Grève du 5 décembre : vu de l’étranger, le « jeudi noir » français est un test pour Macron – Le Monde

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Un militant de la CGT prépare les affiches pour la grève du 5 décembre à la Bourse du Travail à Nice.

Une forme d’incompréhension traverse les journaux de la presse étrangère qui évoquent la grève de jeudi 5 décembre en France. Sur le fond – la réforme des retraites – mais aussi sur la forme. « Grèves et protestations sont bien sûr une caractéristique bien connue de la vie française, du soulèvement étudiant de 68 aux manifestations des “gilets jaunes”, qui ont surpris le gouvernement par leur vigueur et leur violence. Aucune autre démocratie occidentale n’a autant de tolérance pour les voitures brûlées et les vitrines cassées », écrit le Washington Post, pour qui les manifestations de jeudi pourraient être parmi « les plus importantes et les plus déstabilisantes ».

Commentant les raisons du mécontentement et le principe de la réforme, le quotidien américain rappelle que la France est le pays occidental « le plus redistributif » : « Les propositions de Macron sur les retraites ne paraîtront pas radicales aux observateurs étrangers, surtout aux Etats-Unis. » Il se demande donc si les tensions françaises ne sont pas au fond du même ordre que les mécontentements observés dans les démocraties occidentales, même si elles se manifestent « dans un style français », c’est-à-dire dans la rue et non dans les urnes.

Pour le New York Times, Emmanuel Macron fait face à « son plus grand défi depuis la crise des “gilets jaunes” ». « Le nouveau mouvement social interroge le style de management du haut vers le bas, du président français », alors qu’il avait promis « d’écouter davantage de voix avant de prendre ses décisions ». Le journal rappelle que les grévistes protestent contre « la réforme du généreux système de retraite, unique en son genre », quoique l’un « des plus compliqués au monde » : « L’âge moyen de départ à la retraite est parmi les plus bas des pays industrialisés, le montant des pensions est l’un des plus élevés. »

Ceci explique, selon le correspondant à Paris, que « la France a l’un des taux de pauvreté des seniors les plus bas au monde et que les lieux de loisirs soient remplis de retraités en pleine forme ». Mais, ajoute-t-il, « la France est un pays qui aime les manifestations et déteste le changement, surtout dans un moment de peur due à la mondialisation et au changement climatique ».

Plus politique, El Mundo estime que M. Macron « joue son mandat dans la mère de toutes les réformes, la retraite ». Le gouvernement a déjà pris acte du succès de la mobilisation mais, écrit le quotidien espagnol, « si la grève continue dans les transports, il tentera de gagner la bataille de l’opinion publique ». M. Macron devrait s’appuyer sur cette stratégie et « sa vaste majorité à l’Assemblée pour mener à bien une réforme inscrite à son programme ».

Car comme le souligne le Times à Londres, « le traditionnel paradoxe français sur les grèves est à l’œuvre. Une majorité sympathise avec les grévistes mais soutient aussi la réforme ». L’issue du mouvement, destiné « à mettre le pays à genoux », affectera donc « le reste de la présidence » Macron, note aussi le quotidien britannique. Si le mouvement ne tient pas, « le président impopulaire aura gagné la bataille et pourra se consacrer à la lourde tâche de reconstruire la confiance du public, en vue de sa réélection en 2022 ». Dans le cas contraire, il débutera « un long voyage dans un hiver plein de conflits ».

Un deuxième Noël de tensions

Une tribune publiée par The Guardian rappelle aussi que le gouvernement s’est efforcé de dépeindre ce mouvement comme « corporatiste ». « Effectivement, l’appel à la grève est issu de cheminots aux retraites plutôt confortables. Mais le mouvement, depuis, s’est élargi, constate l’auteur. Les salariés français tiennent à leur système de protection sociale. C’est pour cela qu’ils font grève. »

Se voulant prospectif, le Corriere della Sera écrit : « Les Français se préparent déjà pour le deuxième Noël de tensions après celui de 2018, lorsque les rues étaient en feu tous les samedis lors de la guérilla des “gilets jaunes”. »

Le quotidien économique allemand, Handelsblatt, de son côté, évoque les bonnes affaires des transporteurs privés qui vont se substituer aux transports publics jeudi. Mais s’interroge : « l’histoire [le mouvement de décembre 1995] va-t-elle se répéter ? ». Le journal souligne un phénomène répandu en France : « la grève par procuration », qui, dans un premier temps, explique la sympathie de l’opinion publique pour les grévistes. « En 1995, les Français avaient été prêts à endurer » les grèves durant trois semaines : « Mais aujourd’hui, contrairement à cette époque, le climat dans les entreprises privées est plutôt calme. »

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