Emmanuel Macron, le 11 janvier 2019 à Paris. — BENOIT TESSIER / POOL / AFP
  • L’Elysée avait annoncé qu’Emmanuel Macron adresserait une lettre aux Français pour leur parler du grand débat national, qui durera du 15 janvier au 15 mars. C’est chose faite depuis ce dimanche soir.
  • Le président présente les quatre thèmes retenus par le gouvernement, qui structureront la concertation. Il va plus loin dans le cadrage du débat, en listant une trentaine de questions sur la fiscalité, l’organisation de l’Etat, la transition écologique, l’immigration, la laïcité et la citoyenneté.

Le président jupitérien a pris sa plume pour s’adresser aux Français et lancer le grand débat national, annoncé le 27 novembre dernier après le début de la crise des
« gilets jaunes ».
Une lettre d’un peu plus de 2.000 mots a été envoyée par l’Elysée ce dimanche à de nombreux médias.
Emmanuel Macron y tente de baliser le débat en égrenant une trentaine de questions soumises à la concertation, sur les quatre thèmes retenus par l’exécutif (la fiscalité, l’organisation de l’Etat, la transition écologique et la démocratie et la citoyenneté). Mais il n’éclaircit pas les questions pratiques sur l’organisation du débat, laissant peut-être ce soin à son Premier ministre qui doit s’exprimer lundi.

« Pas de questions interdites » mais (au moins) deux lignes rouges

Premier élément intéressant, le chef de l’Etat écrit : « pour moi, il n’y a pas de questions interdites ». Cette phrase tranche avec les multiples déclarations de marcheurs, dont certains membres du gouvernement, qui assuraient qu’il y aurait des lignes rouges dans ce débat, notamment sur la peine de mort ou l’IVG (que le président ne mentionne pas dans sa lettre).

L’immigration, sujet potentiellement explosif un temps écarté du débat, est mentionnée par Emmanuel Macron dans son courrier. La piste d’établir « des objectifs annuels définis par le Parlement », « une fois nos obligations d’asile remplies », est évoquée par le chef de l’Etat. Cette proposition ne figurait pas dans son programme présidentiel en 2017.

Toutefois, il trace dans cette lettre deux lignes rouges, en excluant de revenir sur « les mesures prises pour encourager l’investissement et faire que le travail paie davantage » (dont la suppression de l’ISF) et de remettre en cause le droit d’asile. En outre, il prévient également : « nous ne pouvons poursuivre les baisses d’impôt sans baisser le niveau global de notre dépense publique ».

35 questions pour cadrer le débat

Dans cette longue lettre, le président liste 35 questions qu’il souhaite soumettre aux Français. Une manière de baliser le débat. Ces questions concernent les quatre thèmes fixés par le gouvernement : la fiscalité, l’organisation de l’Etat, la transition écologique et la démocratie et la citoyenneté.

En voici quelques exemples :

  • Faut-il supprimer certains services publics qui seraient dépassés ou trop chers par rapport à leur utilité ? A l’inverse, voyez-vous des besoins nouveaux de services publics et comment les financer ?
  • Comment mieux organiser notre pacte social ?
  • Faut-il renforcer la décentralisation et donner plus de pouvoir de décision et d’action au plus près des citoyens ?
  • Quelles propositions concrètes feriez-vous pour accélérer notre transition environnementale ?

Sur la réforme des institutions, le président aborde de nombreuses questions : reconnaissance du vote blanc, vote obligatoire, baisse du nombre de parlementaires, proportionnelle, transformation de l’Assemblée, du Sénat et du Conseil économique, social et environnemental (Cese), référendums…

Les maires au cœur du dispositif

Après un début de quinquennat très difficile, Emmanuel Macron poursuit son opération de séduction auprès des édiles. «Les maires auront un rôle essentiel car ils sont vos élus et donc l’intermédiaire légitime de l’expression des citoyens», écrit-il. De nombreux maires ont mis en place des cahiers de doléances depuis le début du mouvement pour que leurs administrés y expriment leurs griefs.

Des garanties d’indépendance

Le président s’engage aussi à ce que « cette consultation soit organisée en toute indépendance, et soit encadrée par toutes les garanties de loyauté et de transparence », et ce afin de « garantir la liberté de parole ». Mais « ce n’est ni une élection, ni un référendum », prévient-il, alors que certains « gilets jaunes » clament « Macron démission » lors de leurs manifestations. 

Quelles actions concrètes à l’issue du débat ?

« Ce débat est une initiative inédite dont j’ai la ferme volonté de tirer toutes les conclusions », écrit en conclusion le chef de l’Etat, qui dit vouloir « transformer avec vous les colères en solutions ».

«Vos propositions permettront donc de bâtir un nouveau contrat pour la Nation, de structurer l’action du Gouvernement et du Parlement, mais aussi les positions de la France au niveau européen et international». Il annonce qu’il en rendra compte aux Français «dans le mois qui suivra la fin du débat», sans préciser comment les propositions des citoyens pourraient devenir réalité.

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