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EXCLUSIF Le groupe En Marche en passe de se fracturer à l’Assemblée – Les Échos

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C’est le début du déconfinement , mais aussi celui des idées, disent certains députés… Le neuvième groupe à l’Assemblée nationale, évoqué depuis plusieurs semaines et sans cesse repoussé, devrait selon nos informations être finalement lancé la semaine prochaine, afin d’être opérationnel le 1er juin.

Ils sont 58 députés à être intéressés par la démarche de ce groupe baptisé « Ecologie démocratie solidarité ». Ils viennent de plusieurs horizons, LREM, Libertés et Territoires, ex PS, ex EELV; du groupe social-démocrate formé par l’ancien député Jean-François Cesarini ; de la sphère de Matthieu Orphelin, proche de Nicolas Hulot et à l’initiative avec d’autres parlementaires de la plateforme « Le jour d’Après » ; de non-inscrits, souvent venus de la gauche, exclus du groupe majoritaire ; du « bloc villaniste », autour du mathématicien Cédric Villani. 

Parmi les députés ayant participé à la démarche, Delphine Batho, la députée LREM Emilie Cariou (ancienne PS), qui a récemment quitté son poste de « whip » de la commission des Finances de l’Assemblée, le député LREM du Val d’Oise Aurélien Taché ou celui des Deux-Sèvres, issu de la « bande de Poitiers », Guillaume Chiche. 

« Trois piliers »

Le groupe veut « faire plus et mieux à l’Assemblée nationale », pour « répondre à l’urgence écologique, moderniser la démocratie, réduire les inégalités sociales et territoriales », dit leur profession de foi dans une version provisoire datant du 4 mai. « Après le Covid-19, plus rien ne doit être comme avant ». 

Une « épreuve » qui « a violemment révélé toutes les failles et les limites de notre modèle de développement » et après laquelle il veut « retrouver d’urgence le sens de l’essentiel : notre souveraineté alimentaire, notre besoin de sécurité sanitaire, notre production locale pour des emplois de proximité », « relever les défis du changement climatique », « réinventer le lien social »

Les députés déplorent le fonctionnement du Parlement ces derniers temps, et veulent faire entendre leur voix pour « le plan de relance et de transformation de notre pays et de l’Europe. » Ils veulent notamment « porter l’ambition exprimée par les citoyens dans la consultation LeJourd’Après », relayer les propositions de la Convention citoyenne pour le climat , mais aussi, des associations, syndicats, entreprises « qui attendent du changement », autour de « trois piliers » énoncés dans le nom du groupe – écologie, démocratie, solidarité – et en sortant « des dogmes budgétaires ».

« Rupture de confiance »

Voir LREM perdre la majorité absolue (elle sera préservée en incluant le Modem), et des députés rompre avec lui quand il a au contraire besoin de solidité pour aborder l’étape si compliquée du déconfinement : l’initiative tombe au pire des moments pour Emmanuel Macron. « Ils sont dans une rupture de confiance avec le président et avec leurs électeurs », prévient un poids lourd de la majorité. 

Ces derniers jours, les proches du chef de l’Etat espéraient que certaines personnalités choisiraient de peser au sein de la majorité plutôt qu’en dehors (comme Barbara Pompili…). Et s’activaient pour dissuader ces députés d’employer les mots définitifs qui les inscriraient dans l’opposition et consacreraient la « rupture » , mot prononcé dans la version du texte. « Notre groupe est indépendant, ne se situant ni dans la majorité ni dans l’opposition. Dans la gravité des circonstances, nous voulons être d’abord un groupe utile à la France », dit le manifeste. Tout en nuançant aussitôt : « nous serons une force exigeante, prête à construire avec le gouvernement et la majorité chaque fois qu’ils seront à l’écoute de nos propositions ». 

« Une contribution essentielle au débat »

Le « ni ni » (ni dans la majorité ni dans l’opposition) n’étant pas possible à l’Assemblée, les proches du chef de l’Etat espèrent qu’ils choisiront d’y rester. Ils se montrent prêts à leur donner une écoute qu’ils n’ont pas eue jusqu’alors. Stanislas Guerini (patron du parti LREM) et Gilles Le Gendre (patron du groupe LREM) ont cette semaine estimé que l’interview de Nicolas Hulot dans « Le Monde » était « une contribution essentielle au débat ». Signal s’il en est. « On peut encore obtenir que ce groupe soit un atout. Il permettrait de rééquilibrer le dispositif et de ratisser au-delà à gauche, ce que nous n’avons pas réussi à faire jusqu’ici », veut même croire un proche du chef de l’Etat. 

Sauf que les mêmes pensaient que la crise sans précédent que traverse le pays conduirait ces députés à remiser leur projet, et à s’inscrire dans l’esprit de « concorde » souhaité par Emmanuel Macron au moment où il donne un tour à la fois social et écologique à son quinquennat. Cela n’est manifestement pas le cas.

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