Humanitaires tués au Niger : Comment les enquêteurs français envoyés sur place vont-ils travailler ? – 20 Minutes

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Un panneau indiquant les bureaux de l’ONG Acted à Niamey, au Niger. — Boureima Hama – AFP
  • Six humanitaires français ont été tués dimanche au Niger lors d’une attaque qualifiée de « terroriste » par Emmanuel Macron.
  • En France, le parquet national antiterroriste a ouvert une enquête le lendemain pour « assassinats en relation avec une entreprise terroriste ».
  • Une équipe composée d’enquêteurs et d’experts de la police technique et scientifique est arrivée mardi en fin de journée au Niger.

Leur avion s’est posé mardi en fin d’après-midi sur le tarmac de l’aéroport de Niamey. Vingt-quatre heures après que le parquet national antiterroriste a ouvert une enquête pour « assassinats en relation avec une entreprise terroriste », onze enquêteurs français se sont envolés pour la capitale du Niger dans le cadre d’une demande d’entraide internationale acceptée par les autorités de ce pays d’Afrique de l’Ouest de 23 millions d’habitants.

Cette équipe, composée de six agents de la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure), de trois de la Sdat (sous-direction antiterroriste) et de trois experts de la police technique et scientifique, va « essayer de comprendre ce qui s’est passé » dimanche, lorsque six humanitaires français de l’ONG Acted et leurs deux accompagnateurs nigériens ont été tués dans une attaque, explique à 20 Minutes une source proche du dossier.

« Seconder » les enquêteurs nigériens

Les circonstances de cette attaque, survenue dimanche dans une réserve naturelle à 60 km de Niamey réputée pour ses girafes, restent floues. Bien qu’Emmanuel Macron juge que son caractère terroriste ne fait aucun doute, l’opération n’a toujours pas été revendiquée, ni par Aqmi (Al-Qaida au Maghreb islamique), ni par l’EIGS (Etat islamique au Grand Sahara), des groupes très actifs dans la zone des « trois frontières », entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger.

Les enquêteurs français « ne vont pas faire l’enquête à la place des policiers nigériens, ils vont les seconder », souligne un bon connaisseur du dossier. Ils pourront, comme l’ont accepté les autorités locales, consulter des procès-verbaux ou procéder à des auditions de témoins. D’autres témoins ou proches des victimes pourraient également être entendus en France par la police judiciaire.

Plusieurs questions se posent, auxquelles devront répondre les enquêteurs nigériens avec le soutien de leurs collègues français : s’agissait-il d’une « attaque d’opportunité », comme le pense Frédéric Roussel, le cofondateur d’Acted ? Ou d’une opération ciblée et préparée ? Les assaillants, qui se déplaçaient à moto, visaient-ils spécifiquement des Français ? Voulaient-ils ainsi venger les pertes infligées ces derniers mois aux groupes djihadistes par l’armée française dans le cadre de l’opération Barkhane ? Faire payer la mort en juin dernier du leader d’Aqmi, Abdelmalek Droukdal, éliminé par des militaires français ?

Des experts sur la scène de crime

Quant aux trois membres de la police technique et scientifique, il s’agit de spécialistes aguerris, habitués à se déplacer dans les zones difficiles. « Ils sont au service des enquêteurs qui pourraient avoir besoin de compléments techniques », nous explique Fabrice Cotelle, chef d’état-major du service central de la police technique et scientifique, basé à Ecully, près de Lyon.

Parmi eux, un balisticien chargé d’étudier les impacts de balles et d’étudier leur trajectoire. « Il pourra passer la scène au peigne fin, effectuer des comparaisons de tirs avec plusieurs armes », poursuit Fabrice Cotelle. Deux autres experts « plus généralistes » auront pour mission de « rechercher toutes traces et indices », notamment des empreintes digitales ou ADN. « Ils reconstitueront aussi la scène en prenant des photos et des vidéos en 3D afin d’aider les magistrats à mieux comprendre » le déroulement de l’attaque.

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