Jacques Chirac en 2002 : "L'ordinateur est l'encyclopédie universelle du XXIe siècle"

L’ancien président de la République est décédé ce matin à l’âge de 86 ans. L’occasion d’interroger et d’évoquer ce que cet homme né en 1932 percevait au début de ce siècle de l’explosion de l’Internet. Nous republions ici une partie de l’entretien exclusif qu’il avait accordé à ZDNet lors de la campagne présidentielle de 2002 sur le thème de l’Internet.

Certes, Jacques Chirac en 2002 est en campagne. Et “les promesses de campagne n’engagent que ceux qui les reçoivent” disait-il à ce propos. Reste que ces quelques extraits permettent de mieux comprendre une époque (les cyberbornes…), et un contexte : le passage du secteur des télécommunication à l’heure de la concurrence et une problématique de financement des équipements, surtout telco, qui reste assurément d’actualité.

ZDNet.fr : Quelles mesures proposez-vous pour favoriser la démocratisation de l’accès à Internet ?

Jacques Chirac : La poursuite de la baisse des prix est une priorité. En matière d’infrastructures, le premier axe est l’accroissement de la concurrence. La première condition pour profiter de l’internet est de disposer d’un ordinateur, d’où l’importance d’un plan national d’équipement en ordinateurs. La politique d’équipement de lieux publics en cyberbornes (sic) devra être poursuivie.

L’ordinateur est l’encyclopédie universelle du XXIe siècle. Il doit figurer en bonne place dans chaque foyer, chaque école et diffuser une large palette de contenus en français.

Considérez-vous l’accès au haut débit comme un moyen de développer l’usage d’internet en France ?

Si le haut débit n’est pas aujourd’hui indispensable pour les Français qui se limitent à un usage limité d’internet (emails, simple consultation de sites), sans télécharger de fichiers volumineux, il le deviendra rapidement avec et pour le développement du télétravail, du commerce en ligne et de l’ensemble des nouveaux services offerts aux particuliers et aux entreprises.

L’État ne devra pas se substituer à l’initiative privée mais la stimuler, l’encadrer et la compléter, dans un souci de cohésion nationale. Les pouvoirs publics devront concentrer leur action dans les territoires susceptibles d’être délaissés par les opérateurs privés, faute de rentabilité.

Êtes-vous favorable à des mesures de restriction d’accès vers certains contenus disponibles sur internet ?

Internet est un réseau mondial qui se joue des frontières. La seule vraie réponse à la cybercriminalité se trouve dans la définition d’un état de droit international, qui définisse les infractions communes (pédophilie, incitations à la haine, blanchiment), et qui se donne les moyens de les sanctionner par une coopération policière et judiciaire. Ce n’est pas utopique.

Quelles sont vos propositions dans le domaine de la protection des données personnelles sur internet ?

Outre son caractère inadmissible par lui-même, le non-respect de la vie privée peut également constituer un frein au développement des échanges sur internet, notamment pour le commerce électronique. Je pense en particulier aux craintes liées à l’usage des cartes bancaires.

Les pouvoirs publics doivent faire preuve de vigilance afin de corriger au fur et à mesure les éventuels effets pervers des nouvelles technologies, comme par exemple la cybersurveillance des salariés.

Êtes-vous favorable au développement d’une administration électronique ?

Les nouvelles technologies peuvent d’abord être un formidable outil de modernisation, en favorisant une meilleure organisation et une plus grande efficacité. (Mais elles) ne peuvent néanmoins être la seule réponse au problème de la modernisation de l’État. Elles ne doivent pas non plus conduire à réduire les contacts entre l’Administration et le public, sous prétexte que l’information est disponible sur internet. Internet ne remplacera jamais la médiation humaine.

Êtes-vous favorable à la création d’un organisme public ayant autorité sur le fonctionnement d’internet en France ?

Nous assistons à une convergence croissante du monde des télécommunications et de celui des médias traditionnels, grâce au numérique. Pour autant, la création d’une institution supplémentaire n’est pas une priorité. Les autorités de régulation sont déjà nombreuses. Elles doivent continuer de renforcer leur coopération.

Pensez-vous que les entreprises du secteur des nouvelles technologies aient un rôle majeur à jouer dans l’économie française dans les prochaines années ?

Les nouvelles technologies sont sources de nouvelles richesses et de nouveaux emplois. L’enjeu de leur développement est donc considérable en termes d’innovation, de croissance, d’emploi et d’indépendance nationale. C’est à la fois une chance et un risque pour notre pays car les réseaux facilitent la sous-traitance dans les services à forte valeur ajoutée et donc la concurrence. Certains pays l’ont bien compris.

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