Incendie de l’usine Lubrizol à Rouen : l’enquête s’élargit à la mise en danger d’autrui – Le Monde

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Les investigations ont été confiées à la direction centrale de la police judiciaire et aux gendarmes de l’office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique.

Le Monde avec AFP Publié aujourd’hui à 16h23, mis à jour à 16h35

Temps de Lecture 3 min.

Odeur entêtante entraînant parfois des vomissements, galettes d’hydrocarbures sur la Seine, agriculteurs en plein désarroi : l’incendie spectaculaire de l’usine Lubrizol, classée Seveso seuil haut, est éteint mais continue d’inquiéter malgré la mobilisation du gouvernement pour rassurer. Samedi 28 septembre, le parquet de Rouen a annoncé que l’enquête judiciaire concernant l’accident s’est élargie au chef de mise en danger d’autrui.

« Des plaintes ont été portées à la connaissance du parquet, dans le ressort du tribunal de grande instance de Rouen ou hors-ressort, et lui sont adressées au fur et à mesure. Au vu de ces éléments, l’enquête est donc désormais diligentée également du chef de mise en danger d’autrui », a déclaré le procureur de la République de Rouen, Pascal Prache, dans un communiqué. « Au-delà du recueil des témoignages, des investigations techniques ont notamment été menées par l’institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale au moyen de drones », a précisé le parquet.

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Initialement, l’enquête avait été ouverte pour « destructions involontaires par l’effet d’une explosion ou d’un incendie ». Le parquet avait indiqué que la qualification était susceptible d’évoluer au gré des investigations.

Ces dernières ont été confiées à la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) et aux gendarmes de l’office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP). Les constatations sur les lieux se dérouleront en début de semaine prochaine, en fonction des possibilités d’accès au site, d’après le parquet, précisant que la cause de l’incendie n’était pas encore connue. Le parquet de Rouen se dit également « en contact quotidien » avec les services spécialisés du parquet de Paris et son pôle de santé publique.

« La ville est clairement polluée »

Le panache de fumée toxique, qui a mesuré jusqu’à 22 kilomètres de long, provoque de vives inquiétudes dans la région de Rouen. « Je comprends la population (…) les produits peuvent être irritants sur le moment », a tempéré la ministre de la santé, Agnès Buzyn, après avoir visité l’usine dévastée. Il n’y a « pas de polluants anormaux dans les prélèvements effectués », a assuré la ministre de la transition écologique, Elisabeth Borne, à ses côtés.

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En revanche « la ville est clairement polluée » par les suies, auxquelles il ne faut pas toucher sans protection, a reconnu Mme Buzyn. Cette suie est une combinaison d’additifs d’huile de moteur et d’hydrocarbures, c’est-à-dire des matières qui ont brûlé sur le site Lubrizol, qui emploie habituellement 400 personnes.

« L’inquiétude est absolument légitime »

Au total, 51 personnes ont consulté les établissements de santé rouennais jeudi et vendredi matin à cause de l’incendie, dont cinq – des adultes qui avaient déjà des pathologies respiratoires auparavant – ont été hospitalisées, a fait savoir vendredi le SAMU.

L’usine Lubrizol de Rouen, vendredi 27 septembre après l’incendie.

« L’inquiétude est absolument légitime. Ce nuage qui est passé au-dessus de Rouen est chargé en poussière hautement toxique au minimum cancérogène », a estimé pour sa part Annie Thébaud Mony, directrice de recherche honoraire à l’Inserm. « Le préfet ne ment pas quand il dit qu’il n’y a pas de toxicité aiguë du nuage, mais il ne peut écarter la toxicité à long terme », ajoute Mme Thébaud-Mony, soulignant que le risque cancérogène existe même pour une exposition de courte durée. Quant aux suies, ce sont « des produits toxiques très dangereux », selon la chercheuse.

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A l’unisson, l’association écologiste Robin des bois voit dans les suies un « problème diffus mais majeur ». Elle redoute « des eaux polluées » des nettoyages qui pourraient aboutir dans la Seine, selon son porte-parole, Jacky Bonnemains. Plusieurs partis, notamment Europe-Ecologie – Les Verts (EELV) ou encore La France insoumise (LFI), réclament davantage de transparence sur cette catastrophe industrielle. « Lubrizol est le plus important accident industriel en France depuis AZF (à Toulouse en 2001). La gestion du drame que vit notre métropole de Rouen est scandaleuse et humiliante », a ainsi twitté David Cormand, secrétaire national d’EELV.

Que signifie le classement Seveso ?

C’est le nom d’une directive européenne prise en 1982, six ans après l’émotion suscitée par la catastrophe écologique et sanitaire de l’usine chimique Icmesa, située sur la commune de Seveso, à une vingtaine de kilomètres au nord de Milan, en Italie. La directive incitait les pays européens « à se doter d’une politique commune en matière de prévention des risques industriels majeurs » et demandait « aux Etats et aux entreprises d’identifier les risques associés à certaines activités industrielles dangereuses et de prendre les mesures nécessaires pour y faire face .»

Le dernier cadre de cette directive, Seveso 3 a été établi en 2012. Entrée en vigueur en 2015 en France, elle « introduit des normes plus strictes en matière d’inspection et renforce l’obligation d’information du public, du personnel et des exploitants des établissements voisins ».

La directive Seveso distingue deux type d’installations (seuil haut et seuil bas) dont les mesures de sécurité et les procédures varient. Selon la base nationale des installations classées, la France compte 1 378 sites Seveso (634 en seuil bas et 744 en seuil haut) sur lesquels des études sont menées pour évaluer les risques et des plans de prévention des risques technologiques (PPRT) qui limitent l’urbanisation, sont mis en place. Le PPRT de Lubrizol avait été approuvé en 2014.

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