Entre Emmanuel Macron et Joe Biden, un premier tête-à-tête sur un air d’entente cordiale – Le Parisien

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Pour cette première rencontre entre des dirigeants qui ne s’étaient, jusque-là, parlé que par écrans interposés, les entourages de Joe Biden et Emmanuel Macron avaient soigné la mise en scène. Ce samedi 12 juin, le président des Etats-Unis et son homologue français se sont installés en plein air sur une terrasse, assis dans des fauteuils en osier, lunettes de soleil à la main pour l’Américain et tous deux dos à la plage de sable blond de Carbis Bay, ville balnéaire de Cornouailles dans le sud-ouest de l’Angleterre où se tient le sommet du G7 (Etats-Unis, Canada, Japon, Allemagne, France, Italie et Royaume-Uni).

« L’Amérique est-elle de retour ? » lancent les journalistes, une allusion à « America is back », le message martelé par le président américain investi en janvier. « Demandez-lui », répond ce dernier en désignant Emmanuel Macron du doigt. « Assurément, approuve l’intéressé, c’est super d’avoir un président américain très désireux de coopérer ». Il converse en anglais avec l’hôte de la Maison Blanche, comme il le faisait avec son prédécesseur Donald Trump.

Macron face à la Bidenmania

Pour la comparaison avec cette « période difficile », ainsi que la qualifie un haut diplomate, on note aussi que le style décontracté contraste avec la fameuse poignée de main virile imposée par le président républicain au locataire de l’Elysée lors de leur première rencontre en marge d’un sommet de l’Otan, en 2017 à Bruxelles.

« Nous sommes sur la même ligne », assure enfin Joe Biden, à propos des dossiers chauds du moment : lutte contre la pandémie de Covid-19 et vaccination, posture à l’égard de la Chine et de la Russie, avenir de l’Alliance transatlantique (l’Otan tient son sommet lundi)… Pourtant, pas sûr que derrière ces amabilités, le « America is back » de Joe Biden soit si différent du « America first » (l’Amérique d’abord) d’un Donald Trump qui méprisait l’Europe.

Lors de sa conférence de presse, jeudi à l’Elysée, Emmanuel Macron a tenu à apposer sa propre marque. Laissant parfois percer un certain agacement face à la « Bidenmania » en Europe, liée notamment à l’offensive fiscale de l’Américain contre les multinationales ou à sa proposition de levée temporaire des brevets sur les vaccins afin d’en accélérer la production pour les pays pauvres. Les Africains, corrige le président français, préfèrent du concret et vite : « Ils ne croient plus à nos engagements en chiffres, ils croient en les doses qui arrivent sur le terrain ». Exemple, au Burkina Faso, la France a livré plus de 110 000 doses de sérum.

La stratégie face à la Chine

A Carbis Bay, les dirigeants des puissances du G7 ont aussi lancé, sous l’égide du président américain, pour qui la Chine est l’adversaire numéro un, un vaste projet mondial d’infrastructures pour les pays pauvres, histoire de concurrencer les routes de la soie chinoises, vecteurs d’influence géopolitique en Afrique, en Amérique latine, au Moyen-Orient… Baptisé « Reconstruire le monde en mieux », ce plan a été accueilli chaleureusement par la chancelière allemande Angela Merkel.

Or, tout au long des années Trump, Paris a encouragé une stratégie propre de l’Union européenne vis-à-vis des deux géants : ni embarquée dans la croisade de Washington contre Pékin, ni « vassalisée » par la Chine. L’Elysée avait aussi œuvré à une réelle montée en puissance d’une Europe de la défense, aidé dans ce projet de « souveraineté » par un Donald Trump qui prétendait en finir avec l’Otan, trop coûteuse à ses yeux pour l’Amérique.

Avec l’administration Biden, les Vingt-Sept ne seront-ils pas tentés de baisser à nouveau la garde ? La présidente de la Commission de Bruxelles, Ursula von der Leyen, s’est félicitée sur Twitter du retour de la « solidarité » et de la « coopération » au sein du G7, le président américain ayant décidé de consulter ses alliés avant son sommet avec Vladimir Poutine, mercredi à Genève. « Un phénomène Biden ? Mais il ne fait là que renouer avec les pratiques du multilatéralisme prévalant avant la parenthèse Trump », s’agace un ministre de Macron…

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