Israël-Palestine : de nouvelles frappes sur Gaza dans la nuit, réunion de l’Assemblée générale de l’ONU – Le Monde

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A Rafah, dans la bande de Gaza, jeudi 20 mai 2021.

La diplomatie internationale s’activait jeudi 20 mai sur le terrain et en coulisses pour tenter de mettre un terme à l’escalade militaire meurtrière entre Israël et le Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza, ce micro-territoire palestinien de deux millions d’habitants sous blocus israélien, après de nombreux bombardements.

L’Assemblée générale de l’ONU, qui s’est réunie à 16 heures au niveau ministériel, a qualifié par la voix de son secrétaire général, Antonio Guterres, d’« inacceptable » la poursuite des tirs israéliens et palestiniens. Le cabinet de sécurité israélien, auquel participeront notamment le premier ministre Benyamin Nétanyahou et les principaux responsables sécuritaires du pays, se réunit pour sa part dans la soirée afin de discuter d’un possible cessez-le-feu, ainsi que l’ont indiqué des sources officielles.

Après quelques heures de répit dans la bande de Gaza, les frappes se sont intensifiées dans l’après-midi, faisant monter des nuages de fumée et de débris dans le ciel, tandis que des ambulances filaient à travers l’enclave, selon des journalistes de l’Agence France-Presse. Cinq personnes ont été tuées jeudi dans la bande de Gaza, portant à 232 le nombre de Palestiniens morts dans cette enclave depuis le début du conflit le 10 mai.

En fin d’après-midi, un nouveau barrage de roquettes avait visé le sud d’Israël, poussant des habitants à se réfugier dans des abris antibombes.

  • Réunion de l’Assemblée générale de l’ONU

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a estimé devant l’Assemblée générale de l’organisation que « les affrontements devaient cesser immédiatement ». « Je suis profondément choqué par les bombardements aériens et par les tirs d’artillerie, continus, menés par les forces de défense israéliennes à Gaza », a déclaré M. Guterres, lors desquels une soixantaine d’enfants ont péri. « La poursuite des tirs aveugles de roquettes par le Hamas ainsi que par d’autres groupes militants vers des centres de population en Israël », lesquels ont fait une douzaine de morts dont deux enfants, « est également inacceptable », a par ailleurs ajouté M. Guterres. « S’il y a un enfer sur terre, c’est la vie des enfants à Gaza », a-t-il estimé.

Lors du débat, le ministre des affaires étrangères palestinien, Riyad Al-Maliki, et l’ambassadeur israélien aux Etats-Unis, Gilad Erdan, ont accusé l’un les forces de défense d’Israël l’autre le Hamas de se livrer à un « génocide » à l’encontre de leur propre peuple. « Dans le débat d’aujourd’hui, nous ne voyons pas une défense des objectifs fixés pour l’ONU, mais plutôt une indifférence à la charte du Hamas, qui, comme les nazis, est engagé dans le génocide du peuple juif », a souligné le diplomate israélien. « Comment certains peuvent-ils se précipiter pour faire des déclarations condamnant le meurtre d’un Palestinien à un moment où le monde entier reste silencieux et ferme les yeux sur le génocide de familles palestiniennes entières ? », s’était au préalable interrogé le ministre palestinien.

La réunion de l’Assemblée générale, à laquelle participaient une douzaine de ministres, a été convoquée à la demande du Niger, qui préside l’Organisation de la coopération islamique, et de l’Algérie, qui préside le Groupe arabe aux Nations unies. « Il est impératif de parvenir à une désescalade, afin d’éviter une crise sécuritaire et humanitaire transfrontalière incontrôlable », a ajouté le secrétaire général de l’ONU. « Nous devons œuvrer à une reprise des négociations » pour aboutir à « une solution à deux Etats sur la base des lignes de 1967 [avec Jérusalem pour capitale des deux pays] », a en outre déclaré M. Guterres.

  • Intenses tractations

Après l’appel du président américain, Joe Biden, en faveur d’une « désescalade » immédiate dans ces affrontements qui ont fait au moins 240 morts en dix jours (en grande majorité des Palestiniens) et le refus de Washington de soutenir une résolution de la France à l’ONU, le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, est arrivé dans la matinée à Tel-Aviv. M. Maas a soutenu que les frappes israéliennes à Gaza relevaient du « droit à l’autodéfense », tout en appelant à une cessation rapide des hostilités. Il était attendu dans la soirée à Ramallah, en Cisjordanie occupée, pour un entretien avec le président palestinien, Mahmoud Abbas.

