Faut-il une “étiquette nutritionnelle” pour les sites d’infos ?

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Faut-il une

Avez-vous noté le nombre de personnes qui scrutent les étiquettes nutritionnelles sur les emballages des produits dans les rayons des supermarché ? Peut-être le faites vous également ? Certains pensent qu’il peut en être de même pour les sites qui publient de l’information en ligne. A l’heure d’une forte demande d’explications sur la Covid 19, une telle proposition peut en effet séduire.

C’est le pari de NewsGuard, une startup créé en 2018 par deux journalistes américains suite à l’avalanche de fakenews partagées en ligne lors de l’élection présidentielle de 2016 aux Etats-Unis. En France, NewsGuard a analysé plus de 300 sites, ceux dont les contenus sont les plus partagés sur Facebook et Twitter. “La Covid nous a permis de comprendre que les sites avec étiquettes nutritionnelles les plus mauvaises sont en fait des multirécidivistes. Il y a 6 mois ils publiaient des intox sur le Bataclan et l’holocauste. Dans 6 mois, ils en publieront sur un éventuel vaccin Covid” explique Chine Labbé, rédactrice en chef de NewsGuard pour la France.

“Nous évaluons la fiabilité des sources” dit-elle. “L’idée c’est de permettre à l’internaute de savoir en amont de la consultation des sites si ce qu’ils publient est crédible”. Pour ce faire, via un plugin pour navigateur web ou une application mobile, le service détecte les url et propose une signalétique pour que l’internaute sache d’un coup d’œil s’il peut faire confiance au site dont il s’apprête à lire le contenu. Une “étiquette nutritionnelle” très détaillée est également consultable, mentionnant 9 critères d’évaluation, 5 sur la crédibilité, et 4 sur la transparence. Une note sur 100 également attribuée. Sous 60/100, le site est jugé peu crédible et un petit bouclier rouge s’affiche dans la barre de navigation du navigateur et dans les résultats des moteurs de recherche. Au delà de 60/100, le site est jugé globalement fiable. Les notes sont réévaluées tous les trois à quatre mois.

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“Nous échangeons beaucoup avec les responsables de sites, et beaucoup veulent améliorer leurs pratiques”

De quoi s’attirer nombre de critiques. “Nous échangeons beaucoup avec les responsables de sites, et beaucoup veulent améliorer leurs pratiques. Et ils reconnaissent que notre méthodologie est transparente” dit la rédactrice en chef de NewsGuard. “Bien sûr, nous échangeons aussi avec les responsables de sites notés en rouge. Certains ne veulent pas dialoguer et d’autres veulent bien travailler avec nous. 3 ou 4 sites nous ont demandé de publier un droit de réponse publié en bas de notre analyse”.

“Nous fonctionnons à l’inverse d’un algorithme” affirme t-elle. Une équipe de journaliste (une dizaine pour l’Europe) analyse les sources d’information, et note quand un ou plusieurs critères viennent à manquer. Ce n’est donc pas, selon NewsGuard, l’opinion du média qui est évaluée, mais bien sa capacité à fournir au lecteur des garanties de qualité du travail journalistique. “Nous analysons par exemple si les sources citées sont anonymes ou pas, si elles sont crédibles, si les auteurs des articles amendent les contenus pour corriger les erreurs”.

Conséquence, un site qui pratique de l’agrégation de contenu peut avoir une excellente évaluation, et un site qui produit du contenu original mais dont la crédibilité et la transparence sont remis en question par NewsGuard peut avoir une mauvaise note.

Evoquer les fakenews pour combattre les fakenews

NewsGuard n’est pas la première initiative destinée à vérifier la qualité du travail journalistique. Le lancement du Decodex par le site Le Monde il y a quelques années avait (déjà) soulevé des critiques. Non seulement un média se permettait de donner un avis sur d’autres médias, mais l’initiative à l’époque était novatrice : elle brisait l’idée qu’un média n’ait pas a évoquer de fakenews puisque son travail consistait au contraire à publier de vrais nouvelles.

Mais la montée en puissance et l’orchestration de ces fakenews dans la sphère publique a eu comme conséquence de multiplier les initiatives pour mieux décrypter le faux du vrai. Dès 2017, la fondation Mozilla lançait l’Information Trust Initiative.

Et la récente fureur de Donald Trump à l’encontre de Twitter, qui a signalé ses tweet comme des fakenews, montre que ce sont désormais les plateformes des réseaux sociaux qui se préoccupent du vrai et du faux. De quoi créer évidemment un marché pour Newsguard.

Pour l’heure le service est utilisable contre abonnement, 2,95€ par mois. Mais ce n’est pas sa principale source de revenu. La startup vend des licences d’utilisation de son outil à des sociétés. Microsoft embarque ainsi le plugin dans Edge depuis un an. NewsGuard vend également ses données à des publicitaires pour créer des listes noires et des listes blanches de site. La société affirme que 3 à 5 millions de personnes utilisent son service dans le monde.

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