Israël avance en somnambule vers de troisièmes élections – Le Monde

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L’ancien chef d’état-major Benny Gantz, incapable de s’entendre avec le premier ministre Nétanyahou pour former un gouvernement d’union, a renoncé à former un cabinet.

Par Publié hier à 03h26, mis à jour hier à 10h15

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Pour la troisième fois en moins d’un an, les partis politiques israéliens s’avancent vers un nouveau scrutin législatif, en somnambules, incapables de surmonter leurs divisions. Ce constat, désespérant pour les électeurs, a été exprimé, mercredi 20 novembre, par l’homme qui a ouvert cette crise profonde de la démocratie israélienne, l’ancien ministre de la défense, Avigdor Lieberman.

Sa démission, à l’automne 2018, avait ouvert un cycle d’élections qui paraît désormais interminable. Un premier scrutin en avril 2019, puis un second en septembre n’ont pas permis au premier ministre, Benyamin Nétanyahou, de former une majorité de gouvernement sans son ancien allié, qui refuse obstinément de rentrer dans le rang.

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Lieberman plaide pour un gouvernement d’union

Mercredi, M. Lieberman a détaillé, à la télévision, de longues et pénibles semaines de négociations entre les partis, qui n’aboutissent à rien. Fort de 8 sièges sur 120 au Parlement, cet ultranationaliste laïque a exclu de rejoindre M. Nétanyahou et ses alliés, les partis religieux ultraorthodoxes (55 sièges). Il a refusé également de soutenir un gouvernement minoritaire dirigé par l’ancien chef d’état-major Benny Gantz, avec l’appui des partis arabes israéliens.

Renvoyant dos à dos, avec des mots d’une grande violence, ces formations religieuses et arabes qu’il juge toutes « antisionistes », M. Lieberman a répété son mantra : il n’y a d’autre issue qu’un gouvernement d’union dirigé par MM. Gantz et Nétanyahou. Mais ceux-ci ne parviennent pas à s’entendre. « Il n’y avait pas de divisions de fond, elles étaient avant tout personnelles », a déploré M. Lieberman, qui sous-entendait avoir refusé un siège de vice-premier ministre, avant de conclure : « Au moins, pour l’heure, il semble que nous allions vers une autre élection. »

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Ce dialogue de sourds achoppe sur un point : M. Nétanyahou, après sa défaite aux élections de septembre, se dit favorable à un gouvernement d’union. Mais il exige d’être le premier à le diriger, avant de passer la main à M. Gantz à une date qui demeure indéterminée. Alors que la justice pourrait annoncer dans les prochains jours son éventuelle inculpation pour des faits de corruption, de fraude et d’abus de confiance, M. Nétanyahou, au pouvoir depuis 2009, entend coûte que coûte conserver son poste, afin d’affronter ses juges en position de force.

Ses alliés religieux et ultranationalistes l’appuient dans cet exercice de survie. M. Gantz, quant à lui, refuse de siéger sous l’autorité d’un premier ministre inculpé. La défiance règne entre les deux hommes : la formation de M. Gantz, Bleu Blanc (centre droit), doute ouvertement que son rival accepte d’honorer un éventuel accord, pour laisser la place.

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