Bruno Mascarell, patron de bar à Rouen — D.Bancaud/20minutes
  • L’incendie de l’usine Lubrizol a déjà eu des conséquences sur l’économie locale, aussi bien pour les commerçants que pour le secteur du tourisme.
  • L’accident, aux conséquences sanitaires et environnementales encore incertaines, rappelle les risques engendrés par la présence d’usines Seveso, ce qui pourrait dissuader des actifs de s’installer à Rouen.
  • Mais Rouen pourrait retrouver des couleurs grâce à une communication musclée autour de ses événements culturels et de ses multiples atouts.

De notre envoyée spéciale à Rouen

Ce mardi matin, au bar tabac La Madeleine à Rouen, seuls trois clients sont au comptoir. Le café est situé dans le quartier ouest de la ville, qui fait face à l’usine Lubrizol, touchée par un grave incendie le 26 septembre. Mais un peu moins de deux semaines plus tard, les clients ne sont pas revenus, selon Bruno Mascarell, gérant du café : « On a perdu 50 % de notre chiffre d’affaires les dix premiers jours après l’incendie. Et alors que je fais 50 couverts habituellement, j’en fais 15 depuis. Mes clients, employés de banques et de concessionnaires automobiles, viennent moins et les parents d’élèves ne traînent pas à la sortie de l’école. Après les « gilets jaunes », on n’avait pas besoin de ça ! », déclare-t-il.

Force est de constater que depuis l’accident, les Rouennais sortent moins de chez eux et consomment moins. Un état de fait observé aussi par Matthieu de Montchalin, libraire dans le centre de la ville et président de l’association Vitrines de Rouen : « Les commerçants ont perdu 50 % de leur chiffre d’affaires les trois premiers jours suivant la catastrophe, 33 % la semaine suivante et 25 % cette semaine ». Une baisse d’activité qui pourrait avoir de tristes conséquences pour les 3.000 commerçants et artisans locaux, selon lui : « Déjà, nous avions souffert d’une baisse de la fréquentation de nos magasins en raison des ” gilets jaunes “, ce qui avait entraîné la perte de 500 emplois. Mais à cause de l’incendie de Lubrizol, des centaines d’emplois pourraient être menacées. L’attractivité de la ville va en prendre un coup », indique-t-il, tout en demandant que les commerçants soient indemnisés comme cela est prévu pour les agriculteurs.

Les restaurants et les hôtels impactés

En arpentant les rues de la ville, il est facile de constater que les primeurs sont très touchés. D’autant que la récolte des fruits et légumes a été provisoirement interdite dans une centaine de communes en Normandie et dans les Hauts-de-France. Le marché immobilier étant dépendant du moral des ménages, les agences immobilières pourraient aussi souffrir d’une baisse de régime dans les prochains temps. « Depuis Lubrizol, c’est plus calme. Il y a moins de passages des clients en agence. Mais dès que les odeurs liées à l’incendie vont disparaître, les acheteurs reviendront », espère Aymeric Chupin, agent chez Normandie immo.

Le tourisme rouennais a aussi été ébranlé par l’incendie de Lubizol. « On a eu des annulations les premiers jours. Après, l’activité a repris avec l’arrivée des journalistes venus couvrir l’évènement », confie un employé de l’hôtel Mercure centre cathédrale. « Les trois jours après l’incendie, l’office de tourisme a enregistré une baisse des visites de 35 %. Ce même week-end, les hôtels de la ville ont eu des annulations et les restaurants du centre-ville ont témoigné d’une perte de chiffre d’affaires de l’ordre de 35 %. Pour ceux situés sur les quais, les pertes ont été encore plus lourdes », renchérit Laurent Bonnaterre, président de l’office de tourisme.

« Cet accident prouve qu’on vit sur une poudrière »

Des mauvais jours qui sont d’autant plus mal vécus par les Rouennais que la ville avait fait de gros efforts d’embellissement et de modernisation ces dernières années. « Rouen avait réussi à démontrer qu’elle n’était pas qu’une ville industrielle, mais aussi un territoire vert avec de nombreux massifs forestiers. Et la ville jouissait de sa situation à 1h15 de Paris et de ses tarifs immobiliers attractifs », poursuit Laurent Bonnaterre. Et un éco quartier devant accueillir 15.000 personnes à terme, au pied du pont Flaubert, à proximité de l’usine Lubrizol, doit bientôt sortir de terre.

Cet accident pourrait donc rendre plus difficile l’opération de séduction lancée pour attirer de nouveaux habitants. D’autant que lors de la signature d’un bail locatif ou de l’achat d’une maison à Rouen, des documents préviennent du risque industriel. Une menace qui n’était pas vraiment prise au sérieux jusqu’alors. « Cet accident prouve qu’on vit sur une poudrière, car Rouen compte 14 sites Seveso seuil haut. Si je n’avais pas un travail et un crédit immobilier sur le dos, je penserais sérieusement à déménager », témoigne Charles, chauffeur de taxi.

« Ça va prendre du temps pour remonter la pente »

Face à ces préjudices, la Ville de Rouen et la Métropole vont d’ailleurs déposer plainte contre X, a annoncé le maire Yvon Robert, lundi dernier.

Mais selon Laurent Bonnaterre, même si l’image de Rouen va être entachée par cet épisode douloureux, rien n’est perdu : « Après AZF, Toulouse a mis un an pour redresser son image. Il faut démontrer aux investisseurs et aux cadres que notre territoire vaut mieux qu’un nuage noir. Il faut lancer une campagne de communication forte sur les réseaux sociaux pour valoriser nos évènements culturels, comme le festival Normandie impressionniste ou la Foire saint-Romain. Il faut aussi attirer les gens qui résident à 60-100 km de Rouen, afin qu’ils viennent consommer dans la ville. Ça va prendre du temps pour remonter la pente, mais on va y arriver », explique-t-il.

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