Inceste et violences sexuelles : les recommandations de la Ciivise pour mieux protéger les mineurs – Le Monde

Edouard Durand et Nathalie Mathieu, coprésidents de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, à l’Ecole nationale de la magistrature, à Bordeaux, le 19 novembre 2021.

A l’issue de sa première année de travaux, la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) a livré, jeudi 31 mars, ses conclusions intermédiaires en vue d’améliorer la « culture de la protection » des mineurs. Créée sur le modèle de la commission Sauvé sur les abus sexuels dans l’Eglise, la Ciivise, lancée en janvier 2021 par Emmanuel Macron, est la réponse politique à la prise de conscience sociétale de l’ampleur des violences sexuelles faites aux enfants, provoquée par le fort retentissement de la parution de l’ouvrage La Familia grande (Seuil, 2021), de Camille Kouchner.

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Réponse politique, certes, mais aussi instance indépendante, la commission est présidée par deux acteurs de terrain : le magistrat Edouard Durand, ancien juge des enfants, et Nathalie Mathieu, la directrice générale de l’Association Docteurs Bru et de sa structure d’accueil des jeunes filles victimes d’inceste, située à Agen.

Consciente de l’immense impact des violences sexuelles et de l’inceste sur la vie des enfants et des adultes qu’ils deviendront, la commission formule vingt recommandations, qui vont de mesures en faveur de la prévention, avec l’organisation d’une campagne nationale accessible à tous – la dernière a eu lieu en 2002 –, à l’amélioration de la prise en charge judiciaire et médicale des victimes. « Certaines appellent des modifications de nature législative. D’autres relèvent davantage de pratiques professionnelles plus protectrices. Toutes sont réalistes, réalisables et ambitieuses », insiste, auprès du Monde, son coprésident Edouard Durand.

Rappelés dans leur document de 80 pages, quelques chiffres soulignent à la fois l’ampleur du phénomène et les défis qu’il pose : un Français sur dix a subi des violences sexuelles durant son enfance et, en cas de révélation par un enfant de faits d’inceste, un confident n’a rien fait dans quatre cas sur dix.

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Organiser le repérage systématique

C’est le premier axe défendu par les 26 membres de la commission, dont la mission est de disséquer les mécanismes de ces violences sexuelles en partant du vécu des victimes, de l’audition d’experts et de professionnels, afin d’élaborer des préconisations en matière de politiques publiques. « Nous savons qu’il y a 160 000 enfants chaque année qui sont victimes, nous devons aller les chercher », résume Edouard Durand. Et ce, dans tous les espaces où ils évoluent, qu’il s’agisse de l’école, des centres de loisirs, des activités sportives et musicales… Cette exigence de repérage systématique passe par la formation de tous les adultes travaillant au contact des mineurs.

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