Et si Amazon était l’ami des auteurs ?

Et si Amazon était l’ami des auteurs ?

Posons d’entrée de jeu le débat : oui, Amazon est une société dont l’objectif principal est de générer de l’argent. Après cette fracassante révélation, il convient d’en faire une autre : les auteurs aiment gagner leur vie, si possible décemment. Oui, on peut écrire par plaisir, mais c’est aussi un travail. On réfléchit en amont, on couche les mots sur le papier, on se relit, on corrige, on amende, on réécrit. On parle ici des auteurs de livres exclusivement.

L’auteur, sa plume et son ego

L’exercice de l’écriture est mathématique. En fonction du format et du ton, on doit adapter la forme et le fond. On n’écrit pas de la même façon en fonction du lectorat, du support ou du volume attendu. Par ailleurs — et les gens du Web ne contrediront pas sur ce point — la course au référencement fait qu’on doit structurer son écriture afin d’être visible sur les moteurs de recherche et même cliquable.

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L’ego d’un auteur est un peu fragile : à défaut de gagner sa vie correctement, il a quand même envie d’être lu, sinon, il ne publierait pas et se contenterait de coucher les mots sur un cahier, qu’il enfermerait dans un tiroir ou un placard. Il doit donc concilier plusieurs éléments : vivre au moins partiellement de sa plume, essayer, tant bien que mal, de sauvegarder ses idéaux artistiques et être lu.

L’arrivée du livre numérique a profondément changé la donne aussi bien pour les auteurs que pour les lecteurs. La véritable révolution de désintermédiation ne s’est pas encore produite en France. Dit plus simplement, on attend encore que les auteurs viennent « hacker » le système. Le mot est galvaudé, mais dans le contexte, il paraît adapté. Sont-ils seulement au courant qu’ils le peuvent ?

L’auteur, ce détail dans la chaîne

Aujourd’hui, un auteur a deux solutions s’il veut voir son œuvre dans les mains des lecteurs : trouver une maison d’édition qui accepte de miser sur lui ou se débrouiller avec l’autoédition. L’auteur de ces lignes est suffisamment armé à présent sur le premier sujet, pour dresser un bilan de la chose.

La première étape consiste donc à trouver une maison d’édition, qui ne refusera pas le manuscrit. Tout comme Amazon, une maison d’édition n’est absolument pas une structure philanthropique : son objectif est de générer du chiffre d’affaires. Les manuscrits doivent donc se vendre. Ne vous demandez pas pourquoi les rayonnages des librairies croulent sous les mêmes noms, pas toujours très recommandables : ils font vendre. Cela peut même être des albums de coloriage, tant que ça se vend, ça se publie. Si une maison d’édition accepte de le publier, sauf très rares exceptions, l’auteur ne percevra aucune avance sur droits d’auteur. C’est un privilège réservé à une élite qui se vend, même sans contenu, voir le point précédent.

Notre auteur va donc retravailler son manuscrit, avec l’aide de la maison d’édition. Son texte va être remanié plusieurs fois, il se prendra des remarques désobligeantes au passage et réfléchira sérieusement à la possibilité de devenir alcoolique. Vient le jour J : celui de la parution du livre.

Se transformer en commercial

Notre auteur se trouve chafouin de constater que c’est à lui de faire la promotion de son livre. Il va découvrir le monde merveilleux des envois à la presse, des communiqués de presse et autres joyeusetés pour essayer de vendre des exemplaires, se transformant ainsi en commercial.

Mais il déchantera très vite, car les droits d’auteur qu’il touchera sur son ouvrage, seront misérables. À titre d’information, le livre que j’ai écrit sur l’HADOPI, qui a nécessité un mois de travail, tous les jours, de 10 h à minuit environ, a généré royalement 7,65 € de droits d’auteur, sur un prix de vente de 14 €. 7,65 € en tout et non, par exemplaire vendu.

La France, ce merveilleux pays qui aime faire pleurer dans les chaumières, sur le sort des petites librairies indépendantes, mangées par le grand vilain méchant pas beau Amazon (et oubliant opportunément le rôle joué par les très grandes surfaces et la FNAC dans la disparition des librairies, sans oublier les politiques d’aménagement du territoire), mais qui oublie bizarrement ceux qui font vivre les librairies, à savoir les auteurs. Sans auteurs, il n’y a pas de maison d’édition ni de librairie. Ils sont pourtant les derniers servis.

L’auteur indépendant pour de vrai

À l’inverse, Amazon poursuit sa logique de désintermédiation ou plutôt, vise à remplacer massivement les intermédiaires. De nombreux auteurs ont fait le choix de l’autopublication sur Amazon. De manière très snob, on peut se dire que c’est parce qu’ils n’ont pas trouvé de maisons d’édition. Il y a sans doute une part de vérité dans le propos, mais c’est en regardant les rémunérations proposées aux auteurs que l’on comprend leurs arbitrages.

Sur un livre électronique, l’auteur perçoit entre 35 % et 70 % du prix de vente selon la formule choisie. Donc si un auteur vend son livre électronique à 10 €, il peut percevoir entre 3,5 € et 7 € sur chaque exemplaire. Il convient évidemment de lire attentivement entre les lignes, de vérifier point par point le contenu du contrat. Mais quelle différence avec un contrat plus classique d’une maison d’édition ? Dans l’absolu, pour l’auteur qui n’est pas juriste, aucune. Par ailleurs, la rémunération est différente pour un livre papier puisqu’il faut intégrer les coûts d’impression.

L’autre grande différence est que l’auteur doit se prendre en main tout seul : il doit corriger son texte seul, faire sa mise en page, choisir sa couverture. Il est évident que ce n’est pas accessible à tout le monde et les services de correction sont chers. Quant à la couverture, il faut arriver à en faire quelque chose qui appelle l’œil.

Reste la dernière étape : faire parler de son livre. Un peu comme lorsqu’on est publié dans une maison d’édition classique en réalité. Le monde culturel français étant particulièrement snob, il peut bouder les livres parus sur Amazon. Mais une bonne critique dans un canard lu dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés ne fait pas non plus un succès littéraire.

Évidemment, il convient de ne pas tomber dans l’angélisme ni dans la béatitude totale. Mais tant que la question de la rémunération des auteurs n’arrivera pas sur la table, voire sera considérée comme une sorte de tabou, des géants du numérique viendront prendre la place à la fois des représentants des auteurs, mais également des maisons d’édition.

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