Huawei MatePad Pro 2021 : moins chère qu’un iPad Pro… mais infiniment plus frustrante – CNET France

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Plus grande, plus puissante mais toujours confrontée à l’âpreté des sanctions américaines, elle fait ce qu’elle peut pour rester attractive dans l’ombre des tablettes premium de Samsung et d’Apple. Cela passe par une proposition matérielle de haute volée… mais est-ce vraiment suffisant ? 

Une grande tablette parée d’une ravissante dalle OLED

Ce que l’on peut déjà dire, c’est que différencier au premier coup d’œil la MatePad Pro de la Galaxy Tab S7+ n’est pas chose aisée. À y regarder de plus près, la tablette de Huawei est pourtant légèrement plus grande, avec une diagonale généreuse de 12,6 pouces au format 16:10 (contre 12,4 pouces pour celle de Samsung), et embarque à son dos un gros pavé photo regroupant trois modules et un flash. La qualité d’assemblage et de finition que nous propose Huawei est digne du haut de gamme, même si l’on arguera que la S7+ paraît un peu plus premium encore lorsqu’elle est dans nos mains. 

Ici, Huawei mise avant tout sur une certaine sobriété et sur des lignes plus douces et arrondies que la tablette de son concurrent coréen. Dans l’ensemble, nous n’avons pas grand chose à reprocher à la MatePad Pro en termes de design, mais l’on ne prend pas de claque non plus. On note par contre que cette nouvelle MatePad Pro est plutôt imposante côté dimensions 184,7 x 286,5 x 6,7 mm, mais son poids de 609 grammes reste toutes proportions gardées plutôt contenu pour une tablette de presque 13 pouces. L’ardoise demeure ainsi agréable à utiliser (et à transporter) au quotidien et sa taille lui permet d’accueillir un grand écran OLED WQXGA (2560 x 1600 pixels), cerné de bordures rabotées autant que possible. Nous l’avons passé en revue à l’aide de notre sonde et du logiciel de mesures Calman. 

Commençons par la luminosité maximale proposée par cette dalle OLED. Nous avons mesuré un pic de luminance de 381 cd/m², ce qui est plutôt honnête, même si la Tab S7+ est capable de monter à un maximum de 450 cd/m² environ. OLED oblige, le contraste est pour sa part infini, avec des noirs extrêmement profonds qui confèrent une belle impression de relief aux contenus affichés. Les choses se gâtent partiellement en termes de colorimétrie. En utilisant le mode d’affichage par défaut (« couleurs vides ») nous relevons une température des couleurs trop froide par défaut, avec 7540K. Ici, la dérive sur les bleus est très forte, et s’accompagne d’un Delta E mesuré à 4,9. Idéalement, cette valeur devrait être égale ou inférieure à 3 pour réduire au maximum l’écart perceptible entre les couleurs. 

Heureusement, ces valeurs sont largement corrigées lorsque l’on adopte le mode « couleurs normales ». Plus terne à l’œil, il permet pourtant d’afficher des couleurs bien plus justes. Cette fois la température des couleurs est idéale : 6557 kelvins. Une valeur très proche des 6500K du standard vidéo. Le Delta E se limite cette fois à 3,4, soit juste au-dessus de la valeur idéalement attendue. La couverture des différents spectres de couleurs est pour sa part excellente. Le gamut sRGB est par exemple supporté à 146,6%, contre 93,3% pour le spectre de couleurs Adobe RGB et 99,9% pour l’espace colorimétrique DCI-P3. Globalement nous avons donc affaire à une dalle de haute volée. On regrette par contre que Huawei se contente d’un rafraîchissement de 60 Hz, contre 120 Hz chez la concurrence. 

Côté accessoires, Huawei nous propose un clavier et un stylet. Des périphériques plutôt convaincants. Leur appairage se fait en un clic au démarrage initial et le stylet se recharge par induction au travers d’une surface aimantée de la tranche droite. Le clavier, plutôt convenable, déçoit uniquement par l’absence de trackpad qui complique souvent la tâche en bureautique. 

Du tonus et de l’endurance 

La MatePad Pro ne manque clairement pas de puissance de calcul : elle peut en effet compter sur les capacités de son processeur HiSilicon Kirin 9000E.

Cette puce lancée en fin d’année dernière profite de la gravure en 5 nm de TSMC et on y trouve une partie GPU Mali-G78. Tout ce beau monde permet une excellente fluidité dans l’ensemble des applications testées, mais aussi une réactivité sans faille de l’interface. Le multi-tâche réagit lui aussi au quart de tour. En jeu aussi, l’expérience est à la fois détaillée et fluide, notamment sur Fortnite.

 

 

L’endurance est aussi au rendez-vous avec une autonomie mesurée à un peu plus de 14 heures en lecture vidéo, avec la luminosité de l’écran laissée en auto. Voilà qui est satisfaisant : nous sommes pile au niveau de ce que propose par exemple l’iPad Air 2020, un bon élève en la matière. Pour la recharge, comptez deux grosses heures pour retrouver les 100% lorsque la batterie est complètement à plat. À noter que la barre des 50% est pour sa part regagnée en 45 minutes à peine grâce à la recharge rapide et le chargeur 40W fourni par Huawei.

