«Il faisait juste son travail» : au collège Saint-Exupéry, les élèves rendent hommage à Samuel Paty – Le Figaro

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REPORTAGE – Après une minute de silence, quatre classes ont pu échanger avec des avocats du barreau de Paris sur les notions de liberté de conscience et d’expression.

«En France, a-t-on le droit de critiquer, de caricaturer les religions ?» Dans la salle 204 du collège Saint-Exupéry (Paris 14e), quelques mains se lèvent. Parmi elles, celle de Kevin*, assis tout au fond de la classe : «C’est pas bien, ça pourrait blesser les gens de cette religion. On ne doit critiquer aucune religion, c’est un peu logique.» Me Assia Bennezzar rétorque : «C’est totalement contraire à notre système». Conclusion de l’élève de quatrième : «Alors il est nul, ce système».

Toute la patience et la pédagogie de l’avocate au barreau de Paris ne parviendront pas à convaincre Kevin, qui glissera tout de même que l’assassin de Samuel Paty est un «con». Mais auprès de ses camarades, le message semble être passé. «On a le droit de critiquer la religion, mais pas de discriminer quelqu’un pour sa religion», résume Sophia*, félicitée par Me Bennezzar.

L’avocate, membre de l’association InitiaDROIT, a été sollicitée, avec un de ses confrères, par le collège Saint-Exupéry dans le cadre de l’hommage rendu à Samuel Paty, un an après l’assassinat du professeur d’histoire-géographie par un jeune Tchétchène radicalisé. «Cette deuxième séance était plus difficile que la première, mais les élèves étaient intéressants et curieux. Jamais dans l’agressivité», souligne-t-elle avant de quitter l’établissement, où dans chaque salle ou presque est punaisée la charte de la laïcité à l’école.

«Samuel Paty faisait juste son travail»

«Cette année, les élèves s’expriment bien plus aisément sur le sujet que l’an dernier, lorsque le choc dominait», estime la principale du collège, Colette Chiche, qui a entamé en septembre sa deuxième année à Saint-Exupéry. «Il leur a fallu tout ce temps pour prendre du recul, pour bien comprendre aussi ce qui s’était passé. Cette semaine, j’ai reçu plusieurs appels de parents pour me dire que leurs enfants faisaient des cauchemars. Le mot “ décapitation”, en particulier, ne passe pas.»

«Je ne suis pas trop les informations donc, l’année dernière, ce sont des amis qui m’ont appris ce qui s’était passé. Pour moi, c’était un peu flou. J’ai été choqué mais ça me paraissait loin, confirme Oscar, élève de troisième. Je ne pensais pas que ça pouvait arriver dans un collège… Je ne comprends pas trop, Samuel Paty faisait juste son travail.»

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«Ça me fait monter les larmes aux yeux»

À Saint-Exupéry, l’hommage à l’enseignant assassiné a commencé il y a plusieurs jours. Dès le début de la semaine, professeurs et personnels ont multiplié les interventions et les activités sur le thème de la liberté d’expression. En témoigne le mur du préau, sur lequel sont affichés dessins et textes rendant hommage à Samuel Paty et célébrant la «liberté». «Ça me fait monter les larmes aux yeux de voir ça», glisse une enseignante d’anglais, très émue. «Lors de nos interventions, nous avons bien senti à quel point nos élèves étaient attachés à leurs enseignants», reprend Colette Chiche.

Ce vendredi matin, à 9h30, les douze classes de l’établissement ont respecté une minute de silence, comme le ministère de l’Éducation nationale l’avait recommandé. Chaque professeur était ensuite libre d’organiser un temps d’hommage à l’aide des outils envoyés par la principale. Deux classes de quatrième et deux de troisième bénéficiaient par ailleurs de l’intervention d’InitiaDROIT.

L’occasion, pour les avocats concernés, d’enseigner un certain nombre de notions aux élèves, de leur rappeler quelques grands principes républicains et d’échanger avec eux très librement. Mais aussi et surtout de leur répéter encore et encore que «le droit de critiquer les religions est fondamental et même nécessaire», et que «Samuel Paty était un homme qui incarnait la volonté de vous transmettre ce goût de la liberté».

* Les prénoms ont été modifiés

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