«Il fait corps avec Haïti» : le prêtre Michel Briand, kidnappé dans le pays auquel il a dédié sa vie – Le Parisien

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Il a vu les murs de son presbytère s’effondrer lors du tragique séisme de 2010. Avant de survivre, cinq ans plus tard, à une agression par arme à feu dans les rues de Port-au-Prince. Si certains auraient fui un pays plus que difficile, Michel Briand a opté pour la reconstruction. D’abord un centre paroissial de fortune, puis celle de son corps touché par balles, pour une raison : mener à bien sa mission entamée depuis plus de trente ans en Haïti. Ce prêtre breton de 67 ans en est pourtant une nouvelle fois empêché. Dimanche, il a été enlevé avec un groupe de religieux, près de la capitale.

Les surnoms peuvent parfois être galvaudés. Mais selon ceux qui le connaissent bien, Michel Briand est bien le « prêtre des pauvres ». Depuis son arrivée en Haïti il y a trente ans, ce Breton originaire de Messac, en Ille-et-Vilaine, n’a eu de cesse de vivre avec les habitants de ce pays, dont un tiers a besoin d’une aide humanitaire d’urgence. « Quand on est missionnaire dans un pays, on va voir la réalité des gens. Michel Briand les accompagne dans le respect et la générosité », assure le père Georgino Rameau, secrétaire général de la Société des prêtres de Saint-Jacques à laquelle appartient le curé, et dont le siège est situé à Guiclan (Finistère).

« Alors qu’il a failli y laisser la peau, il est y retourné »

Michel Briand a rencontré cette société de missionnaires présente à Haïti depuis plus de 150 ans lors de sa coopération, dans les années 1975. « Il a découvert sa vocation à ce moment-là et est devenu prêtre en 1985 à Rennes », se souvient le père Georgino Rameau. « C’est l’un des rares à avoir été jusqu’à la prêtrise », confirme, en souriant, Eric Chopin. Ce journaliste a rencontré Michel Briand au séminaire de Chantepie, près de Rennes. Lui ne poursuit pas dans la voie pieuse et retrouve Michel Briand une fois devenu rédacteur pour le journal local Ouest-France. « C’était à la fin de ma carrière, j’étais en charge de l’actualité religieuse et j’ai repris contact avec lui. Je me suis dit qu’il se passait toujours quelque chose en Haïti ».

Le missionnaire ne le fait pas mentir. Il est à pied d’œuvre depuis des mois pour reconstruire une école détruite par le terrible tremblement de terre de 2010. Dans un reportage, l’hebdomadaire La Vie l’avait suivi sur le terrain, au cœur des bidonvilles de la capitale haïtienne. « Nous avons mis en place des comités locaux qui établissent des listes et ­distribuent les aides », avait expliqué le curé. « Je crois vraiment en la force de la communauté, vantait Michel Briand. La richesse des Haïtiens, c’est leur capacité de résistance. Malgré la misère, les cyclones, la violence, les tremblements de terre, ils ont toujours la vie en eux ».

Mais la réalité du danger qui l’entoure vient régulièrement se rappeler à lui, comme en 2015. Alors qu’il sort d’une banque, Michel Briand est atteint de deux coups de feu tirés par un homme qui lui vole sa sacoche avant de s’enfuir avec un complice sur une moto. Grièvement blessé, il rentre en France pour sa convalescence. « Il a été rapatrié et je l’ai rencontré. Je me souviens très bien de nos échanges, de son indéfectible engagement. Alors qu’il a failli y laisser la peau, il est y retourné. Je suis admiratif devant cette fidélité », témoigne Eric Chopin. « Il est tellement impliqué qu’il fait corps avec ce pays, avec ses paroissiens. C’est un prêtre qui incarne matériellement son engagement, il a plein de projets », insiste-t-il.

« Il s’en est toujours sorti »

Loin d’être irresponsable, Michel Briand « est victime de l’insécurité générale », reprend le père Georgino Rameau. Les enlèvements contre rançon ont connu une recrudescence ces derniers mois à Port-au-Prince comme en province, témoignant de l’emprise grandissante des gangs armés sur le territoire haïtien. En mars, le pouvoir avait décrété l’état d’urgence pour un mois dans certains quartiers de la capitale et une région afin de rétablir « l’autorité de l’Etat » dans des zones contrôlées par des gangs. Ces rapts touchent indistinctement les habitants les plus riches et la majeure partie de la population, qui vit sous le seuil de pauvreté.

La situation aurait commencé à entamer l’indéfectible énergie du prêtre, selon l’un de ses proches, resté anonyme. « Il a toujours été entièrement dévoué à Haïti, et très optimiste. Mais beaucoup moins depuis deux ans », assure cet ami d’enfance, sans s’étendre. Malgré l’inquiétude, nombreux sont ceux à louer sa foi « inébranlable », comme Eric Chopin. « Il a une douceur en lui, une force intérieure très puissante. Il va s’en sortir, il s’en est toujours sorti ».

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Selon le parquet de Paris, une enquête des chefs d’enlèvement et séquestration en bande organisée a été ouverte et les investigations ont été confiées à l’Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO).

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