Florence Parly : «Nous avons identifié 5 millions de masques dans les stocks de l’armée» – Le Parisien

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Florence Parly, ministre en charge de la Défense, détaille au Parisien comment l’armée est entrée dans la bataille contre le coronavirus. Entourée d’une équipe de travail très réduite, elle a cessé tout déplacement, et nous a accordé cette interview par téléphone.

L’hôpital de campagne, à Mulhouse (Haut-Rhin), est en cours de montage. Quand sera-t-il opérationnel ?

FLORENCE PARLY. Tout le monde est sur le pont pour que ce soit le plus rapide possible. Cette structure va être créée à proximité de l’hôpital de Mulhouse, dont il faut desserrer la contrainte face à l’afflux de malades. C’est une opération lourde. Il faut monter une structure de toutes pièces, et surtout mettre en place à l’intérieur 30 lits de réanimation, capables de traiter des patients en pathologie aiguë, avec des équipes médicales totalement constituées pour les accueillir.

Pourra-t-il y avoir d’autres hôpitaux de campagne dressés en France ?

Nous continuerons de répondre aux demandes en fonction de nos moyens. Mais la construction de l’hôpital de campagne à Mulhouse représente pour les armées une opération importante.

Quel est le dernier exemple ressemblant ? C’est sur un théâtre extérieur ?

En Opex (NDLR : opérations extérieures), c’est différent. Ce sont des hôpitaux qui ont pour mission de faire de la chirurgie de guerre et de conditionner les blessés afin qu’ils puissent être transportés et pris en charge dans nos hôpitaux militaires en métropole. Il ne s’agit pas de réanimation du type crise coronavirus.

Il n’y a donc pas de précédent ?

Oui, c’est une première. De même, nous n’avons jamais mis à disposition des avions militaires équipés de kits Morphée (Module de réanimation pour patients à haute élongation d’évacuation) au profit des populations civiles.

C’est le vol qui a eu lieu ce mercredi par avion militaire depuis Mulhouse ?

Oui. Nous avons mobilisé un avion de ravitaillement en vol, le MRTT Phénix, un Airbus 330. Il est équipé d’un kit Morphée, permettant de transporter six patients nécessitant de la réanimation et de la ventilation. Cela libère des lits précieux à l’hôpital de Mulhouse. Ces six malades ont ensuite été pris en charge par deux hôpitaux militaires dépendant du service de santé des armées, l’un à Toulon, l’autre à Marseille.

Cet avion va être utilisé tous les jours ?

Il se pourrait qu’il y ait d’autres missions d’évacuation, oui. Nos équipages – pilotes et soignants – se sont organisés pour répondre aux demandes que nous adressera le ministère de la Santé. Le service de santé des armées ne représente qu’un petit pourcentage des moyens globaux de santé publique. Il se met à disposition du pays, en gardant à l’esprit que sa mission première est de pouvoir prendre en charge et soigner nos blessés et nos malades.

Que peut encore faire l’armée ?

Nous avons identifié dans nos stocks 5 millions de masques, qui ont été mis à la disposition du ministère de la Santé. Et nous mobilisons aussi des moyens technologiques et scientifiques de la Direction générale de l’armement. La DGA dispose d’un département spécialisé dans le domaine de la protection nucléaire, radiologique, biologique et chimique. Ses équipes travaillent d’arrache-pied pour tester toutes sortes de masques qui pourraient constituer des alternatives aux masques utilisés en ce moment. Nous pouvons également effectuer dans l’urgence des missions de soutien dans le cadre de la crise en cours.

Quand la décision de mettre les armées à contribution a-t-elle été prise ?

Nous tenons depuis plusieurs semaines des conseils de défense sur le coronavirus. Nous travaillons dans un esprit de mutualisation des moyens. La mission du ministère des Armées est de protéger les Français. Cela signifie continuer nos missions, dont la lutte contre le terrorisme notamment, et protéger les Français face à ce virus. Le président de la République l’a dit : nous sommes en guerre.

Il est approprié, ce terme de « guerre » ?

Nous sommes dans un état d’esprit combatif. J’ai lu avec beaucoup de plaisir la déclaration faite par trois des derniers Compagnons de la Libération, qui ont pris la peine d’appeler les Français à la cohésion et à la responsabilité. Notre pays doit montrer sa capacité de résilience, à savoir notre capacité collective à surmonter des chocs traumatiques, face à une crise majeure.

Les militaires seront aussi dans la rue pour faire respecter le confinement ?

Ce n’est pas la mission des militaires. En revanche, les armées vont continuer à assurer la mission Sentinelle de lutte contre le terrorisme. Malgré le virus, la menace est toujours là. Mais ce dispositif est flexible : notre objectif est aussi de pouvoir libérer les forces de sécurité intérieures de tâches de lutte contre le terrorisme afin que policiers et gendarmes puissent se redéployer sur d’autres missions. Ils vont être très mobilisés pour assurer le contrôle du confinement. Au cas par cas, les préfets font remonter chaque semaine leurs besoins aux autorités militaires et nous y répondons.

Par exemple ?

Comme je vous l’ai dit, en reprenant à notre compte des missions de lutte contre le terrorisme si le besoin en est exprimé, ou bien toutes sortes de missions de soutien. Nous sommes entièrement mobilisés aux côtés des autres forces de l’Etat. Par exemple pendant l’Euro 2016 en France, nous avons assuré ce type de soutien.

Vous avez des cas de contamination au sein de l’armée ?

Oui, bien sûr, plusieurs dizaines de personnels militaires et civils contaminés. Mais je peux vous dire que nous n’en avons aucun en opération, que ce soit en France ou en opérations extérieures. Toutes les missions essentielles sont assurées grâce à nos plans de continuité d’activité.

Les militaires de Barkhane, au Sahel, ont des consignes ? La mission peut-elle évoluer avec cette crise sanitaire ?

C’est une opération de guerre, sur un théâtre où il n’y a pas, ou extrêmement peu, de cas recensés. Je ne vais pas demander aux soldats de rentrer en métropole à cause du coronavirus ! Nous devons assurer la permanence opérationnelle dans cette lutte contre le terrorisme, les opérations se poursuivent, les relèves ont été assurées. Nous prenons évidemment toutes les précautions avant et pendant le déploiement de nos militaires. Je précise d’ailleurs que de nombreux autres dangers existent en opération extérieure comme la dengue ou le paludisme.

Votre ancienne collègue, Agnès Buzyn, assure avoir informé des risques le gouvernement, dès janvier. Comment réagissez-vous ?

Le Premier ministre a apporté toutes les précisions utiles, je n’ai pas plus de commentaires. Nous sommes en guerre, et notre ambition collective, notre devoir, c’est de sauver des vies. Nous sommes tous mobilisés pour cela.

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