Incendie à Rouen : des enseignants refusent de reprendre les cours – Libération

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Des cours autorisés par l’académie, mais de suite suspendus par des enseignants qui pointent un «danger grave et imminent» au sein des établissements scolaires. Lundi, les élèves du collège Fontenelle (situé en plein centre-ville de Rouen), celui de Fernand-Léger (installé à quelques centaines de mètres de l’usine Lubrizol) et celui de Georges-Braque (localisé à 8 km de là) ont vu leurs enseignants exercer un «droit de retrait» et annuler la journée de classe pour des raisons de sécurité sanitaire.

Cinq jours après l’embrasement du site industriel, «des vertiges, nausées et autres maux de tête» ont été signalés en milieu scolaire, incitant une soixantaine de professeurs à annuler individuellement les cours de la journée et renvoyer les élèves chez eux. Dans la journée, la direction de l’usine Lubrizol a annoncé qu’elle portait plainte pour «destruction involontaire par explosion ou incendie», laissant entendre que le sinistre s’est déclaré aux confins du site. Alors que l’inquiétude de la population prend de l’ampleur face aux conséquences de cette pollution sur la santé, l’action menée par les enseignants est largement soutenue par les parents d’élèves.


Marie (1), mère d’un petit garçon scolarisé au collège Fontenelle, revient anonymement pour Libération sur ce «geste combatif et unitaire» :

«A titre personnel, je suis complètement solidaire avec ces professeurs. J’en suis même reconnaissante. Ils ont pris la bonne décision. Lorsque j’ai déposé mon fils à l’école ce matin, j’étais un peu inquiète. Je n’arrêtais pas de me demander si je ne lui faisais pas prendre un risque. Certes, on nous dit que tous les collèges ont été bien nettoyés, qu’il n’y a plus aucun danger pour nos enfants, que c’est le moment de reprendre le chemin des classes… Mais je n’étais pas franchement convaincue. Depuis l’incendie, c’est difficile de croire sur parole les autorités publiques. Les informations arrivent au compte-gouttes et elles sont toujours porteuses de bonnes nouvelles. C’est difficile à croire : je l’ai vu, le nuage de fumée au-dessus de nos têtes, je la sens l’odeur de gasole, c’est impossible qu’il n’y ait pas de problèmes.»

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«Mon fils a eu le tournis dès son arrivée en classe. Selon lui, l’air était irrespirable. Des camarades ont également eu des maux de tête, certains la nausée. Dans une autre classe, un professeur d’EPS a même été obligé d’envoyer huit élèves à l’infirmerie après seulement cinquante minutes de cours ! Nous vivons depuis cinq jours dans une ville imprégnée de toxicité. Si les enfants et les professeurs du collège Fontenelle, “habitués” à ce nouvel environnement, n’ont pas pu supporter l’odeur dans les salles de classe, je n’ose même pas imaginer à quel point cet établissement est un poison… Et pour l’instant, nous avons juste zéro information sur l’incident de ce matin.»

«Comme beaucoup de parents, je suis allée récupérer mon fils et quelques copains pour les ramener à la maison. Devant le collège, l’atmosphère était calme d’apparence mais on pouvait ressentir les tensions latentes. Les gens commencent à perdre patience et à ruminer des hypothèses dans leur tête. Moi aussi d’ailleurs. On aimerait savoir si l’établissement de nos enfants a bel et bien été nettoyé de fond en comble, comme la préfecture nous l’avait promis. Est-ce que les agents de nettoyage sont rentrés dans les bâtiments ou se sont-ils contentés de purger l’extérieur ? Ont-ils véritablement aéré chaque pièce du bâtiment ? J’ai bien conscience que c’est dramatique d’imaginer les pires scénarios. De remettre en cause les déclarations officielles. Mais comment faire autrement quand on nous laisse seuls face nos questions ?»

(1) Le prénom a été modifié. 

Anaïs Moran

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