Interrogé sur les nombreux blessés, le ministre de l’intérieur maintient : il « ne connaît aucun policier, aucun gendarme qui ait attaqué des gilets jaunes ».

Le Monde avec AFPPublié aujourd’hui à 11h41, mis à jour à 17h12

Temps de Lecture 3 min.

En réponse aux critiques sur la stratégie de maintien de l’ordre adoptée lors des manifestations des « gilets jaunes », le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, s’est dit vendredi 18 janvier « sidéré » par les accusations de violences policières.

« Quand j’entends certains responsables (…) prendre le parti des casseurs plutôt que celui de la sécurité, quand j’entends parler de brutalité inouïe et illégitime, je suis sidéré, et c’est le mot le plus poli que je trouve », a déclaré M. Castaner lors d’un discours au centre d’incendie et de secours de Tomblaine (Meurthe-et-Moselle), près de Nancy, où il présentait ses vœux aux forces de sécurité civile.

Face à la responsabilité renvoyée aux policiers et gendarmes dans l’important bilan humain du mouvement des « gilets jaunes » – plus de 1 700 blessés depuis le mois de novembre – c’est la troisième fois, cette semaine, que le ministre de l’intérieur prend la parole pour défendre la stratégie des forces de l’ordre. Interrogé sur Europe 1, vendredi matin, Christophe Castaner a estimé qu’il y aurait « beaucoup plus de blessés sans le recours des forces de l’ordre au lanceur de balles de défense LBD », considéré comme responsable de graves blessures parmi les manifestants.

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Une centaine de blessés graves

« Si vous supprimez les moyens de défense à nos forces de l’ordre, il leur reste quoi ? Il leur reste le contact physique et il y aura certainement beaucoup plus de blessés ou il leur reste l’utilisation de leurs armes de poing, qui est la solution ultime », a déclaré le ministre. « Nous avons besoin de pouvoir utiliser des lacrymogènes, des outils comme le LBD » pour « continuer à protéger l’ordre public » face à une « grande violence » et à « des attaques systématiques contre nos institutions » et « nos forces de l’ordre », a ajouté M. Castaner. Ces dernières « ont le droit d’utiliser la force quand elle est nécessaire, et toujours de façon proportionnée ».

M. Castaner réagissait notamment aux déclarations du défenseur des droits, Jacques Toubon, qui a demandé jeudi la suspension du recours au LBD, en raison de la « dangerosité » de celui-ci, très utilisé lors des manifestations de « gilets jaunes ». Alors que le gouvernement ne donne aucun chiffre global des manifestants blessés par LBD, le collectif militantDésarmons-les et le journaliste indépendant David Dufresne ont recensé depuis le début de la contestation des « gilets jaunes », en novembre 2018, près d’une centaine de blessés graves – en grande majorité par des tirs de LBD –, dont une quinzaine ont perdu un œil.

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Malgré la polémique, le ministère de l’intérieur a lancé, le 23 décembre dernier, un appel d’offres pour l’acquisition de 1 280 nouveaux LBD. « Il peut arriver que des armes de défense comme le LBD soient mal utilisées », a concédé le ministre, et « dans ce cas nous faisons des enquêtes ». Pour utiliser un LBD, les forces de l’ordre doivent avoir « un agrément », être « formées » et respecter des « règles strictes », qui leur ont été rappelées récemment, a-t-il expliqué.

81 saisines judiciaires de l’IGPN

Egalement interrogé sur les violences des forces de l’ordre à l’encontre des « gilets jaunes » lundi à Carcassonne, Christophe Castaner avait déjà dit « ne connaître aucun policier, aucun gendarme, qui ait attaqué des gilets jaunes » :

« Je connais des policiers et des gendarmes qui utilisent des moyens de défense de l’ordre public, de la République. Il n’y a pas de liberté sans ordre public. Quand elles [les forces de l’ordre] sont acculées, elles utilisent des moyens [de défense] . Mais je n’ai jamais vu un policier ou un gendarme attaquer un manifestant ou un journaliste ; à l’inverse j’ai vu des manifestants attaquer systématiquement nos forces de sécurité. »

« Chaque fois qu’il y a une plainte, elle fait l’objet d’une instruction, et c’est normal. Nous devons l’exemplarité et la transparence », avait-il poursuivi. Depuis le début du conflit, il y a eu 81 saisines judiciaires de la part de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), la « police des polices », pour des atteintes diverses, qui vont de l’insulte à la blessure grave, a-t-il précisé vendredi, en répétant vouloir que « la transparence soit faite systématiquement ».

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1 700 blessés depuis le début des « gilets jaunes »

Au lendemain de l’acte IX du samedi 12 janvier, le ministère de l’intérieur confirme au Monde que plus de 1 700 manifestants et autour d’un millier de policiers et gendarmes ont été blessés depuis le début du mouvement des « gilets jaunes ».

Le décompte, effectué à partir des remontées des préfectures, comprend les personnes blessées lors des grandes manifestations et aux abords des ronds-points, selon un représentant de la place Beauvau, qui explique que le ministère ne peut apporter de bilan plus précis. Le bilan inclut les blessés n’ayant pas eu besoin d’une hospitalisation, mais l’évolution rapide des situations médicales rend complexe une différenciation entre « blessés graves » et « blessés légers », selon l’intérieur.

De la même manière, le chiffre de 1 700 manifestants blessés comprend tout type de blessure depuis le 17 novembre, au-delà de celles causées par les forces de l’ordre, dont le nombre précis ne peut être communiqué avant l’aboutissement des procédures judiciaires et administratives. Depuis le début du mouvement, l’IGPN a été saisie de 207 signalements, dont 71 enquêtes judiciaires, pour des faits de violences policières.

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