Infirmière interpellée à Paris : ce que l’on sait de cette scène qui fait polémique – Le Parisien

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Mardi, en marge de la manifestation des soignants à Paris, 32 interpellations ont été menées pendant des échauffourées. Parmi celles-ci, celle d’une infirmière en blouse blanche, réclamant sans cesse sa Ventoline, le front en sang, a particulièrement attiré l’attention.

La scène, filmée sous plusieurs angles, a suscité l’indignation sur les réseaux sociaux, dans un contexte de dénonciation des violences policières en France. Le Parisien fait le point.

Que s’est-il passé ?

Plusieurs vidéos ont été diffusées sur les réseaux sociaux. La plus virale, postée par le journaliste Rémy Buisine, se déroule à l’arrivée du cortège de 18 000 manifestants, mardi en fin d’après-midi, sur l’esplanade des Invalides. Alors que des échauffourées ont éclaté entre manifestants et force de l’ordre, on y voit une femme en blouse blanche se faire interpeller sans ménagement.

« Je suis infirmière… Tu me lâches… », l’entend-on crier, à genoux, alors que les policiers tentent de lui entraver les mains dans le dos. « Il fallait réfléchir avant », réplique un membre des forces de l’ordre. On entend ensuite l’infirmière réclamer, à plusieurs reprises, sa « Ventoline », un bronchodilatateur utilisé pour soulager les crises d’asthme.

La suite est moins visible, les policiers enjoignant le journaliste qui filme à la scène à « reculer ». On peut néanmoins apercevoir plusieurs policiers plaquer l’infirmière au sol, sur le ventre. Une fois menottée, l’infirmière est relevée, avant d’être exfiltrée par trois policiers. « Je veux ma Ventoline », demande-t-elle encore, le front en sang. « On va vous la donner madame », répond un policier.

Une autre vidéo montre le tout début de l’interpellation. Plusieurs policiers fondent sur l’infirmière, sous une pluie de projectiles, dans un contexte de heurts extrêmement tendus entre manifestants et forces de l’ordre.

Que s’est-il passé après ?

Dans une autre vidéo, on aperçoit l’infirmière, exfiltrée de la place des Invalides par trois membres des forces de l’ordre, les mains entravées dans le dos. « Je m’appelle Farida », crie-t-elle à la caméra, alors qu’un policier lui pose la main sur la bouche.

L’infirmière a ensuite été placée en garde à vue au commissariat du VIIe arrondissement pour outrage, rébellion, violences volontaires, et participation à un groupement en vue de commettre des violences. Ce mercredi en fin de matinée, elle était « toujours en garde à vue », nous confirme le parquet de Paris. « Des investigations sont toujours en cours. Aucune décision sur les suites n’est prise à ce stade », ajoute-t-on.

Que s’est-il passé avant l’interpellation ?

D’autres vidéos montrent la même personne, quelques minutes avant son interpellation, jeter des projectiles en direction des forces de l’ordre, un masque chirurgical sur le nez. Des images filmées par une caméra de BFMTV, relayées sur les réseaux sociaux.

Un policier va déposer plainte « dans la journée » de mercredi, nous a confirmé une source policière. Il affirme avoir été atteint par l’un des projectiles lancés par l’infirmière.

Qui est cette infirmière ?

Farida C. est bien une « infirmière de profession », atteste une source policière. « Cette femme, c’est ma mère », a tweeté mardi soir Imen Mellaz, journaliste à France 24, alors que la vidéo de l’interpellation suscitait l’indignation. « 50 ans, infirmière, elle a bossé pendant 3 mois entre 12 et 14 heures par jour. A eu le covid. Aujourd’hui, elle manifestait pour qu’on revalorise son salaire, qu’on reconnaisse son travail. Elle est asthmatique. Elle avait sa blouse. Elle fait 1m55 ».

Dans un communiqué diffusé ce mercredi, la CGT de l’hôpital Paul Brousse (AP-HP) à Villejuif (Val-de-Marne) exige la « libération immédiate » de leur « collègue Farida », « dévouée en gériatrie », sans « qu’aucune charge ne soit retenue contre elle ». L’organisation syndicale indique que cette « infirmière Val-de-Marnaise de 50 ans », par ailleurs « mère de deux enfants », travaille « à l’AP-HP depuis 17 ans ».

Comment se défend l’infirmière ?

Dans son communiqué, la CGT Paul Brousse indique que « Farida a immédiatement reconnu avoir été envahie par la colère à la fin de la manifestation du fait des charges policières, des gaz lacrymogènes à profusion et des provocations multiples des forces de l’ordre ».

Manifestation des soignants : vives échauffourées à Paris

« Après trois mois de lutte acharnée contre le Covid-19, où les nuits ont été très courtes et la tension extrême », l’infirmière, « qui ne s’est pas arrêtée lorsqu’elle a été atteinte elle-même par le virus, est harassée ».

« Comme nombre de ses collègues », ajoute l’organisation syndicale, « elle ne supporte plus les violences policières des manifestations, les intimidations et le mépris total de ce gouvernement envers les personnels de la santé et de l’action sociale ».

De son côté, le syndicat Sud-santé APHP explique que Farida avait « de quoi être en colère ». « Dans cette crise [sanitaire] Farida a donné. Elle accepte un poste faisant fonction de cadre en gériatrie dans un hôpital qu’elle ne connait pas, la direction lui laisse miroiter l’officialisation d’un poste qu’elle n’aura pas », est-il écrit dans un communiqué.

Quelles réactions ?

Un rassemblement réclamant la libération de l’infirmière s’est tenu mardi soir devant le commissariat du VIIe arrondissement. Des députés de la France Insoumise, Éric Coquerel, Mathilde Panot et Danièle Obono y ont participé. « Libérez Farida l’infirmière », a tweeté leur chef de file Jean-Luc Mélenchon.

Un autre rassemblement est prévu ce mercredi à 16 heures devant le commissariat du VIIe arrondissement, à l’appel de la CGT Paul Brousse et de Sud-santé APHP.

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