Deux policiers ont été pris pour cible, samedi, alors qu’il se trouvaient à bord de leur véhicule, aux abords d’une manifestation de “gilets jaunes”. Une enquête pour violences avec arme et en réunion a été ouverte.

La séquence est impressionnante. Deux policiers de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS) ont été attaqués, samedi 16 février vers 16 heures, à Lyon, par des manifestants dans le cadre d’une nouvelle journée de mobilisation des “gilets jaunes”. Les CRS se trouvaient dans leur véhicule, pris dans un embouteillage en raison de l’invasion des voies par des manifestants, lorsque plusieurs personnes leur ont lancé divers projectiles.

La scène, filmée par un policier qui était dans le véhicule, a été postée samedi sur les réseaux sociaux par le syndicat Alternative Police. Dimanche, le parquet de Lyon a ouvert une enquête “pour violences avec arme” et “en réunion” sur personnes dépositaires de l’autorité publique. Voici ce que l’on sait de cette affaire. 

Dans quelles circonstances les policiers se sont-ils retrouvés là ? 

La scène a eu lieu sur l’autoroute A7 qui traverse Lyon, entre le pont Pasteur et Perrache. “On intervenait sur une mission de sécurisation quand nous nous sommes retrouvés dans le flot de manifestants et on a subi un caillassage”, explique le chef de bord interrogé par franceinfo. Les deux policiers “avaient pour instruction de fermer le tunnel d’accès à l’autoroute pour éviter que les voitures arrivent à pleine vitesse et ne percutent des ‘gilets jaunes'” qui marchainet sur la chaussée, complète Didier Mangione, secrétaire national du syndicat Unité SGP-Police pour les CRS. “Ils étaient là pour encadrer la sécurité des manifestants”, précise-t-il. 

Que s’est-il passé durant l’attaque ? 

La scène se déroule aux alentours de 16 heures. Dans la vidéo, filmée par l’un des policiers, on voit quelques dizaines de manifestants remonter à pied sur plusieurs voies de l’autoroute A7, au milieu de véhicules arrêtés. Les deux policiers se trouvent à bord de leur véhicule quand ils reçoivent un premier projectile. “On est pris à partie et on reçoit des pavés“, prévient alors par radio le chef de bord qui demande à sa collègue au volant d’avancer. Elle démarre et enclenche sa sirène. “Vas-y doucement”, la met en garde le chef de bord. 

De nouveaux projectiles atteignent alors le fourgon de police tandis qu’une vitre est brisée. Des manifestants tentent ensuite de freiner l’avancée du véhicule en se postant au milieu de la chaussée. Certains assaillants portent un gilet jaune, d’autres non. L’un d’eux se jette, pieds en avant, sur le capot de la voiture

C’est alors qu’interviennent d’autres membres des forces de police qui viennent porter secours à leurs collègues en remontant, à pied, sur la voie de l’autoroute A7. La jeune policière qui conduit le véhicule, en pleurs, finit par lâcher : “J’ai eu trop peur…” 

Le syndicat Alternative Police a également diffusé sur Twitter une photo de la voiture de police caillassée. 

Comment ont réagi les policiers ? 

“On a eu peur, c’est normal”, explique le chef de bord au lendemain de cet incident, qui explique n’avoir jamais été pris à partie par des manifestants de cette manière avant ce samedi. “C’est quand le caillassage n’a pas cessé et quand la vitre a explosé qu’on a senti un réel danger”, ajoute-t-il. Dans la vidéo, on l’entend surtout tenter de rassurer sa collègue et lui demander de poursuivre sa route : “Ce n’est pas grave, avance”

Sur BFMTV, Laurent Nuñez, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur, a salué dimanche matin le “calme absolu” du policier. “Il a été d’un grand professionnalisme”, abonde auprès de franceinfo Gabrice Fagnani, secrétaire régional Unité SGP Police FO pour les CRS. “Ils ont fait preuve d’un certain sang froid, d’une maturité professionnelle là ou d’autres auraient pu paniquer.”

A posteriori, le policier analyse : “Il a fallu s’extraire de cette situation. Perdre notre sang-froid n’aurait servi à rien. Si on ne les avait pu arriver, je ne sais pas comment cela se serait terminé.” Aujourd’hui, les deux policiers, qui n’ont pas été blessés, ont repris leur service. 

Quelles sont les suites données à cette affaire ? 

Le parquet de Lyon a ouvert dimanche matin une enquête pour “violences avec arme et en réunion sur personnes dépositaires de l’autorité publique” qui a été confiée à la sûreté départementale. 

L’enquête devrait notamment s’appuyer sur les images de la vidéo pour tenter d’identifier les personnes impliquées. Une vidéo tournée par le chef de bord qui s’explique : “C’était déjà tendu, nous ne sommes pas le seul véhicule à avoir été caillassé. (…) J’ai décidé moi-même de filmer de façon à avoir le visage de certains manifestants, de certains casseurs” en vue d’une éventuelle procédure judiciaire à venir. 

De son côté, le policier indique qu’il n’a pas encore pris sa décision quant au dépôt d’une éventuelle plainte de sa part. 

Quelles sont les réactions politiques ? 

Sur Twitter, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a dénoncé une “violence insupportable” dans un tweet. 

“Ce qu’on voit ici sur ce film, c’est emblématique du mouvement”, a réagi Laurent Nuñez sur BFMTV. Le secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur s’en est vivement pris aux “hordes de sauvages qui veulent s’en prendre à nos institutions, qui veulent s’en prendre aux policiers”. Selon lui, il est faux de dire que les violences dans les manifestations viennent à la fois des manifestants et des policiers : “La violence elle vient des manifestants, des casseurs, des ultras qui infiltrent ce mouvement, et des ‘gilets jaunes’ radicalisés qui n’existent plus que par la violence.”

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