La chancelière allemande, Angela Merkel, et le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, ont dit soutenir, lors d’un entretien téléphonique jeudi, les efforts pour un « cessez-le-feu rapide » dans les affrontements au Proche-Orient. « La chancelière, [Angela] Merkel, et le président, [Mahmoud] Abbas, sont convenus que les initiatives en faveur d’un cessez-le-feu rapide devaient continuer à être soutenues. La chancelière a souligné le droit d’Israël à se défendre contre les attaques de roquettes tirées depuis la bande de Gaza », a expliqué dans un communiqué le porte-parole de la chancelière, Steffen Seibert.

D’intenses pourparlers sont aussi menés par l’Egypte, pays limitrophe d’Israël et de la bande de Gaza, afin de remettre sur les rails la trêve fragile qui était en vigueur ces dernières années.

« Nous nous attendons à un retour au calme dans les prochaines heures, ou demain [vendredi], mais cela dépend de l’arrêt de l’agression des forces d’occupation à Gaza et à Jérusalem », a affirmé un haut responsable du Hamas. « Mais il n’y a rien de définitif pour le moment », a ajouté cette source, indiquant par ailleurs que le Qatar, émirat finançant l’aide apportée à Gaza et dans lequel vit le chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, était au cœur « d’intenses » tractations. L’émissaire onusien pour le Proche-Orient, Tor Wennesland, était justement au Qatar, où il doit rencontrer Ismail Haniyeh, ont indiqué des sources diplomatiques.

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  • Réunion extraordinaire du Conseil des droits de l’homme

Le Conseil des droits de l’homme se réunira la semaine prochaine en session extraordinaire, ont annoncé jeudi les Nations unies. La réunion, prévue le 27 mai, est organisée à la demande du Pakistan (en sa qualité de coordonnateur de l’Organisation de la coopération islamique) et des autorités palestiniennes, qui ont réuni suffisamment de signatures sur les 47 pays membres du Conseil, a indiqué l’ONU dans un bref communiqué. Lors de cette réunion, les pays examineront la « grave situation des droits humains » dans les territoires palestiniens occupés, y compris à Jérusalem-Est, a-t-il été précisé.

Depuis sa création, en juin 2006, le Conseil des droits de l’homme a déjà tenu 29 sessions extraordinaires destinées à réagir à des situations d’urgence, dont plusieurs ont condamné Israël, notamment sur la situation à Gaza. La précédente réunion extraordinaire portant sur la détérioration de « la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés » remonte à mai 2018. Et la première session extraordinaire du Conseil, le 5 juillet 2006, portait elle aussi sur la détérioration de la situation.

Dans une série de tweets, l’ambassadrice d’Israël auprès de l’ONU à Genève, Meirav Shahar, a dénoncé une convocation qui « témoigne de l’ordre du jour clairement anti-israélien de cette instance » et a appelé les Etats membres à s’opposer à la réunion. « Ceux qui soutiennent cette réunion ne font que récompenser les actions du Hamas, une organisation terroriste », a-t-elle accusé.

  • Territoires palestiniens : besoins sanitaires d’urgence

Pour répondre à la crise sanitaire – accrue – en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza, le bureau de l’OMS pour la Méditerranée orientale estime, dans un « appel d’urgence », que les besoins « pour une réponse complète » sont de 7 millions de dollars (5,73 millions d’euros) sur les six prochains mois, afin de financer notamment l’envoi de fournitures médicales essentielles dans les territoires palestiniens. Selon l’OMS, il est nécessaire d’y envoyer du matériel de chirurgie traumatologique, mais aussi de lutte contre l’épidémie de Covid-19. L’organisation internationale recommande aussi des « formations pour les personnels médicaux » (afin de gérer le grand nombre de blessés), des aides pour le secteur de la santé mentale, ou encore l’envoi de personnels spécialisés.

Ce cycle de violences entre Israël et Gaza a été déclenché après les tirs par le Hamas de salves de roquettes vers l’Etat hébreu le 10 mai, en solidarité avec les centaines de Palestiniens blessés lors de heurts avec la police israélienne sur l’esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de Jérusalem, dans le secteur palestinien de Jérusalem occupé par Israël depuis plus de cinquante ans. Depuis le début des affrontements, le 10 mai, plus de 230 Palestiniens, incluant une soixantaine d’enfants et des combattants du Hamas, ont péri dans les frappes israéliennes, tandis que 12 personnes ont perdu la vie en Israël, les mouvements palestiniens de Gaza ayant tiré plus de 4 000 roquettes vers le territoire israélien.

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Le Monde avec AFP

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