Etats-Unis : Affaibli par les midterms, Donald Trump annonce sa candidature pour 2024 – 20 Minutes

MAGA, acte 3. Après avoir remporté la présidentielle de 2016 puis perdu celle de 2020, Donald Trump a annoncé sa candidature à celle de 2024, mardi soir. Depuis sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride, il a accusé Joe Biden d’être le commandant en chef d’une « nation en déclin ». Mais avant de rêver à un match retour face à son successeur, Donald Trump, qui est visé par de multiples enquêtes judiciaires, va déjà devoir sortir vainqueur d’une primaire républicaine fratricide. Avec des couteaux aiguisés par la contre-performance de ses poulains aux midterms, et l’émergence de Ron DeSantis comme un potentiel adversaire redoutable.

« Pour rendre l’Amérique à nouveau grande et glorieuse, j’annonce ce soir ma candidature à l’élection présidentielle », a lancé Donald Trump devant plusieurs centaines d’invités, dans une ambiance nettement moins survoltée qu’à ses meetings MAGA. Il s’est d’ailleurs montré globalement discipliné pendant l’essentiel des 60 minutes de son discours, sans mentionner que l’élection de 2020 – ou les midterms – avait été « volée » ou « truquée », contrairement à son habitude.

« Au bord de la guerre nucléaire »

Promettant une Amérique « de retour », Donald Trump a dressé un tableau idyllique de son premier mandat, évoquant un pays en paix, prospère et respecté sur la scène internationale. A l’inverse, l’ancien chef de l’Etat, arborant sa traditionnelle cravate rouge, n’a pas eu de mots assez durs pour dénoncer le bilan de Joe Biden. Un pays plongé dans la violence et la criminalité, où la flambée des prix étrangle les ménages américains, où des « millions » de clandestins traversent la frontière avec le Mexique, s’est-il indigné devant une rangée de drapeaux américains.

« Joe Biden incarne les échecs de la gauche et la corruption de Washington », a accusé l’ex-homme d’affaires dans son discours au ton pugnace. Le président démocrate « nous conduit au bord de la guerre nucléaire », a affirmé Donald Trump, assurant que la guerre en Ukraine « ne serait jamais arrivée » s’il était président.

Un candidat cerné par les enquêtes judiciaires

Donald Trump se lance dans la course à la primaire deux ans avant l’élection, soit sept mois plus tôt qu’en 2015, quand il était un novice en politique. Pourquoi un tel empressement ? « Car il veut se protéger des procureurs », estime dans un édito l’avocat George Conway, critique notoire de Trump et mari de son ex-conseillère Kellyanne Conway.

De fait, même si le comité d’enquête parlementaire sur l’assaut du Capitole devrait disparaître en janvier avec la courte majorité républicaine à la Chambre, Donald Trump sera un candidat cerné par la justice. Qui enquête sur son rôle dans les violences du 6 janvier 2021, ses affaires financières, sa gestion des archives de la Maison-Blanche ou encore des pressions exercées sur des agents électoraux.

Sa candidature n’empêche pas le département de la Justice de l’inculper. Mais la barre politique à franchir pour justifier des poursuites est plus élevée que jamais face à un candidat qui dénonce une « persécution » des autorités et du FBI. Techniquement, il pourrait même être candidat en cas d’inculpation, voire de condamnation – seul le Congrès dispose du pouvoir de déclarer un homme politique inéligible. Encore lui faudra-t-il remporter une primaire républicaine qui s’annonce sanglante.

Une annonce dans une « position de faiblesse »

Quand il a choisi la date de mardi, Donald Trump pensait surfer sur une vague républicaine lors des midterms, et s’en revendiquer comme le principal artisan. Mais malgré une inflation record et un Joe Biden impopulaire, les conservateurs ne devraient compter qu’une très courte majorité de quatre ou cinq sièges à la Chambre, et ont échoué à reprendre le Sénat. Pire, les poulains de Donald Trump qui avaient fait d’une prétendue élection « volée » le cœur de leur campagne ont été recalés dans les swing states, notamment en Pennsylvanie, dans le Nevada et même l’Arizona, où Kari Lake s’est inclinée pour le poste de gouverneure.

Dans le même temps, le gouverneur de Floride Ron DeSantis, salué par Rupert Murdoch comme « le futur » des républicains, a été réélu dans un fauteuil. Une victoire qui l’a catapulté devant Donald Trump en vue des primaires, avec le soutien de 41 % des Républicains, contre 39 % à l’ancien président, selon un sondage YouGov.

DeSantis est loin d’être le seul à avoir des ambitions. Mike Pence, qui publie ses mémoires, et accuse Donald Trump d’avoir « mis en danger (sa) famille » lors de l’assaut du Capitole, Liz Cheney, la Némésis de l’ex-président, l’ancien patron de la CIA Mike Pompeo, l’ex-ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU Nikki Haley ou le sénateur afro-américain de Caroline du Sud, Tim Scott, pourraient également se lancer. Chris Sununu, le gouverneur modéré du New Hampshire, a été le premier à attaquer l’annonce précoce de Donald Trump, mardi soir : « Je ne suis même pas sûr qu’il soit le favori (après les midterms). Il se lance depuis une position de faiblesse. » Attention quand même à ne pas sous-estimer Donald Trump. En 2016, Ted Cruz, Jeb Bush, Chris Christie et Marco Rubio l’ont appris à leurs dépens.

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