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Fillon sort du silence… au grand dam de certains Républicains – BFMTV.COM

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Naturellement peu disert, François Fillon est devenu franchement taiseux depuis sa défaite à la dernière élection présidentielle, au sortir d’une campagne rendue chaotique par la fameuse “affaire”. Mais, alors que le procès intenté contre lui pour détournement de fonds publics, complicité et recel de ce délit, complicité et recel d’abus de biens sociaux, et de manquement aux obligations déclaratives de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, doit s’ouvrir le 24 février prochain pour se clore le 11 mars, François Fillon va bénéficier d’une fenêtre médiatique.

Ce jeudi soir, sur France 2, dans le cadre de l’émission Vous avez la parole, il la prendra pour s’expliquer notamment sur les emplois présumés fictifs de son épouse, Pénélope, qui lui valent cette comparution. Une invitation saluée, à des degrés divers, par ses plus proches, mais qui soulève de nombreuses réticences au sein des Républicains comptant sur les municipales du mois de mars pour se refaire, après trois défaites électorales de rang. 

“Prise de risque”

L’un des membres du premier cercle a notamment glissé auprès de BFMTV: “Parler de nouveau, c’est une prise de risque qu’il assume. Il est très pugnace et n’ira pas à l’abattoir comme un agneau.”

“Il a à cœur de donner sa vérité”, a posé le président du groupe des Républicains au Sénat Bruno Retailleau, fidèle filloniste, avant d’ajouter: “François Fillon a été mis devant le tribunal médiatique, il ne s’agit pas de régler des comptes, mais de s’expliquer devant les Français”. Le député élu à Paris Claude Goasguen s’est lui montré plus froid au moment d’évoquer son ancien candidat: “Je souhaite évidemment que François se défende mais j’aimerais aussi qu’on oublie cette période de notre histoire qui n’est pas vraiment ce que nous avons de plus glorieux.”

Cris du cœur et chuchotements de défiance 

Est-ce à dire qu’au sein de LR le silence de François Fillon ne dérangeait guère et qu’on aurait préféré qu’il y reste en tout cas jusqu’aux municipales, réservant ses déclarations au seul tribunal correctionnel de Paris? Pas loin pour cet élu qui, interrogé par l’AFP, s’est borné à remarquer que François Fillon “est sorti du champ politique”.

L’un de ses confrères, relayé par la même source, a pris un chemin plus direct et plus amer: “C’est minable. C’est nul. Cela n’a aucun intérêt”.

“Pas sûr que ça ait une influence sur les élections”, a relativisé Christian Jacob, président du mouvement. 

Mais le Sarthois a quelques raisons de saisir l’opportunité que lui a proposée le service public. “François Fillon a envie de laver son honneur. Il le dit lui-même, il n’a pas envie qu’on retienne de lui seulement l’affaire Pénélope, l’affaire des costumes, cette campagne présidentielle”, a ainsi détaillé notre éditorialiste, Bruno Jeudy. Le journaliste, dont les bureaux sont situés dans le même immeuble que ceux où travaille la fille, avocate, de François Fillon, a encore commenté: “François Fillon ne lâchera pas l’affaire. Il est très combatif, c’est vraiment ce qui frappe quand on le rencontre”. Selon l’éditorialiste, il s’agirait cependant du dernier combat: “Il le dit lui-même il a fait ‘une détox’ de la politique. Il ne voit plus ses anciens compagnons de route”. 

Son avocat, maître Antonin Lévy, a étayé la démarche de son client à l’occasion de l’article que Le Monde a consacré à ce dernier. “Il y a une impatience chez lui de pouvoir s’expliquer directement et non face à un juge, dont certains propos fuitent sans qu’il puisse se défendre. Il veut parler sans intermédiaire, dire sa vérité”, a fait valoir le conseil. En plus de maître Lévy, celui qui fut l’homme fort de la droite dispose du soutien de son collaborateur Igor Mitrofanoff et de la communicante Anne Méaux pour travailler à sa préparation, qu’on dit minutieuse, de l’émission de télévision. 

Le fond de l’air est frais à LR

Reste que municipales ou pas, le souvenir de François Fillon est le plus souvent balayé par un vent frais dans les locaux des Républicains. On peine à oublier le marasme dans lequel il a laissé la droite dans des circonstances où l’alternance lui semblait promise, éventuellement ses coups à Nicolas Sarkozy. Les tenants de son courant de pensée sont désormais rares dans les instances du parti. Une dernière ardoise pèse lourd. L’Opinion souligne ici qu’un litige a opposé ces derniers mois l’ex-Premier ministre à LR: le paiement des sommes invalidées par la Commission nationale des comptes de campagne, à hauteur de 124.310 euros. 

François Fillon, estimant qu’il s’agissait pourtant de dépenses liées à son équipée électorale, ne se voyait pas les régler. Le quotidien signale qu’un premier accord a été atteint mais il est partiel. A la fin de l’année, la formation politique a accepté de s’acquitter de 77.820 euros. 

Rideau(x) 

On tient peut-être là l’ultime fil rattachant François Fillon à son ancien appareil, indépendamment de ce procès qui par la force des choses le ramènera vers son rendez-vous politique manqué. Car, au-delà du conflit pécuniaire et de la tourmente judiciaire, il a bien fait un pas de côté. Son temps ne croise plus celui de l’agenda politique et se partage entre son manoir de Sablé-sur-Sarthe, sa fondation Agir pour les chrétiens d’Orient et, surtout, le fond d’investissements qui l’emploie, Tikehau Capital. 

Or, il y a fort à parier qu’on a tiqué chez Tikehau devant le programme télé. Ses employeurs, Antoine Flammarion et Mathieu Chabran, goûtent peu l’idée d’une nouvelle incursion de leur “senior advisor” sur le terrain politique. “Dès qu’il y a un article sur lui, ils grimpent aux rideaux”, a d’ailleurs observé un de leurs proches auprès du Monde. Il faudra sans doute que les tringles soient solidement arrimées ce jeudi soir. 

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