 

Trois capteurs pour une tablette douée en photo ?  

Sans égaler les meilleurs photophones du marché, la MatePad Pro 2021 fait un travail plutôt honnête en photo grâce à ses trois capteurs arrières : un capteur principal de 13 Mpx à f/1.8, un module ultra grand-angle de 8 Mpx ouvrant à f/2.4, et un capteur ToF dédié à la détection de profondeur. 

 

Les clichés sont plutôt détaillés, avec un piqué satisfaisant sans être renversant. En basse lumière ou dans des conditions de luminosité plus délicate, ce bilan honnête prend par contre du plomb dans l’aile et globalement on reproche à Huawei un traitement logiciel parfois trop agressif sur les clichés. Notons aussi que la mise au point est par moment capricieuse. Avec tout son attirail, notre MatePad Pro a bien du mal à battre l’iPad Air 2020 et son unique capteur de 12 Mpx. Ses clichés sont certes légèrement plus détaillés, mais ils souffrent d’une dynamique moins flatteuse et d’une importante perte d’intérêt en basse lumière. 

 

 

 

En captation vidéo, la 4K est autorisée mais il ne faut pas en attendre grand chose. Même idée pour les vidéos 1080p du module frontal (8 Mpx à f/2.0). Ce module selfie toutefois convaincant pour des échanges en visio, ce qui permet d’assurer l’essentiel.

 

La frustration logicielle partout, tout le temps

On ne peut pas reprocher à Huawei d’être resté les bras croisés sur le plan logiciel depuis 2020. La firme a massivement investi pour développer son écosystème HMS (Huawei Mobile Services) articulé autour de son système d’exploitation maison : HarmonyOS, basé lui aussi sur Linux. Mais voilà, on ne rattrape pas en un an l’expérience que Google a su peaufiner en plus d’une décennie, surtout lorsque l’on ne peut plus exploiter les services du géant de Mountain View… utilisés par la vaste majorité des applications et services que l’on souhaite lancer sur smartphone ou tablette.

Huawei a pourtant enrichi son offre logicielle depuis l’année dernière, mais l’absence du Play Store reste une souffrance de chaque instant pour l’utilisateur. À la place, il faut plonger dans l’AppGallery, un ersatz de Play Store toujours un peu vide et qui affiche de la publicité à chaque démarrage. Vous n’y trouverez que certaines applications, et rarement les plus utiles. Ainsi, Facebook, Twitter, Instagram, Amazon Prime Video, Netflix ou encore YouTube n’y sont pas proposés — et ne le seront peut-être jamais.

Pour installer ces applications, il est toujours nécessaire de passer par des APK. Un constat qui vaut malheureusement pour l’installation de l’essentiel des applications intéressantes. Et certaines ne pourront même pas être lancées du tout, comme YouTube. Auquel cas, le recours au navigateur sera obligatoire. On utilise donc souvent la tablette de Huawei comme on utiliserait un PC portable : en passant par le navigateur pour de nombreux services. On pourra dire ce que l’on veut, mais utiliser une tablette de la sorte reste frustrant au quotidien, même si Huawei fait de son mieux… compte tenu du contexte qui lui est imposé.

 

On notera par ailleurs l’absence (fort regrettable) de certification Widevine L1. Cela ne vous dit peut-être rien, mais sans elle, certaines plateformes ne peuvent tout simplement pas lancer leurs contenus en HD. À titre d’exemple, une fois Netflix laborieusement installé sur la MatePad Pro avec un APK, nous avons donc le déplaisir de profiter de ses films et séries en 480p. On a vu mieux pour profiter correctement d’une superbe dalle OLED 2K. 

La Huawei MatePad Pro 2021 face à la concurrence

Proposée à 799€ en France, la Huawei MatePad Pro 2021 fait face à deux grands rivaux actuellement : l’iPad Pro 2021 d’Apple (899€), qui propose une expérience encore plus aboutie mais aussi bien plus coûteuse, et la Galaxy Tab S7+ (949€) de Samsung. Un chouia plus soignée encore que l’ardoise de Huawei, elle a surtout l’avantage de pouvoir compter sur les services de Google. Selon les rumeurs, Lenovo devrait prochainement lancer une tablette haut de gamme XXL lui aussi : la Tab P12 Pro. Si cela ce confirme, nous aurons tout loisir d’en reparler sur Cnet.

 

Conclusion

L’excellence matérielle que nous propose Huawei sur sa nouvelle MatePad Pro est trahie par de fortes limitations logicielles. Elles rendront l’expérience d’utilisation vraiment frustrante pour la vaste majorité des utilisateurs français ou européens. 

Huawei a pourtant fait des efforts en enrichissant un peu son propre marché d’applications et en installant par défaut des services de substitution à ceux de Google, comme sa recherche Petal Search ou son Petal Maps (équivalent de Google Maps), mais ces efforts sont encore trop parcellaires pour pallier à l’expérience proposée dans l’immédiat par la concurrence. Ce n’est pas la faute de Huawei, qui se débat comme il peut, mais nous voyons mal comment cette tablette (aussi réussie soit-elle) pourrait en l’état inquiéter celles d’Apple et Samsung.

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