Grand rassemblement antiraciste à Washington, sur fond de violences policières en série – Le Monde

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Un drapeau « Black Lives Matter », brandi devant le  Lincoln Memorial où Martin Luther King avait prononcé son discours « I have a dream », il y a cinquante-sept ans, à Washington, le 28 août.

Entre lassitude et colère, des milliers de personnes se rassemblaient, vendredi 28 août, au cœur de Washington pour réclamer la fin des violences policières contre la minorité noire américaine, après une série de bavures qui ont rouvert les plaies raciales de l’Amérique.

Cinquante-sept ans jour pour jour après l’emblématique discours « I have a dream » de Martin Luther King, le leader de la lutte pour les droits civiques, les Américains étaient invités à marcher à nouveau sur la capitale fédérale pour réclamer l’égalité entre tous.

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Arborant des t-shirts barrés de la mention « Black Lives Matter » ou « What will it take ? » (« que faudra-t-il ? »), des centaines de personnes ont patienté dès l’aube pour une prise de température avant d’entrer dans le périmètre prévu pour le rassemblement, une mesure destinée à minimiser le risque de propagation du nouveau coronavirus.

« Je suis arrivée avant 6 heures, je n’ai pas beaucoup dormi, confiait sur place une femme de 47 ans prénommée Gardner, venue de Cincinnati, à plus de 800 km. Je porte ce message : je veux du changement. » « Cela fait trois cents ans qu’on attend l’égalité, a renchéri Don Carlisle, un quinquagénaire venu tôt avec un groupe d’amis. Techniquement, nous avons construit ce pays et nous sommes toujours traités de manière injuste. »

George Floyd, Jacob Blake honorés

Intitulée « Enlevez votre genou de nos cous », la manifestation fait référence à George Floyd, un Afro-Américain asphyxié par un policier blanc le 25 mai à Minneapolis, dont la mort a déclenché un mouvement de protestation inédit depuis des décennies aux Etats-Unis.

Des membres de la famille de George Floyd, ainsi que de plusieurs autres Américains noirs tués par des policiers, prendront la parole. Des proches de Jacob Blake, grièvement blessé dimanche à Kenosha, dans le nord du pays, s’exprimeront aussi, à l’heure où l’agent qui a tiré sept balles dans le dos du père de famille n’a toujours pas été arrêté, ni inculpé.

Ce drame, le plus récent d’une longue série, a rallumé les braises de la contestation, et entraîné des manifestations émaillées de violences pendant trois nuits à Kenosha, où deux personnes ont été abattues, apparemment par un jeune militant d’extrême droite de 17 ans armé d’un fusil d’assaut, qui s’était joint à des milices censées défendre les commerces locaux.

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L’espoir d’« un véritable changement culturel »

Les blessures infligées à Jacob Blake ont aussi déclenché un mouvement de protestation sans précédent dans le monde du sport. Après la décision des joueurs de basket-ball des Milwaukee Bucks de boycotter un match, la NBA a dû reporter plusieurs rencontres mercredi et jeudi. Elle a toutefois annoncé la reprise du cours des compétitions samedi.

La joueuse de tennis japonaise Naomi Osaka a quant à elle refusé un temps de disputer la demi-finale du tournoi de Cincinnati, dont les organisateurs ont reporté d’un jour tous les matchs prévus jeudi. Des rencontres de football et de base-ball ont également été reportées.

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La mobilisation des sportifs « représente un véritable changement culturel », s’est réjoui le révérend Al Sharpton, l’un des organisateurs de la marche de vendredi, sur la chaîne MNSBC. « Les gens entendaient des militants comme moi dire des choses, mais maintenant il y a ces athlètes qu’eux et leurs enfants admirent qui disent la même chose et mettent en jeu leur source de revenus et leur réputation, c’est décisif », a-t-il jugé.

Donald Trump « n’a même pas prononcé le nom de Jacob Blake », ni évoqué les manifestants tués à Kenosha, dans un discours jeudi soir à la Maison Blanche qui a donné le coup d’envoi de sa campagne pour la présidentielle du 3 novembre, a souligné le révérend. « Cela montre qu’il reste beaucoup de travail à faire. »

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Le Monde avec AFP

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