Faut-il avoir peur du variant Mu, venu de Colombie ? – France Inter

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Apparu en Colombie en janvier dernier, le variant Mu vient d’être classé par l’OMS dans la liste des variants “à suivre”.

Apparu en Colombie en janvier dernier, le variant Mu représente là-bas 39% des cas positifs
Apparu en Colombie en janvier dernier, le variant Mu représente là-bas 39% des cas positifs © Getty

En Colombie, il représente désormais 39% des infections. On le trouve également en Équateur, où il représente 13% des cas positifs identifiés. Le variant “Mu” – il s’agit de la 12e lettre de l’alphabet grec,  depuis plusieurs mois l’OMS classe les variants non plus par pays d’origine mais selon les lettres de l’alphabet grec- vient d’être classé par l’Organisation Mondiale de la Santé dans la liste des variants “à suivre”.  

Il rejoint ainsi les variants Eta, Iota, Kappa et Lambda, également rangés dans cette catégorie. Il s’agit donc d’un variant qui pourrait, peut-être, dans les semaines ou les mois qui viennent, faire parler de lui et s’imposer ici ou là sur la planète. Faut-il s’en inquiéter, sachant que ses mutations semblent lui conférer une plus grande résistance au vaccin ? Pour l’instant, il représente moins de 0,1% des cas positifs dans le monde, donc pas de quoi s’affoler, mais qui sait ?

Aussi résistant que le variant Beta

Encore peu présent, ce variant Mu a quand même été localisé dans une quarantaine de pays, dont la France avec une centaine de cas enregistrés depuis le printemps. Des cas sporadiques sans clusters identifiés. Il résiste un peu plus au vaccin, semble-t-il. Dans son bulletin hebdomadaire, l’OMS explique qu’il présente une constellation de mutations qui “indiquent un potentiel d’évasion immunitaire”

Il ressemble en cela au variant sud africain, le Beta, qui demande une concentration d’anticorps un peu plus élevée pour être neutralisé, mais il n’y a pas d’inquiétude à ce stade. D’après le Professeur Jean-Michel Pawlotsky, virologue à l’Hôpital Henri Mondor de Créteil : “Le schéma vaccinal actuel, avec des rappels pour les plus fragiles, devrait suffire à bien le neutraliser”, même si le vaccin restera sans doute un tout petit peu moins efficient (77% de protection avec les vaccins ARN sur le variant Beta).

Peut-il s’imposer ou pas ?

Ce variant peut-il prendre le pas sur le Delta ? Cela va dépendre de beaucoup de choses : mobilité des populations, mise en place de chaines de contamination, capacité intrinsèque du variant à bien se propager, mais aussi ce qu’on appelle le “hasard épidémiologique”. Car en fait, on ne s’explique pas tout, concède le Professeur Pawlotsky: “Au delà de cette capacité à se propager localement, comme en Colombie où il progresse, ce variant a-t-il la capacité d’une propagation mondiale ? Il n’y a pas de règle. Regardez ce qui s’est passé avec le variant brésilien, le Gamma, qui a fait tant de mal là-bas. Il ne s’est jamais imposé ailleurs, et en Europe notamment, il n’a jamais pris pied, parce qu’à l’époque en Europe, c’était le variant Alpha qui sévissait, et qui a eu l’avantage.” Il poursuit : “À l’inverse, le variant Delta est parti d’un village d’Inde pour aller s’imposer beaucoup plus loin, à la faveur notamment de brassages importants de population, car les indiens voyagent beaucoup. On sait aujourd’hui qu’il y a beaucoup de “candidats variants locaux'”.

Lequel va émerger ? Mystère. Il y a beaucoup de choses qui sont en jeu et qui font que certains variants à priori plus favorisés pour s’imposer ne vont pas y arriver.

Pour l’instant, le variant Delta étant hyper dominant en France, à 98%, le variant Mu préoccupe assez peu. “Mais ce qui va être intéressant, explique le virologue, ce sera au moment ou le Delta va diminuer, c’est là qu’on va scruter avec attention parmi les variants ce qui remonte, et ce qui prend l’avantage.”

La vague Delta va progressivement s’éteindre, jusqu’à une prochaine vague, avec un autre variant. Le Mu, éventuellement. Ce qui est sûr, et on l’a vu ces derniers mois en Europe avec l’émergence successive des variants Alpha et Delta, c’est que quand une nouvelle vague arrive, c’est avec un nouveau variant souvent plus contagieux et plus résistant, car le virus s’adapte. Le seul mur qu’on peut lui opposer, c’est la vaccination qui l’empêche de faire son nid.
 

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