crise, d’autres qui ont bien fonctionné. Pour moi, il s’agit de tirer les leçons de ce qu’il s’est passé pour mieux armer notre pays face à un risque pandémique et face à une situation de crise qui peut être différente. »

Lire les dernières informations : Covid-19 : même si la pression reste forte sur l’hôpital, les courbes d’hospitalisations se stabilisent en France

« Jamais entendu parler de masques »

Au fil des mois, ce sont à peu près tous les acteurs majeurs de la gestion de la crise du Covid-19 qui se sont succédé devant les députés. A l’exception du président, Emmanuel Macron, qui ne peut pas être auditionné par une telle commission, tous ont répondu à la convocation. Ils n’avaient, cela dit, pas vraiment le choix : le règlement de l’Assemblée nationale précise en effet que « la personne qui ne comparaît pas ou refuse de déposer ou de prêter serment devant une commission d’enquête est passible de deux ans d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende ».

Devant les députés, l’ancien premier ministre, Edouard Philippe, a notamment évoqué le fait qu’il n’avait « jamais entendu parler de masques » entre sa nomination à Matignon, en juin 2017, et la « mi-janvier » 2020, au début de la crise sanitaire. Il est également revenu sur les raisons du maintien du premier tour des élections municipales, en mars, et a défendu sa gestion de la crise sanitaire, laquelle a selon lui permis de « sauver beaucoup de vies ».

Lire aussi Comment fonctionne une commission d’enquête parlementaire, comme celle qui analysera la gestion de l’épidémie de Covid-19 ?

Lors de sa première intervention, le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, n’avait lui rien lâché, au grand dam des députés ,« frustrés ou mécontents de ses circonvolutions ».

« Vous ne pouvez pas dire que je n’ai pas anticipé », avait répété Agnès Buzyn

Lors de son audition – particulièrement attendue – en juin dernier, l’ancienne ministre de la santé Agnès Buzyn a pour sa part assuré que lorsqu’elle avait quitté son poste en février, alors que l’épidémie débutait tout juste, « tout [était] prêt. » « J’ai le sentiment d’avoir fait tout ce que je pouvais faire. […] Vous ne pouvez pas dire que je n’ai pas anticipé », a-t-elle assuré.

Ses prédécesseurs Xavier Bertrand, Roselyne Bachelot, Marisol Touraine, ainsi que l’actuel ministre de la santé, Olivier Véran, ont également été appelés à témoigner – sur la question du stock de masques, notamment. Cette réserve était l’un des points-clés de ces auditions, avec la stratégie en matière de tests et la prise en charge des résidents en Ehpad (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes).

Article réservé à nos abonnés Lire aussi La commission d’enquête obtient des réponses « précises » sur la pénurie de masques

L’audition de Didier Raoult dans les mémoires

Au-delà des auditions, les membres de la commission d’enquête ont pu consulter divers documents et renseignements de service qui pouvaient aider à leur travail. « Tout ce qui a été demandé, on l’a obtenu », souligne Eric Ciotti. « Je n’ai ressenti aucune entrave ou quoi que ce soit de la part de l’Assemblée ou de l’exécutif. On a pu travailler, et bien travailler », assure-t-il, estimant que « la majorité a[vait] tiré les leçons de la commission Benalla ». Les députés de l’opposition avaient en effet fini par se retirer de cette dernière, en signe de désapprobation.

Certaines données fournies à la commission d’enquête et déjà consultées par le Monde montrent ainsi qu’à « la veille de la pandémie, l’Etat était dépourvu de masques, mais aussi d’antiviraux et d’antibiotiques ». D’autres dévoilent que, dans certaines régions, « au pic de la vague épidémique, les plus de 75 ans ont eu un accès limité aux services de réanimation ».

Parmi toutes les auditions, le rapporteur, Eric Ciotti, retient notamment celles du professeur Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale à la faculté de médecine de l’université de Genève, et celle des membres du conseil scientifique, « qui avaient vu venir la deuxième vague ». Lors de leur entretien, ces derniers avaient également défendu le confinement généralisé, arguant que « nous n’avions pas le choix ».

Didier Raoult « a captivé l’attention de son auditoire pendant trois ou quatre heures en balançant 90 % de contre-vérités »

Le rapporteur garde également en mémoire l’audition de Didier Raoult, « une espèce de folie médiatique, avec une centaine de journalistes, de caméras ». Cette journée est également ancrée dans la mémoire de Julien Borowczyk :

« C’était une audition forcément médiatique, attendue de toutes et [de] tous. Je n’en attendais pas grand-chose d’un point de vue scientifique, mais c’était tout à fait divertissant. Je ne suis pas infectiologue, je ne suis que médecin généraliste, mais on se rend compte qu’il a captivé l’attention de son auditoire pendant trois ou quatre heures en balançant 90 % de contre-vérités. »

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Coronavirus : la longue prescription du professeur Didier Raoult aux députés

A l’inverse, le président de la commission d’enquête regrette que l’audition de Karine Lacombe, la chef de service des maladies infectieuses de l’hôpital Saint-Antoine à Paris, soit passée plus inaperçue :

« Je crois qu’elle ne démérite pas en matière de CV, et pourtant personne n’était présent, alors même qu’elle a pris le temps d’expliquer avec beaucoup de pédagogie toute la genèse et l’arrivée du virus en Europe, et plus particulièrement en France. Il y avait une petite distorsion dans les valeurs scientifiques, et c’était un peu dommage. »

Leave a Reply