Eutelsat Group, nouveau géant mondial de l’internet par satellite

Eutelsat Group, nouveau géant mondial de l’internet par satellite

Ce jeudi 28 septembre fera date dans la conquête de l’internet spatial. Les actionnaires d’Eutelsat, convoqués au siège social du premier opérateur européen de satellites, ont approuvé l’acquisition du britannique OneWeb pour un montant évalué à 3,4 milliards d’euros. Ce feu vert donne naissance au numéro deux mondial de connectivité par satellite derrière l’américain Starlink, filiale de SpaceX. Baptisé Eutelsat Group, le nouvel ensemble vise un chiffre d’affaires d’environ 2 milliards d’euros en 2027.

La résilience du multi-orbite

L’officialisation de cette fusion met fin à un long épisode, commencé en juillet 2022 avec la signature d’un protocole d’accord. Sur le papier, le rapprochement des deux opérateurs fait sens par la complémentarité des deux acteurs. Opérateur historique de droit français créé en 1977, Eutelsat a mis en orbite une flotte de 39 satellites géostationnaires (GEO), à 36 000 km d’attitude, couvrant l’Europe, l’Afrique, l’Asie et l’Amérique.

De son côté, OneWeb a fait le choix de déployer une constellation de quelque 618 satellites en orbite basse (LEO), soit à quelques centaines de kilomètres d’altitude. Ce positionnement lui permet, comme le rival Starlink, de fournir des services de communications à haut débit et à faible latence pour un prix abordable.

L’entrée en avril 2021 d’Eutelsat dans le capital de OneWeb a déjà permis de mettre au point de nouveaux services groupés mêlant des solutions hybrides GEO/LEO. « Un plan de communications multi-orbite garantit à l’utilisateur final une connectivité primaire, secondaire, de secours et d’urgence en cas de perturbation ou d’indisponibilité d’un réseau donné, quel qu’en soit le motif », explique Eutelsat.

Un marché de 16 milliards de dollars en 2030

Le rapprochement des deux opérateurs permettra d’aller beaucoup plus loin. Au-delà des réductions de coûts escomptés – plus de 1,5 milliard d’euros de synergies à terme – la mutualisation des ressources favorisera les investissements à venir. Il s’agira d’achever le déploiement de la flotte de satellites Gen 1 de OneWeb et de commencer le développement de la constellation dite de deuxième génération (Gen 2), attendue dès 2025.

Il s’agit surtout de s’inscrire sur le marché en très forte croissance de l’internet par satellite. Un marché qui, selon Eutelsat, devrait plus que tripler en valeur, passant de 4,3 milliards de dollars à 16 milliards de dollars en 2030. La part des satellites non géostationnaires devrait croître environ deux fois et demie plus vite pour représenter près de la moitié de ce marché, toujours à horizon 2030.

La connectivité par satellite permet de combler les zones blanches, en rase compagne, en montage ou en pleine mer, que ne couvrent pas les réseaux filaires (fibre optique, câble, ASDL) ou non filaires (4G, 5G, THD Radio). Avec sa première génération de satellites, OneWeb revendique des vitesses de téléchargement allant jusqu’à 195 Mbps pour une latence globale moyenne de 70 ms.

Occuper l’espace face à Starlink et Kuiper

Il s’agit aussi de couper l’herbe sous le pied à Starlink. Propriété du multimilliardaire Elon Musk, l’opérateur fait, pour l’heure, course en tête dans la guerre des étoiles. A raison d’un lancement de la fusée Falcon 9 de SpaceX tous les quatre jours, il a déjà constitué une constellation de 5 000 satellites et projette d’en déployer environ 30 000 supplémentaires.

Il faudra aussi compter sur Kuiper d’Amazon. Accusant un net retard, ce dernier sera tenté de mettre les bouchées doubles. Les deux premiers satellites de démonstration de sa constellation devraient être lancés début octobre. Vodafone a déjà fait savoir qu’il travaillerait avec Kuiper, pour étendre la portée de ses réseaux 4G et 5G en Europe et en Afrique.

Dans cette bataille, Eutelstat Group pourra capitaliser sur l’ancrage de OneWeb dans le monde des entreprises, des instances gouvernementales, de l’aviation et du Maritime. Selon un communiqué daté d’octobre dernier, le chiffre d’affaires de OneWeb devrait atteindre 50 millions d’euros au cours de l’exercice 2023, 150 à 250 millions en 2024, 300 à 500 millions d’euros en 2025 et dépasser 600 millions d’euros en 2027.

Le nouveau groupe conservera, par ailleurs, les activités historiques de télédiffusion et de vidéo d’Eutelsat tout en fournissant « de nouveaux services vidéo natifs sur IP, situés au confluent du haut-débit et de la télédiffusion ».

En termes de gouvernance, Eutelsat Group, qui conservera son siège à Paris, sera placé sous la direction de la danoise Eva Berneke, directrice générale d’Eutelsat depuis le 1er janvier 2022. Son homologue chez OneWeb, Neil Masterson, « poursuivra sa mission jusqu’à la fin de l’année afin de s’assurer de la réussite de l’intégration des deux entreprises. »

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