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Ethiopie : les manifestations contre le premier ministre se transforment en affrontements ethniques – Le Monde

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Soixante-sept personnes sont décédées dans ces affrontements qui ont opposé les forces de l’ordre et des partisans de Jawar Mohammed ainsi que plusieurs groupes ethniques.

Le Monde avec AFP Publié hier à 10h20, mis à jour à 01h03

Temps de Lecture 2 min.

Le militant oromo Jawar Mohammed lors d’une manifestation à Addis-Abeba, le 24 octobre 2019.

Soixante-sept personnes ont été tuées dans les manifestations organisées dans l’Etat d’Oromia cette semaine pour protester contre le premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, qui se sont transformées en affrontements ethniques, a annoncé la police vendredi 25 octobre. Environ 55 personnes sont mortes au cours du conflit qui les a opposées et les autres ont été tuées par les forces de sécurité, a déclaré Kefyalew Tefera, le chef de la police régionale.

Depuis plusieurs jours, l’Ethiopie est en proie à des manifestations massives des partisans de Jawar Mohammed contre le premier ministre Abiy Ahmed, qui vient d’être récompensé par le prix Nobel de la paix. Rentré en août en Ethiopie, Jawar Mohammed, fondateur du média d’opposition Oromia Media Network (OMN, basé aux Etats-Unis), a accusé les forces de l’ordre d’avoir tenté d’organiser une attaque contre sa personne.

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« La police a voulu nous tester, je pense qu’ils ont eu la réponse qui convenait. Nous leur avons montré qu’il était impossible de nous intimider », a lancé Jawar Mohammed. Les forces de l’ordre ont nié les accusations selon lesquelles elles auraient tenté d’écarter son service de sécurité pour le fragiliser face à une éventuelle attaque d’adversaires politiques, provoquant un face-à-face tendu à Addis-Abeba entre forces de l’ordre et partisans de l’opposant.

« Coups de bâton [et] de machette »

Ces affrontements ont aussi opposé des communautés entre elles, provoquant des dizaines de morts. « Certains ont été tués à coups de bâton, de machette, des maisons ont été incendiées. Des armes à feu ont été utilisées », a déclaré Fisseha Tekle, un chercheur d’Amnesty International. Des biens appartenant à l’Eglise orthodoxe tewahedo éthiopienne, associée par certains à la communauté amhara, ont aussi été pris pour cible. Le ministère de la défense a annoncé vendredi le déploiement de militaires dans sept zones où la situation restait particulièrement tendue.

Jeudi, Jawar Mohammed a lancé un appel au calme au cours d’une conférence de presse, tout en renouvelant ses critiques contre les autorités, en présence de plusieurs députés de l’opposition. Ce trentenaire avait pourtant joué un rôle-clé dans les manifestations antigouvernementales ayant mené à la chute du prédécesseur d’Abiy Ahmed et à la nomination de ce dernier comme premier ministre réformateur issu du groupe ethnique Oromo, le plus nombreux d’Ethiopie mais jusqu’ici exclu du cœur du pouvoir.

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Division au sein de l’ethnie Oromo

La nomination d’un premier ministre appartenant au groupe Oromo, qui a une mère et une épouse amhara (second groupe du pays en importance numérique), dont le père est musulman, la mère chrétienne orthodoxe et lui-même chrétien évangélique, faisait espérer une baisse des tensions interethniques. De son côté, son nouvel opposant qui se dit « d’abord oromo », éthiopien ensuite, est accusé par ses détracteurs d’inciter à la haine ethnique et de n’avoir pour but que de déstabiliser le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique. Il a notamment accusé à de nombreuses reprises les Tigréens de réprimer toute opposition et de marginaliser les Oromo, son ethnie, la plus importante d’Ethiopie.

Les relations entre les deux hommes se sont récemment détériorées, Jawar Mohammed ayant critiqué publiquement plusieurs réformes d’Abiy Ahmed. La rupture entre les deux hommes illustre les divisions au sein de l’ethnie Oromo, qui pourraient affaiblir le soutien à M. Abiy à l’approche des élections législatives, prévues pour mai prochain. Jawar Mohammed n’a d’ailleurs pas exclu une éventuelle candidature, contre le premier ministre. « C’est une possibilité, a-t-il affirmé. Je veux avoir un rôle actif dans ces élections. Je ne sais pas encore à quel titre, mais je veux que l’influence que j’exerce dans le pays se concrétise positivement. »

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