Féminicides : en 2020, près d’une victime sur cinq avait porté plainte – Le Monde

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Parmi les 102 femmes qui ont perdu la vie en 2020 sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint, près d’une sur cinq avait porté plainte, selon le bilan du ministère de l’intérieur sur les morts violentes au sein du couple publié lundi 2 août.

Selon cette étude, dévoilée par Le Parisien et communiquée par le ministère de l’intérieur, 35 % des féminicides ont été perpétrés alors que les victimes avaient déjà subi des violences physiques, psychologiques et – ou – sexuelles. Environ 75 % de ces femmes avaient déposé une plainte auprès des forces de l’ordre, soit environ 18 % de l’ensemble des victimes d’homicides conjugaux.

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Le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé, dimanche, le traitement prioritaire des plaintes pour violences conjugales et la désignation d’un officier spécialisé dans ce domaine dans chaque commissariat et chaque brigade de gendarmerie. La proscription « définitive » des mains courantes – qui consiste à rapporter des faits subis ou dont quelqu’un a été témoin mais sans nécessairement porter plainte – est également actée.

« Nous demandons un budget précis et plus de moyens pour organiser un suivi transparent afin d’évaluer l’efficacité des mesures et le fonctionnement des nouveaux dispositifs », a commenté auprès de l’Agence France-Presse (AFP) Fabienne El-Khoury, porte-parole de l’association Osez le féminisme !, qui déplore « une impression de recyclage » dans les annonces du ministre de l’intérieur.

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La Fédération nationale solidarité femmes (FNSF) demande, de son côté, la création de « brigades spécialisées ouvertes vingt-quatre heures sur vingt-quatre » dans les commissariats et les gendarmeries, qui travailleraient en étroite collaboration avec des tribunaux spécialisés pour « augmenter la réactivité dans le traitement des dépôts de plaintes ». « Le fait [que M. Darmanin] n’[ait] pas parlé du budget mis sur la table me fait dire qu’il n’y aura pas le suivi qu’on essaye de créer depuis des années », s’est également inquiétée Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes.

Dans plus de huit cas sur dix, l’auteur est un homme

Le nombre de morts pour des violences intraconjugales, qui concerne 102 femmes et 23 hommes en 2020, est au plus bas depuis quinze ans, après une année noire en 2019, où 146 féminicides avaient été recensés. Pour un tiers des décès, tous sexes confondus, l’auteur a fait usage d’une arme à feu.

Depuis juillet 2020, les armes détenues par un conjoint violent peuvent être saisies dès le premier dépôt de plainte. En février, Gérald Darmanin avait demandé aux préfets que cette mesure, adoptée à la suite du Grenelle contre les violences conjugales, soit systématique.

Une écrasante majorité (86 %) des violences intraconjugales ayant mené à la mort de la victime se sont déroulées à son domicile ou à celui de l’auteur. Les passages à l’acte sont précédés d’une dispute dans un tiers des cas. Près d’un quart ont lieu dans le contexte d’une séparation non acceptée.

Les auteurs des féminicides sont très majoritairement des hommes (82 %), de nationalité française, âgés de 30 à 49 ans (43 %) ou de plus de 70 ans (22 %). Les deux tiers d’entre eux sont sans emploi ou retraités. Les femmes tuées sont, pour la plupart, âgées de 30 à 49 ans (40 %) ou ont plus de 70 ans (21 %).

Pour les victimes âgées – 16 % ont plus de 80 ans –, la maladie et la vieillesse sont la cause principale du passage à l’acte. Dans plus de la moitié des cas, de l’alcool, des stupéfiants ou des médicaments psychotropes ont été consommés par l’auteur ou sa victime.

Lire notre enquête : Féminicides, mécanique d’un crime annoncé

Le Monde avec AFP

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