Gouvernement Castex : Accusations de « viol », soupçons de conflit d’intérêt… Darmanin et Dupond-Moretti déjà critiqués – 20 Minutes

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Les Mureaux, le 7 juillet 2020. Nommé ministre de l’Intérieur quelques heures auparavant, Gérald Darmanin visite un commissariat. — Thomas Samson/AP/SIPA
  • Le premier gouvernement de Jean Castex a été dévoilé lundi soir. L’avocat Eric Dupond-Moretti a été nommé garde des sceaux tandis que Gérald Darmanin récupère le ministère de l’Intérieur.
  • Visé par une plainte pour « viol » déposée en 2017, Gérald Darmanin est la cible de violentes critiques de la part des féministes.
  • De leur côté, les magistrats redoutent qu’Eric Dupond-Moretti n’ait accès à des informations confidentielles sur des affaires qu’il a eues à traiter quand il était avocat.

« Je prends mon risque… » A la manière d’un joueur de poker. C’est l’une des expressions favorites d’Emmanuel Macron. Nul ne sait si le chef de l’État l’a utilisée, lundi, en plaçant les noms d’Eric Dupond-Moretti et de Gérald Darmanin dans les cases des ministres de la Justice et de l’Intérieur de son plan de table. Mais il prend un « risque ». Pas tant sur le plan politique que sur le plan institutionnel.

Moins de 24 heures après l’annonce du premier gouvernement de Jean Castex, les deux ministres régaliens sont en effet ceux qui reviennent en boucle dans la bouche des opposants, au premier rang desquels figurent les féministes. Ce matin, une vingtaine de militantes se sont ainsi rassemblées aux abords de la place Beauvau pour réclamer la démission de Gérald Darmanin avant même qu’il ne récupère les clés du ministère de l’Intérieur.

Pour l’Élysée, la plainte évolue « dans le bon sens »

Leur slogan « Darmanin violeur ! » faisait référence à la plainte pour « viol », « harcèlement sexuel » et « abus de confiance » qui poursuit le maire de Tourcoing (Nord) depuis le 11 juillet 2017. Elle émane d’une femme aujourd’hui âgée de 48 ans qui assure que Gérald Darmanin lui a fait miroiter, en 2009, une intervention auprès de la Chancellerie pour faire annuler une condamnation en échange de faveurs sexuelles. Face aux enquêteurs, l’actuel ministre a reconnu avoir eu une relation mais assure qu’elle était librement consentie et à l’initiative de la plaignante.

Après deux ans de bataille procédurale et un premier non-lieu, la cour d’appel de Paris a finalement annoncé, début juin, la reprise des investigations autour de cette affaire. « Le juge qui a rendu le non-lieu n’avait pas fait assez d’investigations, indique une source proche du dossier. Il faut donc reprendre cette affaire au début… » Pour autant, l’Élysée indique que cette plainte « n’a pas fait obstacle » à la promotion du ministre et qu’elle semble évoluer « dans le bon sens ».

Outre le fait qu’on se demande comment des policiers pourraient interroger leur ministre de tutelle sur des soupçons de viol, c’est surtout le fait que l’Élysée connaisse l’évolution de la plainte en cours le visant qui interroge. Et cela rejoint d’ailleurs les critiques dont Eric Dupond-Moretti fait actuellement l’objet.

Le problème des remontées d’informations

Sitôt nommé garde des sceaux, le ténor des barreaux a été violemment critiqué par les syndicats de magistrats. « On est atterrés, annonce Céline Parisot, secrétaire générale de l’Union syndicale des magistrats. Il nous a tout de même traités d’irresponsables, parlant de nous comme d’une caste endogame. » Mais au-delà des mots, ce sont surtout les affaires en cours qui posent problème aux magistrats.

« Il faut surtout veiller à ce qu’il n’y ait plus d’informations sur des affaires en cours remontant des parquets vers le ministère, poursuit Céline Parisot. Je rappelle qu’il a été avocat d’affaires sensibles. Il pourrait avoir accès à des informations et se retrouver en situation de conflit d’intérêts. »

Un problème dont le tout nouveau garde des sceaux semble avoir pris conscience. Après avoir découvert que ses relevés téléphoniques avaient été analysés par des juges dans le cadre de l’affaire Sarkozy/Paul Bismuth sans qu’il en soit informé, Eric Dupond-Moretti avait déposé, la semaine dernière, une plainte contre X. « Il a retiré cette plainte », a indiqué l’Élysée à 20 Minutes ce mardi matin. Difficile en effet d’être plaignant et ministre de la Justice en même temps.

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