Gouvernement : Avec Jean Castex à Matignon, Emmanuel Macron reprend les rênes – 20 Minutes

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Jean Castex et Emmanuel Macron, en janvier 2019. — Ludovic MARIN / POOL / AFP
  • Le chef de l’Etat a nommé Jean Castex pour succéder à Edouard Philippe à Matignon.
  • En choisissant ce serviteur de l’Etat comme Premier ministre, le président risque de décevoir ceux qui attendaient un « renouveau ».
  • Mais le chef de l’Etat semble aussi vouloir reprendre la main dans la perspective de 2022.

Après plusieurs jours de flottement, Emmanuel Macron a tranché. Le chef de l’Etat a décidé ce vendredi de nommer Jean Castex à Matignon en remplacement d’Edouard Philippe. C’est « un choix macronien, conforme à l’esprit de dépassement porté par le président depuis trois ans », a indiqué l’Elysée dans un communiqué.

L’ancien « Monsieur déconfinement » de l’exécutif doit former son gouvernement ces prochains jours pour mettre en musique la « réinvention » promise par Emmanuel Macron pour la fin du quinquennat. Mais en choisissant ce technocrate de 55 ans, le chef de l’Etat semble aussi vouloir reprendre la main dans la perspective de 2022.

D’un énarque à l’autre

Lors de la passation de pouvoirs, ce vendredi après-midi à Matignon, le nouveau Premier ministre a déclaré à l’adresse de son prédécesseur : « nos styles sont différents ». Pourtant, le profil de Jean Castex ressemble à s’y méprendre à celui du maire du Havre. Le nouveau locataire de Matignon est inconnu du grand public, venu de la droite, passé par l’ENA et les cabinets, mais au contact des territoires par son mandat de maire de Prades, dans les Pyrénées-Orientales… « Cela ressemble au portrait-robot d’Edouard Philippe de 2017 », s’amuse le député MoDem Erwan Balanant. « Un haut fonctionnaire [qui] est redoutable d’efficacité », avait d’ailleurs salué son prédécesseur en le nommant début avril coordinateur de la stratégie nationale de déconfinement post-coronavirus.

Mais en plaçant ce « serviteur de l’Etat » – il a notamment déclaré, lors de sa prise de fonctions, que « le service de l’Etat doit prévaloir sur tout » – à Matignon, alors que certains espéraient une figure de l’écologie ou un poids lourd politique, Emmanuel Macron ne risque-t-il pas de décevoir ? Les députés LREM ne se sont pas empressés de répondre à nos sollicitations ce vendredi. « Je ne le connais pas, désolé », élude ainsi un député LREM influent. « Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on ne l’a pas souvent entendu parler d’écologie avant ce jour… », déplore sur Twitter le député ex-LREM Matthieu Orphelin, proche de Nicolas Hulot.

Le changement par la continuité ?

« On pouvait s’attendre à une personnalité de gauche et certains peuvent être déçus, moi le premier. Mais à la réflexion, cela ne compte pas beaucoup. L’important, c’est l’inflexion politique qu’il mettra en œuvre », réplique Erwan Balanant. Jean Castex sera chargé du « nouveau chemin » que le chef de l’Etat a commencé à dessiner. Dans un contexte de crise économique, le président a fixé trois priorités : le Ségur de la santé, un plan grand âge et un autre en direction de la jeunesse.

Mais les deux dernières années de mandat semblent s’inscrire dans la continuité, à l’image de la réforme des retraites, remise sur les rails. « Le cap sur lequel je me suis engagé en 2017 reste vrai », a justifié le président dans une interview à la presse régionale ce jeudi. « Quand le virage est trop prononcé, on risque la sortie de route », défend Bruno Questel, député LREM de l’Eure. « Jean Castex incarne un libéralisme économique avec une fibre sociale, ce qui est cohérent avec les choix du président. L’important sera de relancer l’économie, poursuivre les réformes. Quant à l’écologie, elle sera incarnée par une personnalité de poids dans les jours à venir », promet-il.

« Le président prend un Premier ministre à sa main pour imposer ses choix »

Avec ce changement de tête, Emmanuel Macron reprend aussi la main. Car s’il confie avoir entretenu une « relation de confiance unique » avec Edouard Philippe, le duo de l’exécutif a aussi connu des divergences de fond à plusieurs reprises : sur les 80 km/h, la taxe carbone, l’âge pivot de la réforme des retraites ou encore la sortie du confinement.

« Jean Castex n’a pas la rigidité juppéiste de son prédécesseur. Le président prend un Premier ministre à sa main pour imposer ses choix et ses priorités », remarque un proche du président. « C’est un pari osé, car Edouard Philippe était talentueux et très populaire ». Cette reprise en main s’illustre par le choix du directeur de cabinet de Jean Castex : Jean Revel, un proche d’Emmanuel Macron que le président avait tenté de mettre dans les pattes d’Edouard Philippe à son arrivée à Matignon en 2017, en vain.

« Je n’ai jamais eu l’impression que le président ait perdu la main sur quoi que ce soit, même si Edouard Philippe est sorti plus populaire de la crise du coronavirus », nuance Erwan Balanant. « Et si Jean Castex n’a pas vraiment de marqueur politique, l’équipe gouvernementale qu’il dirigera donnera des indications ». Les membres du prochain gouvernement seront connus d’ici mercredi.

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