Forte participation lors du référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie – Le Monde

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Une file d’attente devant un bureau de vote de Nouméa, samedi 4 octobre.

Les bureaux de vote de Nouvelle-Calédonie ont ouvert dimanche 4 octobre et ils ne désemplissent pas. Un signe qui témoigne de l’importance de ce deuxième référendum destiné à choisir entre la France et l’indépendance pour cet archipel stratégique de 270 000 habitants dans le Pacifique-Sud.

Le taux de participation s’élevait à 79,63 %, samedi à 18 heures (9 heures dimanche, heure de Paris), soit six points de plus qu’en 2018 (le vote se termine à 19 heures). Un chiffre qui confirme la tendance à la mi-journée, où la participation s’établissait à 49,40 %, soit 8 points de plus par rapport au premier référendum de 2018.

« Il faut que l’avenir soit clair et que l’on sache ce que l’on va devenir »

Dans de nombreux bureaux de vote à Nouméa, il fallait plusieurs heures d’attente avant de pouvoir glisser son bulletin dans l’urne. « J’ai attendu 45 minutes. c’est très important pour moi de voter, j’ai des enfants et des petits enfants ici, il faut que l’avenir soit clair et que l’on sache ce que l’on va devenir », confie Germaine Le Demezet, retraitée, inscrite dans un bureau du quartier pluriéthnique de la Vallée des Colons.

Près de 181 000 électeurs de cet archipel français, colonisé en 1853 et disposant d’importantes réserves de nickel, sont appelés à se rendre dans l’un des 304 bureaux de vote et dire s’ils veulent « que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ».

Dans ce territoire à 18 000 km de Paris, qui représente l’un des derniers bastions de souveraineté européenne dans la zone après le Brexit, un premier scrutin avait vu le 4 novembre 2018 les pro français l’emporter par 56,7 % des voix.

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Tous les habitants du « Caillou » ne peuvent pas s’exprimer : le corps électoral de ce scrutin sensible est conditionné à plusieurs critères, comme justifier d’une résidence continue en Nouvelle-Calédonie depuis au moins le 31 décembre 1994, être natif de l’archipel ou relever du statut civil coutumier kanak.

Processus de décolonisation

Lors d’une réunion de l’Union nationale pour l’indépendance (UNI), sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie en cas de « oui », le 28 septembre à Kone.

Calédonien depuis « plusieurs dizaines d’années », Carl Leclerc a lui fait son choix depuis longtemps : « Ce choix c’est non, c’est de rester dans la France », assure ce gérant de société de 50 ans, car « il n’y a aucune réponse au niveau des indépendantistes sur notre devenir, c’est on verra on verra ».

« On peut gérer notre pays sans problème », répond Willi Cejo, maraîcher kanak de 23 ans. Mais si le “non” gagne à nouveau, « on luttera pacifiquement jusqu’au bout ». « Lors du premier référendum, on était quand même joyeux, parce qu’on a été à ça de l’emporter. »

La consultation, dont le résultat sera connu dimanche soir (dimanche matin en métropole), se déroule sans mesure barrière ni masque, puisque l’archipel est exempt de Covid-19, grâce à une réduction drastique des vols internationaux et à une quarantaine obligatoire pour tout arrivant.

Ce référendum, comme le premier, s’inscrit dans un processus de décolonisation entamé en 1988 par les accords de Matignon, signés par l’indépendantiste kanak Jean-Marie Tjibaou et le loyaliste Jacques Lafleur, après plusieurs années de quasi-guerre civile entre Kanaks, peuple premier, et Caldoches, d’origine européenne. Ces affrontements avaient culminé avec la prise d’otages et l’assaut de la grotte d’Ouvéa en mai 1988 (25 morts).

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La possibilité d’un troisième référendum

Ces accords, consolidés dix ans plus tard par l’accord de Nouméa, ont institué un rééquilibrage économique et géographique en faveur des Kanaks et un partage du pouvoir politique, même si les inégalités sociales restent importantes.

Aucun sondage n’a été réalisé mais les observateurs jugent une victoire du « oui » peu probable. Pourtant, l’écart (18 000 voix en 2018) entre les deux camps pourrait se resserrer. « Il y a des endroits où on peut encore aller chercher des abstentionnistes (33 000) », notamment « aux Iles Loyauté », très favorables au camp indépendantiste, selon le docteur en géopolitique Pierre-Christophe Pantz.

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Tenu à l’impartialité, Emmanuel Macron s’exprimera après le résultat, dimanche à 13 heures depuis l’Elysée. En mai 2018, il avait souligné que « la France serait moins belle sans la Nouvelle-Calédonie ». Le premier ministre, Jean Castex, réunira de son côté « les acteurs politiques calédoniens au lendemain » de la consultation.

Garant de la bonne tenue du scrutin, le gouvernement ne peut pas prendre position. Mais les responsables de plusieurs partis (La République en marche, Les Républicains, Rassemblement national et Union des démocrates et indépendants) ont dit leur souhait de voir le « Caillou » rester Français.

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En cas de nouvelle victoire du « non », une troisième consultation est possible d’ici à 2022, selon l’accord de Nouméa, si un tiers des membres du Congrès (soit 18 membres) le demande. Une option que refusent déjà les loyalistes mais que les indépendantistes, en nombre suffisant au sein de l’assemblée, disent vouloir mettre très rapidement en œuvre.

Le Monde avec AFP

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