Week-end après week-end, les gilets jaunes continuent de faire entendre leurs voix dans la rue. Mais les écarts et les menaces se multiplient au sein d’un mouvement protéiforme depuis son origine. Ces derniers jours ont montré que les expressions de haine, voire les accès de violence, étaient de plus en plus visibles au sein des manifestations. 

Des éléments venus “profiter du mouvement” 

C’est sans doute l’image qui a le plus frappé les esprits. Samedi, l’intellectuel et académicien français, Alain Finkielkraut se trouve près de la rue Campagne-Première, dans le 14e arrondissement. Un groupe de gilets jaunes se détache d’un cortège qui circule boulevard du Montparnasse et se met à l’insulter violemment. “Barre toi, sale sioniste de merde”, “grosse merde sioniste”, entend-t-on notamment sur la vidéo tournée à cette occasion. Dimanche, sur notre plateau, l’auteur est revenu sur cette agression verbale aux relents antisémites évidents: “J’aurais pu me faire casser la gueule. (…) Je dois mon salut au cordon de CRS qui s’est mis en place.”

Le parquet de Paris a ouvert une enquête du chef d'”injure publique en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion, par parole, écrit, image, ou moyen de communication au public par voie électronique”. Ce lundi matin, notre éditorialiste politique, Christophe Barbier, a commenté cet événement: 

“La grande majorité des gilets jaunes ne sont pas du tout antisémites, ou sont indifférents à ce qu’ils se passe, ce qui peut aussi être inquiétant. Mais ceux qui commettent ces dérapages sont des gilets jaunes, font partie du mouvement. Et les gilets jaunes ne peuvent pas les rejeter, s’excuser en disant: ‘C’est pas nous, ils viennent à l’intérieur du mouvement mais on n’a rien à voir avec eux’. (…) C’est de l’intérieur du mouvement que ça part, il faut qu’ils l’acceptent.”

Michel Vakaloulis, sociologue spécialiste des mouvements sociaux, a expliqué sur BFMTV que “le mouvement en tant que tel n’est ni antisémite, ni homophobe, ni raciste. En revanche, il peut y avoir des éléments qui profitent du mouvement pour diffuser leurs idées régressives et intolérables.”

Une marche prévue mardi 

Une marche contre l’antisémitisme, à l’origine motivée par la flambée des faits anti-juifs en France l’année passée et plusieurs actes commis récemment, comme la dégradation d’arbres dédiés à la mémoire d’Ilan Halimi, la profanation par une croix gammée d’un dessin représentant Simone Veil ou encore la projection d’un tag haineux sur la devanture d’un commerce à Paris, doit d’ailleurs se tenir mardi, à 19 heures, place de la République à Paris, à l’invitation de quinze formations politiques. 

“Déchaînement de violence” contre un fourgon de CRS à Lyon 

Toujours samedi, mais cette fois-ci à Lyon, c’est un débordement d’une toute autre nature qui a fait parler de lui. Des manifestants s’en sont ainsi pris à un fourgon de CRS, ralenti dans des embouteillages, jetant des projectiles contre lui, montant sur son capot. Une enquête pour violences avec arme et en réunion sur personnes dépositaires de l’autorité publique a été ouverte par le parquet de Lyon. Parallèlement, les deux CRS, la conductrice et son équipier, présents à l’intérieur du véhicule ont porté plainte ce dimanche. L’un d’entre eux, brigadier au sein de la compagnie autoroutière Auvergne-Rhône-Alpes, a répondu au micro de BFMTV:

Ce déchaînement de violence nous a surpris parce que nous n’étions pas là, nous, pour assurer une mission de maintien de l’ordre. On était venu pour une sécurisation de leur manifestation.”

Ingrid Levavasseur exfiltrée 

Et la violence pèse aussi sur les relations entre gilets jaunes. Ingrid Levavasseur, qui a ambitionné un temps de mener une liste baptisée “RIC” aux européennes, avec laquelle elle a pris ses distances, a été rudoyée ce dimanche à cause de ses aspirations politiques. Alors qu’elle défilait dimanche à Paris, les insultes en provenance d’autres manifestants ont volé, et très bas. “Enlève ton gilet, sale pute!”, “Espèce de bouffonne!”, ont lancé quelques-uns d’entre eux. Elle a aussi fait l’objet de doigts d’honneur, a été bousculée. L’hostilité à son endroit était telle qu’elle a dû être exfiltrée. Il faut en revanche souligner que cette exfiltration a été rendue possible par d’autres gilets jaunes, venus la protéger. 

“Il y a des inimitiés profondes entre les gilets jaunes, entre les leaders des gilets jaunes et les visions que portent les uns et les autres, notamment celle d’Ingrid Levavasseur”, a analysé à ce propos, Jannick Alimi, rédactrice en chef adjointe du service politique du Parisien, sur BFMTV. “C’est toute la haine des réseaux sociaux qui est descendue dans la rue”, a estimé pour sa part notre éditorialiste politique, Laurent Neumann qui a ajouté: “Il n’y a pas eu de convergence des luttes mais une convergence des haines”. 

Et cette collusion de ressentiments tend à cacher les revendications institutionnelles, sociales et politiques des gilets jaunes. 

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