Face à la contestation contre la réforme des retraites, le gouvernement tente de relativiser mais réfléchit à des aménagements – Le Monde

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Chacun au sein du gouvernement avait bien répété ses gammes avant d’affronter la première journée de mobilisation contre la réforme des retraites, jeudi 5 décembre. Pas question de montrer le moindre signe de fébrilité face à la paralysie d’une partie du pays, face aux trains et aux métros à l’arrêt, et surtout face aux manifestants qui défilaient dans la plupart des grandes villes. L’exécutif a donc déroulé tout au long de la journée un ballet bien orchestré. « Comme un grand oral répété dix fois », s’amuse un conseiller gouvernemental, face à un événement prévu de longue date.

Dès 6 heures du matin, Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d’Etat aux transports, descendait dans les entrailles du métro parisien pour s’afficher aux côtés d’agents de la RATP chargés de renseigner les usagers bloqués par la grève. C’était ensuite au premier ministre, Edouard Philippe, d’entrer en scène au cours de l’après-midi. Depuis le centre de veille et d’alerte du ministère de la transition écologique et solidaire, qui chapeaute les transports, il s’est voulu rassurant. « Dans l’ensemble, les grèves et les manifestations se passent conformément à ce qui était prévu », a déclaré le chef du gouvernement. A savoir, convenait-il, que « la grève est, dans les transports publics, très suivie, et que le trafic a été très fortement impacté ».

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Au-delà, membres du gouvernement et de la majorité ont tenté de convaincre, tout au long de la journée, que la mobilisation ne souffrait pas la comparaison avec les précédents mouvements contre les réformes des retraites des gouvernements Raffarin puis Fillon, en 2003 et 2010. « Il y a du monde dans les cortèges, mais les taux de grévistes sont à l’étiage de 2010 et très en deçà de 2003 », positivait ainsi un ministre.

Au total, 806 000 personnes ont manifesté en France, dont 65 000 à Paris, selon les chiffres du ministère de l’intérieur. La CGT estime, quant à elle, le nombre de manifestants à « plus de 1,5 million » sur l’ensemble du territoire, et 250 000 dans la capitale. Des chiffres supérieurs à ceux de la première journée de manifestation de 2010, qui avait réuni entre 400 000 (selon l’intérieur) et 800 000 personnes (selon la CGT). « Après quinze jours de teasing, je m’attendais à beaucoup plus », déclare pourtant un député La République en marche (LRM).

Accélérer le tempo

Beaucoup, au sein du pouvoir, estiment qu’il est « trop tôt » pour tirer un enseignement de ce début de mobilisation. « Malgré quelques tensions, les manifestations se sont bien passées, souligne la députée LRM de Paris, Olivia Grégoire. Reste à voir si la grève va se poursuivre vendredi et les jours qui suivent. » Tout juste se réjouit-on de voir que les syndicats ont pris la main sur l’événement. Edouard Philippe a tenu à leur « rendre hommage » car, « dans l’ensemble, les manifestations se sont à peu près bien déroulées ». Lors du conseil des ministres, Emmanuel Macron a estimé que la réussite de la mobilisation était un enjeu vital pour des organisations largement dépassées, depuis un an, par la crise des « gilets jaunes ». « Il a souligné que les syndicats jouent gros pour leur existence », relate une ministre. Autant essayer, donc, de garder à bord ces interlocuteurs identifiés et organisés, contrairement aux « gilets jaunes ». « La porte du gouvernement est évidemment toujours ouverte aux négociations », a d’ailleurs assuré Sibeth Ndiaye, selon qui la réforme « prendra en compte les situations spécifiques ».

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