Hubert Germain, le dernier des compagnons de la Libération, est mort – Le Monde

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Hubert Germain, le 26 novembre 2020, à l’Hôtel des Invalides, à Paris.

Hubert Germain est mort à l’âge de 101 ans, a annoncé mardi 12 octobre la ministre des armées, Florence Parly, au Sénat, sans préciser la date exacte de la disparition de celui qui était le dernier des compagnons de la Libération. « Je voudrais avoir une pensée émue pour lui, pour sa famille et pour ses frères d’armes qui nous ont quittés depuis longtemps. C’est un moment important de notre histoire », a déclaré Florence Parly.

Seules 1 038 personnes ont reçu le titre de compagnon de la Libération. En tant que dernier de ses représentants, Hubert Germain sera inhumé au Mont-Valérien.

L’Elysée a annoncé qu’Emmanuel Macron présidera le 11 novembre la cérémonie d’inhumation d’Hubert Germain qui se tiendra à l’Arc de Triomphe et au Mont-Valérien. Auparavant, lors d’une cérémonie qui se déroulera dans les prochains jours aux Invalides, le chef de l’Etat rendra hommage à Hubert Germain, qu’il a qualifié de « figure de proue de la France libre » ayant « incarné un siècle de liberté ».

Hubert Germain ressemblait au morceau de séquoia qui lui servait de canne au déclin de la vie : il était inflexible. Comme le bout de bois sur lequel il appuyait sa grande carcasse, le dernier des 1 038 compagnons de la Libération ne savait pas plier. Il était ainsi, le vieux soldat Germain, le der des der, d’un seul tenant. « Un roc », disait de lui Pierre Messmer, dont il fut le frère d’arme au sein de la Légion étrangère, à Bir Hakeim en 1942, puis le ministre du gouvernement, en 1972, poste accepté plus par fidélité que par goût du pouvoir.

Une fois assis, Hubert Germain tournait et retournait le solide bâton d’une main distraite, l’esprit en maraude à quatre-vingts années de là, errant entre le désert brûlant de Libye et les plaines neigeuses d’Alsace. Il racontait d’une traite des souvenirs comme ciselés dans sa mémoire, récitait son histoire qui, sans un mot superflu, sans un éclat de voix, prenait valeur d’épopée. Surgissait sans fard un jeune homme indiscipliné, insolent, un peu grande gueule même. Un fils de militaire en révolte permanente, tournant en rond dans sa rage, qui, en juin 1940, dans le chaos de la défaite et la lâcheté ambiante, refusa la fatalité. A 19 ans, le réfractaire embarquait pour l’Angleterre, s’en allant parmi les premiers rejoindre de Gaulle et la France libre. Il trouvait là un idéal, mieux, un destin

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Raide dans ses certitudes pendant les cinq années qui suivirent, il ne s’inclina ni devant les événements, parfois désespérés, ni devant les hommes, à l’occasion désespérants. L’ancien lieutenant narrait ainsi comment, après le débarquement en Provence, des Français attablés devant un verre, à l’ombre d’une tonnelle, applaudissaient ses hommes en les voyant passer. « Mes légionnaires me demandaient : “Mais ils ne viennent pas avec nous ?” J’avais honte. » Plus loin, il avait mis fin à un piètre spectacle lors de la libération d’Autun (Saône-et-Loire) en 1944. Des justiciers de pacotille entendaient tondre des femmes après un simulacre de procès. Hubert Germain fit placer deux canons face aux fenêtres du pseudo-tribunal. La mascarade s’en trouva annulée comme par enchantement. Et, dans l’Est, ce maire d’une commune tout juste reconquise après d’âpres combats qui entendait leur vendre l’eau de son puits… Cette veulerie le choquait d’autant plus qu’elle était à l’opposé de l’héroïsme qu’il côtoyait depuis 1940. Elle lui inspirait une conclusion cinglante et attristée : « Je me suis battu pour la France, pas pour les Français. »

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