Une pancarte éloquente devant le palais de justice de Rouen, où les manifestants témoignent de leur inquiétude après l’incendie de Lubrizol. Le 8/10/19. — D.Bancaud/20minutes
  • Un important incendie a détruit plus de 5.000 tonnes de produits chimiques stockés dans l’usine Lubrizol de Rouen, classée Seveso seuil haut, jeudi 26 septembre.
  • L’organisme Atmo Normandie a indiqué mardi que ses derniers résultats d’analyse de l’air font état de taux de dioxine quatre fois supérieurs à la normale relevés sur le capteur installé à Préaux au nord-est de Rouen le jour de l’incendie.
  • Ces taux de dioxine restent « en dessous des seuils de toxicité », a commenté la ministre de la Santé Agnès Buzyn. 

Deux semaines après l’important incendie qui a touché l’usine Lubrizol à Rouen et détruit  5.253 tonnes de produits chimiques, les investigations se poursuivent pour faire la lumière sur la catastrophe​ et ses conséquences. L’organisme Atmo Normandie a présenté mardi ses derniers résultats d’analyse de l’air. Ils font état de taux de dioxine quatre fois supérieurs à la normale, enregistrés sur le capteur installé à Préaux (à 15 km au nord-est de Rouen), le jour de l’incendie le 26 septembre.

« Dans une jauge déposée du jeudi 26 septembre, jour de l’incendie, à 12h à vendredi 27 à 12h, l’association a trouvé un dépôt de 12,6 picogrammes par m2, en équivalent toxique, de dioxine, alors qu’elle trouve dans ses prélèvements habituels en Normandie, essentiellement autour des incinérateurs, 3,4 picogrammes par m2 par jour en moyenne », a détaillé à l’AFP Christophe Legrand, directeur adjoint d’Atmo Normandie. L’organisme précise que ce dépôt de dioxine dans la jauge d’Atmo est issu de l’air mais signifie qu’un dépôt similaire s’est produit sur la terre à cet endroit.

Des seuils en dessous du niveau de toxicité

« Sur un temps aussi court de prélèvement la limite de quantification des espèces (LQ) est nécessairement plus élevée que si plus de matière avait été accumulée », analyse Véronique Riffault, professeure de l’Institut Mines-Telecom à l’IMT Lille Douai, contactée par 20 Minutes. Même si Atmo juge la valeur du prélèvement inhabituelle, « elle n’est cependant pas alarmante », affirmé l’organisme dans un dossier publié sur son site qui a comparé ce taux à « à son historique de mesures sur 208 échantillons de pluie en Normandie entre 2009 et 2017 » puisqu’il n’existe pas de réglementation concernant les dioxines dans les pluies.

Ces résultats restent « en dessous des seuils admis de toxicité », a commenté la ministre de la Santé Agnès Buzyn. « Nous verrons si ces chiffres sont retrouvés sur plusieurs prélèvements sur le long terme puisqu’il s’agit d’un prélèvement au moment de l’incendie », a-t-elle répondu à Franceinfo. La ministre se rendra à Rouen avec le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume et la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne en fin de semaine pour « installer le comité de suivi (…) où la totalité des résultats dont nous disposons seront rendus public et clairement expliqués ».

Attendre des résultats complémentaires

« Dans la mesure où l’incendie est terminé et le panache dispersé, on peut effectivement s’attendre à une diminution des concentrations mesurées dans l’air ambiant (si mesure il y a) et dans les retombées atmosphériques », constate Véronique Riffault. « L’Atmo veut certainement attendre d’avoir des résultats complémentaires pour définir les recommandations les mieux adaptées à la population. Mais les gens trouvent le temps long », avance-t-elle.

Y a-t-il des risques pour la santé ?  Selon l’OMS, une brève exposition à de fortes concentrations de dioxines « peut entraîner des lésions dermiques » et une exposition de longue durée « s’associe à une dégradation du système immunitaire, du développement du système nerveux, du système endocrinien et des fonctions génésiques ». En définitive, « en raison de la toxicité potentiellement élevée de cette classe de produits, il faut faire s’efforcer d’abaisser le niveau actuel de l’exposition de fond », écrit l’Organisation mondiale de la santé.

Des analyses complémentaires seront réalisées dans les sols, les végétaux et la chaîne alimentaire par la préfecture « pour connaître le risque sanitaire », a indiqué Atmo Normandie sur Twitter. « En général, les dioxines migrent assez peu dans les sols (elles sont hydrophobes donc sont très peu lessivées par les pluies). On considère que 90 % vont rester dans les 10 premiers cm, ce qui sur un sol très pollué, permet assez rapidement sa dépollution », indique Véronique Riffault. En cas de résultats préoccupants, « on peut imaginer que les productions agricoles qui ont été mises sous séquestre dans l’attente des résultats devront être détruites si les mesures sont très au-dessus de la normale », suppose-t-elle.

Concernant les résultats portant sur les polluants « classiques » tels que le sulfure d’hydrogène, le dioxyde d’azote, les particules, le dioxyde de soufre ou le monoxyde de carbone, ils sont plutôt rassurants. « Il n’y a pas de toxicité aiguë, ce qui signifie qu’il n’y a pas de danger de mort et non que ce n’est pas toxique », souligne Véronique Riffault qui prône la pédagogie, « sinon ça aurait entraîné une évacuation ».

294 partages
Advertisements

Leave a Reply